Une botaniste écologue pour éclairer les scènes de crime
Publié le 2 Décembre 2022
Le texte ci-dessous est un résumé de l'article: "The Natural Detective: meet the Forensic Ecologist who uses Nature to solve Crimes" Lucy Purdy du 21 décembre 2020 positivenews
Pour la Professeure Patricia Wiltshire, botaniste écologue dans le domaine médico-légal ou forensique (*), la nature a été la clé pour résoudre certains des crimes les plus médiatisés du Royaume-Uni.
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Depuis plus de 40 ans, elle aide la police britannique à résoudre des affaires criminelles – de meurtres et d'enlèvements - en examinant de minuscules particules de pollen, de plantes et de champignons sous son microscope.
Patricia Wiltshire sait mieux que quiconque comment la nature contamine et marque chaque pas que nous faisons, comment les paysages, les éléments naturels que nous traversons laissent des traces et comment ces indices-microscopiques- peuvent aider à percer des mystères criminels.
"………Nous vivons dans une société de surveillance, mais nos mouvements peuvent être suivis par plus discret et efficace que des caméras", écrit-elle dans ses mémoires "Traces".
Une courte promenade dans les bois, explique-t-elle, s'inscrit sur les vêtements et le corps d'une personne : le frottement d'un vêtement contre un arbre en recueille les minuscules spores et le pollen logés dans l'écorce ; les chaussures recueillent des frottis de terre et des particules dans lesquelles sont enfermés des éléments infimes datant de moments récents et remontant jusqu'aux dernières saisons ; il en est de même pour les cheveux. Quand ils effleurent des brindilles et des feuilles d'arbres; ils gardent la trace de toute matière présente à leur surface.
Grièvement brûlée à l'âge de 7 ans, lors d'un accident dans la cuisine parentale, Patricia Wiltshire était restée longtemps éloignée du milieu scolaire, ses absences étaient dues à des infections pulmonaires à répétition - séquelles de ses brûlures.
Privée du contact avec les enfants de son âge, elle prit pour camarades les encyclopédies de ses parents. Ce sont ces mêmes encyclopédies qui lui firent prendre goût à la botanique.
Après un parcours étudiant et professionnel hors du commun, elle a créé le premier cursus universitaire de Botanique médico-légale (une des nombreuses disciplines de la forensique) et de Palynologie, un programme qu'elle gérait elle-même.
A 50 ans, elle était Maître de Conférences à Londres lorsqu'un appel téléphonique a changé le cours de sa carrière. Un détective de la police du Hertfordshire l'avait appelée pour lui demander si elle pouvait aider dans une affaire de meurtre. Un corps avait été retrouvé dans un fossé en pleine campagne du Hertfordshire: des membres de la triade chinoise étaient soupçonnés. Pour en avoir les preuves, il fallait démontrer que la voiture des suspects était passée par ce champ.
La botaniste forensique a commencé par recueillir méticuleusement les particules présentes sur la carrosserie de la voiture. Il a fallu tamiser les prélèvements, décanter les lavages limoneux pour ensuite les centrifuger jusqu'à l'obtention de granulés concentrés. Des acides ont ensuite été ajoutés pour éliminer de ces pellets les éléments de fond du sol (quartz, argile, etc.…), ne laissant que les palynomorphes. Ce terme désigne les minuscules traces à parois organiques que sont les grains de pollen, spores ou restes d’animaux microscopiques.
Ceux-ci ont ensuite été colorés et incorporés dans un gel pour permettre à la botaniste de les examiner au microscope.
"Je voyais la végétation qui poussait ", raconte Wiltshire dans ses mémoires. "Les nombreux types de pollen d'arbres et d'arbustes que j'ai trouvés indiquait qu'il s'agissait probablement d’une haie ancienne." Dans sa tête se formait l'image d'une haie riche en espèces et bordant un champ de terre arable.
Elle a contacté la police. Lorsque les détectives et Patricia Wiltshire sont arrivés sur les lieux du crime, elle a souhaité trouver elle-même le lieu où le corps avait été retrouvé. Elle a longé la haie de l'immense champ pendant assez longtemps, jusqu'à ce que tous les éléments de son enquête coïncident.
Sur les échantillons, elle avait repéré de l’Erable champêtre, de l'aubépine, du lierre en fleurs, de l'Épiaire des bois, de l'oseille, du chénopode et des orties. Les détectives étaient ébahis quand elle leur a montré l'endroit exact où le corps de la victime avait été retrouvé.
Son témoignage est devenu un élément important du procès et des condamnations qui ont suivi. Au fil des cas, elle voyait les attitudes dédaigneuses des détectives faire place à l'admiration pour ce qu'elle était capable de découvrir.
A ce jour, la Professeure Patricia Wiltshire a collaboré avec toutes les forces de police du Royaume-Uni. Confrontés à des preuves irréfutables, de nombreux criminels ont avoué, ce qui a permis d'éviter des procès qui s'annonçaient très longs et coûteux.
La botaniste-palynologue dit ne pas se sentir particulièrement "fière" à l'idée d'aider à mettre des coupables derrière les barreaux.
"J'aime résoudre des énigmes, et il y a toujours une énigme", explique-t-elle.
Malgré son approche rigoureusement scientifique, elle dit avoir été profondément touchée par certains crimes qu'elle a aidé à résoudre: le meurtre d'une femme de 22 ans et mère de trois enfants. Jeune déjà, la victime avait connu une vie extrêmement difficile et injuste, et malgré cela elle s'était battue pour garder ses enfants. "Comment ne pas admirer quelqu'un comme ça ?" se demande Patricia Wiltshire.
Elle mentionne également la lettre qu'elle a reçue de la mère d'une jeune femme qui avait été assassinée par son petit ami en 2005. Le meurtrier, déjà incarcéré, ne se souvenait pas de l'endroit où il avait déposé le corps de la victime.
Ayant eu accès à la voiture du meurtrier, à ses baskets et à une fourche de jardin, la botaniste-palynologue-écologue a pu décrire l'endroit concerné, précisant même que les détectives retrouveraient le cadavre dans un creux, non enterré mais recouvert de brindilles et de feuilles. C'est exactement ce que police a trouvé. La mère de la victime lui a écrit pour exprimer sa reconnaissance de pouvoir enfin donner une sépulture digne à sa fille.
Malgré la nature souvent macabre de ses activités, Patricia Wiltshire - qui, à 78 ans travaille toujours - reste passionnée par l'apprentissage du monde naturel. « La nature est incroyablement compliquée. Chaque élément trouvé lors des investigations montre simplement et de manière toujours surprenante sa complexité, et j'adore ça".
Synthèse et traduction de l’article original et webographie : Sylvie (Anab)
Relecture Bernard Weinzaepflen (Anab)
* forensique cet anglicisme désigne les méthodes scientifiques d’investigation utilisées pour résoudre des crimes ou des questions légales.
Ce sont entre autres : la médecine, les analyses ADN, l’intelligence artificielle, les bases de données, la botanique, la palynologie, l’entomologie, la mycologie, la minéralogie, la linguistique,
Bibliographie
Article sur le même sujet paru sur Sciencenews le 11/9/2019
https://www.library.live/bookclubarchive/traces
https://en.wikipedia.org/wiki/Patricia_Wiltshire
https://www.crimecon.co.uk/professor-patricia-wiltshire
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