La pompe à fric de l'agrovoltaïsme

Publié le 5 Décembre 2022

En 2011, à Bourgneuf-en-Mauges, cinq hectares de serres pho- tovoltaïques étaient installés avec comme ambition de produire 200 tonnes de fraises par an. La production de fraises a été abandonnée et un appel a été fait au tribunal pour retour des terres  à l'agriculture.

En 2011, à Bourgneuf-en-Mauges, cinq hectares de serres pho- tovoltaïques étaient installés avec comme ambition de produire 200 tonnes de fraises par an. La production de fraises a été abandonnée et un appel a été fait au tribunal pour retour des terres à l'agriculture.

La mise en place du  photovoltaïsme (PV) est indispensable  pour assurer la transition énergétique et il faut absolument la soutenir.
Mais pas n'importe comment. Le rachat subventionné par les contribuables et les consommateurs peut avoir un effet pervers par l'attractivité des aides.

Lisez le dossier très complet sur toutes les conséquences et implications réalisé par la Confédération Paysanne ci-dessous.
Dossier original sur le lien ici.
 

La Confédération paysanne réaffirme la vocation nourricière des terres agricoles et la priorité de la production alimentaire sur la production énergétique (PV, agrocarburants, cultures dédiées à la méthanisation). Pour garder les capacités productives de notre agriculture, la solution n’est pas l’intensification basée sur des béquilles chimiques, mais la préservation quantitative et qualitative de la surface agricole.



La grosse différence entre l’arbre et le panneau, concerne l’ombre. Avec un arbre vous avez une ombre froide et humide et avec un panneau vous avez une ombre sèche et chaude, il suffit de se mettre sous un arbre et ensuite de se mettre sous un panneau métallique et voir la différence […]
 En terme de résilience, les pratiques agroécologiques de couverture du sol, d’amortissement climatique avec des arbres, de diversification en réduisant la monoculture et la densité de plantation des fruitiers apportent plus de sursis que des panneaux qui font de l’ombre chaude et sèche
.
 (
Fabien Balaguer directeur de l’Association française d’agroforesterie. Contre l’agrivoltaïsme, l’autonomie paysanne, journal L’Empaillé automne 2022)


UNE ARTIFICIALISATION DURABLE DES TERRES 
L’installation de panneaux photovoltaïques au sol correspond bien à une artificialisation qui dégrade les fonctions des sols et nuit à la biodiversité, contrairement à ce qu’affirme l’article 194 de la loi Climat et Résilience du 22 août 2021. C’est encore plus flagrant pour les forêts, qui représentent des puits de carbone apportant des services écosystémiques majeurs (biodiversité, pluie, vent). Malgré des critères visant à limiter cet impact, les ancrages béton, clôtures, lignes électriques enterrées et voies d’accès sur des kilomètres affectent les sols, perturbent la faune et la flore de façon durable. Les centrales PV au sol limitent la photosynthèse, avec des pertes importantes pour la production d’herbe qui réduisent la production agricole1. Si ces installations sont matériellement réversibles, elles ne le sont pas en pratique pour des questions de rentabilité des investissements réalisés.  

UN IMPACT MAJEUR SUR LES PRIX ET LA DISPONIBILITÉ DU FONCIER

 Les loyers proposés aux propriétaires pour l’installation de centrales PV déstabilisent complètement le marché foncier, avec un rapport de 1 à 10 ou 30 pour le fermage (ex : 150€/ha vs 4000€ pour du PV) et de 1 à 3 ou 6 pour l’achat. Selon certains experts fonciers « considérant les taux proposés, un hectare de terrain couvert de panneaux avec un loyer de 2 000 €/ha/an pourrait se valoriser entre 20 000 et 40 000€/ha2 » quand le prix moyen à la vente des terres libres atteint 5 940€ l’hectare. L’appât du gain peut conduire des propriétaires à s’opposer au renouvellement des baux ou à éviter la location à un nouveau fermier. Ce sont autant de terres qui sortent du statut du fermage, font l’objet d’une rétention foncière et sont menacées de déprise. La transmission des fermes est également menacée, certaines paysannes en fin de carrière préférant conserver leur foncier pour s’assurer une retraite confortable.
D’autres terrains, comme les bases aériennes désaffectées, sont aussi utilisés pour le photovoltaïque, alors qu’ils devraient être destinés à l’agriculture. Idem pour les carrières et décharges de déchets inertes devant être restituées à un usage agricole après remise en état, et non accueillir du PV. De plus, l’argument du mauvais caractère pédologique de sols (souvent le résultat d’une agriculture intensive), n’est pas recevable, car ces terres ont une vocation agricole. Celui d’une amélioration du potentiel agronomique pour justifier « l’agrovoltaïsme » peut facilement être instrumentalisé par des bureaux d’études juges et parties, qui sous-évaluent la production agricole initiale et gonflent la valeur ajoutée de la production finale. 


UNE MANNE QUI GÉNÈRE DES CONFLITS D’INTÉRÊTS
Cette manne financière génère des conflits d’intérêts pour les collectivités territoriales qui en bénéficient et les chambres d’agriculture qui récupèrent les financements issus de la compensation collective agricole, censée contrebalancer les effets négatifs de l’artificialisation. Dans la Nièvre, c’est une stratégie assumée du président de la chambre d’agriculture qui entend financer des bassines grâce à 2000ha de PV, dont les retombées viendraient alimenter le Groupement d’Utilisation de Financements Agricoles.
 La réalisation d’études sur l’agrivoltaïsme place les chambres d’agri- culture dans une situation où elles sont juges et parties. Parfois, les élus locaux sont directement impliqués dans des projets de PV, en tant que propriétaires fonciers ou bénéficiaires des fonds issus de la compensation collectives. Ces conflits d’intérêts qui concernent les représentants siégeant en CDPENAF peuvent conduire à l’autorisation de projets contraires à l’intérêt général. 

UNE DÉGRADATION DE LA QUALITÉ DE VIE AU TRAVAIL ET DES PAYSAGES 
L’agriculture paysanne doit participer avec les citoyen·nes à rendre le milieu rural vivant dans un cadre de vie apprécié par tous. Que cela soit par la qualité et la diversité du milieu naturel, les ruraux dans leur vie quotidienne désirent la protection de cet espace générateur d’emplois. Alors que l’agriculture est l’une des professions qui rémunère le moins en France, qu’un malaise de la profession est reconnu et qu’il faudra recruter massivement pour faire face aux nombreux départs en retraite, une motivation essentielle est la qualité de vie au travail, en plein air, dans un cadre beau, regarder le ciel et écouter le chant des oiseaux : nous défendons un rapport sensible au monde qui nous est primordial. Travailler sous des panneaux c’est dégrader notre qualité de vie au travail, mais aussi l’environnement et les paysages de tous pour le bénéfice de quelques propriétaires et promoteurs. Quelle que soit sa surface, un parc photovoltaïque sur des terres agricoles et naturelles, est une installation de nature industrielle qui altère les paysages et l’attractivité touristique. Nous refusons l’industrialisation des campagnes. À l’inverse, les infrastructures naturelles, vergers de plein vent, haies, agroforesterie apportent plus de bénéfices aux écosystèmes :
ombre pour les animaux et les cultures, fourrage en cas de sécheresse, bois énergie, refuge pour la biodiversité et lutte biologique. Ils sont eux, 100 % renouvelables et recyclables !

LA RENTE PHOTOVOLTAÏQUE N’EST PAS UN REVENU AGRICOLE 
Les revenus issus du photovoltaïques correspondent soit à un revenu foncier, quand le propriétaire touche un loyer, soit à un bénéfice industriel et commercial, quand il réalise un investissement direct et revend l’électricité produite. Dans les deux cas, ces revenus issus de la propriété foncière ne sont pas agricoles et exemptés de cotisations MSA. La rente photovoltaïque ne saurait être une solution pour palier la faiblesse des prix agricoles ou la perte de certaines aides comme l’ICHN1. (= Indemnité Compensatoire de Handicaps Naturels).
Elle crée une inégalité entre les fermiers et les propriétaires exploitants, qui pourraient valoriser leur foncier, le photovoltaïque étant incompatible avec le statut du fermage. Comme pour la méthanisation, le comportement des agriculteurs change lorsque l’agriculture ne constitue plus le revenu principal de l’exploitation. 

 

La pompe à fric de l'agrovoltaïsme
La pompe à fric de l'agrovoltaïsme

CONTRE LA PRÉCARISATION ET LA SUBORDINATION DES PAYSAN·NES 

Pour être autorisées dans les zones agricoles, les centrales PV au sol doivent être « compatibles » avec l’activité agricole, une notion dangereusement imprécise. Elles nécessitent la présence d’un·e paysan·ne, pour justifier de la dimension agricole du projet. La mise à disposition du terrain sous forme de commodat, qui peut être résilié à tout instant, les condamne à la précarité et les prive de liberté dans le choix de leurs pratiques culturales. Des éleveurs ovins sont parfois contraints d’accepter l’installation de panneaux sur des parcours communaux qu’ils utilisent, car ils sont menacés de perdre l’accès à d’autres espaces de pâturage. Quand ils touchent un revenu de 30 000€ par an pour l’entretien de 90 ha sous les panneaux, le contrat s’apparente à du salariat déguisé. Il existe un risque de déstabilisation des filières agricoles supposément compatibles avec « l’agri- voltaïsme », comme la filière ovine, conduisant à brader le prix de la viande quand les revenus viennent essentiellement de la prestation de service d’entretien. Nous refusons que la production alimentaire devienne un sous-produit de la production énergétique. Cette situation de subordination et de précarité est incompatible avec l’autonomie qui fonde l’agriculture paysanne. L’industrie de l’agrivoltaïsme prospère ainsi sur les difficultés du monde paysan.

UNE PERTE D’AUTONOMIE DANS LES PRATIQUES AGRICOLES 
Notre autonomie de choix, d’action, n’est pas de devenir des jardiniers sous des panneaux. Les panneaux diminuent la surface agricole utile, gênent le travail, et réorientent les choix de production vers ce qui est compatible avec les panneaux, plutôt que vers ce qui est souhaitable agronomiquement. Les arbres ont été arrachés pour laisser la place au tracteur et maintenant on installerait des panneaux parce qu’ils rapportent gros ?
Nous dénonçons le rapport de l’ADEME qui prône des projets agrivoltaïques « flexibles » et « adaptables » alors qu’il apparaît impossible qu’ils le soient dans les faits : si un·e paysan·ne,  décide de passer de l’élevage bovin à l’arboriculture de plein vent ou au maraîchage, les sociétés de PV – souvent des multinationales - viendront-elles changer la configuration des panneaux ? Bien sûr que non... Il est nécessaire d’amorcer la désescalade de l’emprise technologique afin que les paysan·nes puissent travailler la terre eux-mêmes sans être dépendants de l’agro-industrie. Nous souhaitons vivre dignement de notre métier qui n’est pas de produire de l’énergie. L’unique raison de la pression industrielle actuelle sur les terres agricoles, naturelles et forestières est financière.
Favoriser le PV sur ces terres est un choix politique que rien dans un budget étatique ne peut justifier. Toute l’agitation des ministères et des agences de l’État pour légitimer ces projets et « l’agri- voltaïsme », est une diversion visant à enrichir des sociétés, souvent multinationales, sur le dos du monde paysan. En mettant notre outil de production à disposition de ces sociétés, nous les enrichissons et dépossédons les paysan·nes de leur autonomie. Nous appelons à refuser massivement ces projets ! 

 

DES GISEMENTS EN TOITURES ET FRICHES INDUSTRIELLES SUFFISANTS

Dans ses rapports de 20181 et 20192, l’ADEME évalue des gisements de photovoltaïque à 123 GW sur grandes toitures, 49 GW sur les friches industrielles et 4 GW pour les parkings. Elle appelle à privilégier ces modèles « pour éviter d’occuper des sols agricoles et de nuire à l’image de cette énergie renouvelable »3. Ajoutons que la France compte entre 24 000 et 32 000 zones d’activités4, soit 450 000 hectares déjà artificialisés, qui sont en grande partie propices à recevoir des panneaux photovoltaïques. Ce potentiel est donc bien supérieur à l’objectif de 44,5 GW en 2028, fixé par la PPE et 100 GW en 2050 fixé par E. Macron lors de son discours du Creusot en décembre 2020.

L’agrivoltaïsme est en conclusion une attaque contre l’Agriculture paysanne  et un cadeau offert par nous tous et contre notre volonté à quelques industriels ou banquiers.

 

Rédigé par ANAB

Publié dans #Energies

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C
J'adoooore les écologiques qui font que râler et avoir toujours un avis contraire selon tout agissement !!!!<br /> Faut fermer les centrales nucléaires au cas où accident. <br /> Qui donnaient de l'électricité pas chère. <br /> Mais tout devrait être électrique....moins de pollution. <br /> Les éoliennes.....ah non faut pas les placer ici ni là, trop se béton, trop de bruit, trop de dégâts....<br /> Du photovoltaique......ah non faut pas installer ici, mais sur les toits......<br /> Faut redonner les terres aux paysans qui savent gérer... mais ils ont utilisé des pesticides etc pour augmenter la production.. <br /> Faut enlever les énergies fossiles.....<br /> Tous vont rouler en voiture electrique. <br /> Ah mais il faut du lithium pour les batteries...problème aussi.<br /> De plus en plus d'électricité....qui va venir d'où ?<br /> Du toit des ecologistes?<br /> Chacun de vous possède au moins une voiture, vos enfants la leur...etc.<br /> Donc c'est bien de dénoncer certaines dérives, mais râler non stop sur tout et son contraire, ça commence à me gonfler.<br /> Suis pour la protection de la planète..mais pas pour le lynchage non stop.<br /> Ou est-ce juste pour s'écouter parler tous ces déballages à chaque fois????<br /> Facile la critique devant son ordinateur.....
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R
J'admire d'abord le courageux anonyme "coup de gueule" qui se cache derrière ce pseudo? Pour notre part, nous sommes à visage découvert et notre adresse est sur le blog.<br /> Sans doute ce commentateur n’est pas assez courageux pour assumer ses dires et pas assez pour avoir lu ce document.<br /> <br /> Le document publié n'est pas rédigé par des écologistes mais par des agriculteurs. Le sermon sur les écolo, des « grands critiqueurs qui ne font rien » était donc inutile.<br /> <br /> Nous demandons d’abord que la loi de transition énergétique soit respectée et donc qu’en priorité, les friches industrielles et les bâtiments soient couverts de panneaux et non les terres agricoles.<br /> <br /> Nous ne sommes pas contre le photo-voltaïsme. Nous sommes contre le fait de couvrir de subventions les banques et les riches industriels du secteur dans n’importe quelles conditions.<br /> <br /> <br /> Les citoyens devraient être encouragés à mener de tels projets et non pas freinés par des lois et règlements qui maintiennent le monopole d'EDF et des industriels.
T
C'est triste, car c'est toujours l'appât du gain qui parle. <br /> Il y a trois semaines, on faisait miroiter le projet du milliard d'arbres que le gouvernement allait faire planter - faisant fi des scientifiques et du savoir-faire des vrais professionnels de la forêt.<br /> <br /> https://naturealsacebossue.over-blog.com/2022/11/planter-1-milliard-d-arbres-la-fausse-solution-du-gouvernement.html<br /> <br /> Outre-Manche, ce sont des citadins branchés qui prônent le "rewilding" (l'ensauvagement de la Nature) sans se soucier de la vocation nourricière des terres agricoles ou du savoir-faire des professionnels de l'Agriculture paysanne. <br /> Dans un cas comme dans l'autre, ce sont toujours les intérêts financiers qui ont l'oreille des "décideurs"
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