Enquête mycologique, épisode 64, Agaricus langei (Agaric de Lange- Agaric rougissant
Publié le 22 Octobre 2022
Identifier un champignon n’est pas chose aisée au premier abord et c’est pourtant une démarche essentielle pour éviter toute fâcheuse méprise qui peut devenir fatale si on consomme un champignon toxique ou mortel. L’enquêteur de la brigade d’identification des champignons apprécie tout particulièrement d’arpenter les forêts pour recenser tous les gangs fongiques qui s’y trouvent.
Scène du crime
Nous sommes le 18 septembre 2022, sur une prairie permanente sablonneuse de Zetting.
Arme du crime
Le champignon pousse au sol, avec des débris agglomérés à la base du pied. Aucun doute qu’il s’agit d’un champignon saprophyte.
Profil du suspect
C’est un champignon de morphologie classique, pied/chapeau. Il possède des lames, libres. La première observation importante est que ses lames sont roses sur les jeunes exemplaires, noir chez les exemplaires plus âgés. Lames libres et roses, on doit tout de suite penser à un membre du genre Agaricus.
C’est ensuite que les choses se corsent avec les agarics car c’est un groupe loin d’être simple. Il est indispensable d’avoir plusieurs spécimens, et à des stades de développement différents.
Le chapeau présente des squamules brun roux sur fond ochracé.
Chapeau de l'Agaricus langei (Agaric de Lange- Agaric rougissant) - Photo: Gilles Weiskircher (Anab)
Le pied est cylindrique, sans bulbe à la base, lisse au-dessus de l’anneau, floconneux sous l’anneau. L’anneau est pendant, blanc à brunâtre en dessous.
Au grattage la chair est fortement rougissante. L’odeur est agréable.
Tous ces éléments nous permettent d’affirmer qu’on est en présence de l’Agaric de Lange, Agaricus langei.
La police scientifique
Pour le plaisir, une vue des basides et des spores.
Spores. Microscopie x1000 - de l'Agaricus langei (Agaric de Lange- Agaric rougissant) - Photo: Gilles Weiskircher (Anab)
Basides. Microscopie x 1000 de l'Agaricus langei (Agaric de Lange- Agaric rougissant) - Photo: Gilles Weiskircher (Anab)
La conclusion de l’enquêteur : les agarics
Les agarics, sauf spécimens vraiment très typés, sont un genre de champignon qui peuvent donner des sueurs froides aux mycologues pour la détermination. Ces champignons, pour être correctement identifiés, nécessitent d’avoir plusieurs spécimens en bon état, et à différents stades de développement. Pour approcher la détermination, il faut noter soigneusement le biotope, les ornementations du chapeau, le type d’anneau (s’il est ascendant, descendant, s’il est cranté, s’il y a des écailles dessus, etc.), l’ornementation du pied sous l’anneau, la forme de la base du pied, l’odeur et la couleur de la chair après coupe. En résumé, ce n’est pas une tâche facile que l’identification d’un agaric et tenter d’y parvenir avec un seul spécimen est souvent vain.
Le cueilleur averti doit garder à l’esprit que tous les agarics ne sont pas des rosés des prés et qu’il y a des toxiques parmi ce groupe qui compte une centaine d’espèces en France.
Texte, photos, et bibliographie : Gilles Weiskircher (Anab)