Enquête mycologique, épisode 62, Phaeohelotium umbilicatum

Publié le 8 Octobre 2022

Identifier un champignon n’est pas chose aisée au premier abord et c’est pourtant une démarche essentielle pour éviter toute fâcheuse méprise qui peut devenir fatale si on consomme un champignon toxique ou mortel. L’enquêteur de la brigade d’identification des champignons apprécie tout particulièrement d’arpenter les forêts pour recenser tous les gangs fongiques qui s’y trouvent.

 

Scène du crime

 

Nous sommes le 13 septembre 2022, dans la forêt de Siltzheim, une forêt à tendance acidiphile à tendance limoneuse. Après des semaines et des semaines de sécheresse, c’est à la faveur de pluies orageuses que les gangs fongiques sortent du sol.

 

Arme du crime

 

Le champignon pousse sur une faîne de hêtre. Aucun doute qu’il s’agit d’un champignon saprophyte.

Phaeohelotium umbilicatum  Photos Gilles Weiskircher (Anab)
Phaeohelotium umbilicatum  Photos Gilles Weiskircher (Anab)

Phaeohelotium umbilicatum Photos Gilles Weiskircher (Anab)

Profil du suspect

 

D’emblée c’est un champignon minuscule, de moins d’1mm. Il est donc très facile de passer à côté, même si sa couleur jaune orangé attire l’attention.

Pour un champignon de cette taille, il est préférable d'utiliser la loupe binoculaire.

loupe binoculaire x 10 - Phaeohelotium umbilicatum  Photo Gilles Weiskircher (Anab)

loupe binoculaire x 10 - Phaeohelotium umbilicatum Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Le champignon se présente comme une coupe creuse, disposé sur un pied, comme une forme de toupie.

Difficile d’aller plus loin dans la présentation.

L’enquêteur sait que, pour ce type de champignon, il est indispensable d’utiliser le microscope pour approfondir la détermination.

 

La police scientifique

Asques. Microscopie x 1000 Phaeohelotium umbilicatum  Photo Gilles Weiskircher (Anab)
Asques. Microscopie x 1000 Phaeohelotium umbilicatum  Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Asques. Microscopie x 1000 Phaeohelotium umbilicatum Photo Gilles Weiskircher (Anab)

C’est une première observation importante : le champignon possède des asques. Il s’agit donc d’un ascomycète, un grand groupe où les spores sont fabriquées dans des asques, par opposition aux basidiomycètes, dont les spores sont fabriquées dans des basides.

On observe également que la base des asques est droite, et non crochue. Le crochet, appelé également « Crozier », est une caractéristique de certains ascomycètes. Donc ici notre spécimen est dit aporhinque, sans crochet.

Le montage de la préparation microscopique dans le colorant iodé de Melzer montre aucune coloration particulière. Ainsi le champignon est noté dans les ouvrages de mycologie et dit I-, avec I comme Iode et le (-) comme négatif.

Spores au microscope X 1000 de Phaeohelotium umbilicatum  Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Spores au microscope X 1000 de Phaeohelotium umbilicatum Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Les spores sont longues et fusiformes, avec une cloison centrale.

Paraphyses. Microscopie 1000 de Phaeohelotium umbilicatum  Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Paraphyses. Microscopie 1000 de Phaeohelotium umbilicatum Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Les paraphyses sont effilées, légèrement capitées au sommet.

Texture de l’apothécie. Microscopie x 1000 de Phaeohelotium umbilicatum  Photo Gilles Weiskircher (Anab)

Texture de l’apothécie. Microscopie x 1000 de Phaeohelotium umbilicatum Photo Gilles Weiskircher (Anab)

La texture de l’apothécie est constituée de cellules globuleuses anguleuses. On dit qu’elle est en textura angulosa.

 

Tous ces éléments nous permettent de savoir qu’on est dans les genres Hymenoscyphus/Phaeohelotium, un groupe d’ascomycète difficile à identifier, avec des genres autrefois confondus.

La clé d’identification de Declerq nous permet d’affiner l’identification.

La textura angulosa permet déjà de confirmer qu’on est dans le genre Phaeohelotium. On notera que la différence est tenue avec le genre Hymenoscyphus et ne peut se faire visuellement. Le candidat le plus vraisemblable pour ce champignon est Phaeohelotium umbilicatum.

 

La conclusion de l’enquêteur :

 

Ces petits ascomycètes sont singuliers et magnifiques à observer. S’attaquer à leur détermination requière du matériel et une bonne connaissance de la morphologie des ascomycètes. Mais néanmoins, c’est un groupe passionnant auquel on ne prête souvent que peu d’attention.

 

Texte, photos, et bibliographie : Gilles Weiskircher (Anab)

Rédigé par ANAB

Publié dans #champignons

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