Arbre européen de l'année
Publié le 10 Mars 2023
article paru sur le point le 26/2/2023
Du hêtre pleureur des rencontres au figuier de l’unité, 16 spécimens sont en lice pour le titre de l’Arbre européen de l’année.(Nathalie Lamoureux)
Qui succédera au chêne Dunin polonais sur le trône de l'Arbre européen de l'année ? Réponse le 21 mars lors d'une cérémonie retransmise en ligne (treeoftheyear.org) depuis Bruxelles, à l'occasion de la Journée internationale des forêts. Chaque année, depuis 2011, un concours célèbre la grâce et l'élégance arboricole. En novembre 2022, le magazine Terre sauvage, l'Office national des forêts et l'association Arbres - qui labellise les « Arbres remarquables » de France - donnaient le coup d'envoi de la 12 e édition d'une élection visant à mettre à l'honneur les plus incroyables arbres du patrimoine français (arbredelannee.com). Sur les 150 candidatures reçues de partout en France, y compris de l'Outre-mer, quatorze d'entre elles ont été retenues par un jury d'experts pour défendre les couleurs de leur région.
« Ces compagnons silencieux », décrits par Paul Smith dans d'innombrables aspects de nos vies (Arbres, Flammarion, 2022), ne sont pas que beaux. Ils ont une vie secrète Ils papotent entre eux, partagent les richesses du sol, apprennent les uns des autres. Mémoire du temps, leur existence précède celle de l'espèce humaine. Témoins de l'Histoire, ils ont vécu les guerres, les massacres et les réjouissances. Comme à chaque édition du concours, d'autres caractéristiques que la simple « plastique » ont été prises en considération puisque leurs qualités biologiques, affectives ou encore symboliques comptent tout autant. « Un arbre peut être remarquable sans être très beau », souligne Georges Feterman, membre du jury et président de l'association Arbres.
Ceux qui les ont inscrits à ce concours - communes, régions, associations, particuliers - ont veillé à ne pas présenter ces « muses vertes » comme des êtres écervelés, mettant en lumière leurs atouts ou traits de caractère les plus insoupçonnés, insistant sur la dimension ombilicale qui relie les hommes aux arbres. Derrière ce concours, il s'agit d'alerter sur les menaces qui pèsent sur ces trésors verts, cibles de coupes sauvages. « Les gens sont fiers que leur arbre soit reconnu. C'est chez moi, c'est dans mon coin. Cette fierté est protectrice », poursuit Georges Feterman.
Le 16 janvier, le prix du jury a été attribué au fantasmagorique hêtre du canyon, et le prix du public au hêtre pleureur des rencontres. Ce dernier a l'honneur de représenter la France pour la finale du concours de l'Arbre européen. Les votes sont ouverts en ligne jusqu'au 28 février. Un coup d'œil aux candidatures montre que le choix ne sera pas aisé. La sélection rassemble six chênes, dont un patriarche planté par un marquis et menacé par l'extension d'une autoroute, un pittoresque platane du pont hongrois, un figuier géant tortueux ou encore le pommier colonnaire de Krolevets en Ukraine, qui prend racine quand l'un de ses troncs meurt. Focus sur cinq spécimens étonnants.
LE PATRIARCHE FRANCILIEN
Situé dans le square Viviani, près de l'église Saint-Julien-le-Pauvre, ce robinier faux-acacia aurait été planté en 1601. Il est connu pour être le plus vieil arbre de la capitale, mais aussi le premier robinier introduit en France. Jean Robin, herboriste du roi Henri IV, l'a planté et lui a donné son nom. Avec le temps, l'arbre originel âgé de plus de 400 ans est un être penché et fatigué, anciennement brûlé, qui peut s'effondrer à tout moment. Pour permettre à la terre qui l'entoure de respirer, la Ville de Paris a installé en 2010 un banc circulaire en chêne. Des structures en ciment ont également été apposées contre le tronc. Malgré son grand âge, l'ancien, du haut de ses 15 mètres et soutenu par sa béquille, fleurit tous les printemps. Mais les années lui pèsent. Il cesse d'étendre ses branches, raccourcit ses pousses, et émet depuis ses racines de jeunes arbres destinés à prendre sa succession et poursuivre sa vie.
Lozorno, Slovaquie
Il a la forme d'un dragon assis et son écorce rugueuse est couverte de cicatrices. On l'appelle le chêne Dragon. Il est le gardien de la forêt qui entoure le village de Lozorno, dans la région de Bratislava. Caché en forêt, il a été le refuge des premiers colons qui ont fait naître le château médiéval désormais en ruine de Pajštún, ou des marchands venus de Croatie. Il a aussi vu se construire la voie ferrée forestière, abandonnée il y a longtemps. Aujourd'hui, comme le chêne du Marquis aux Pays-Bas, menacé d'abattage par l'extension d'une autoroute, il est le témoin de l'exploitation de la forêt et personne ne sait s'il va survivre, d'où sa présence au concours de l'Arbre européen.
LE BLESSÉ DE GUERRE
Faverolles, France
Dans cette commune du Centre-Val de Loire, le gros chêne tortueux est une curiosité locale, souvent le but d'une promenade en famille. Au printemps s'y rencontrent les cueilleurs de jonquilles, première fleur de l'année à montrer son nez. Après l'hiver, c'est donc un point de repère dans le bois du Thuilay. En sept cents ans, le vieux a été témoin de nombreux événements, dont un en particulier qui aurait bien pu le faire disparaître. À la fin de la guerre 1914-1918, des prisonniers allemands, employés dans une ferme, réchauffaient leur déjeuner, un peu trop près du chêne qui a pris un gros coup de chaud. Le feu a pu être éteint à temps, mais a laissé des traces. Pour sauver le grand brûlé, les habitants de Faverolles ont colmaté la plaie avec du ciment. La largeur du pansement était d'au moins 80 centimètres. En trois quarts de siècle, le bois repoussant, on ne voit plus le ciment que sur à peine 40 centimètres. Cet accident n'a pas altéré la santé du chêne, qui se porte comme un jeune homme.
LE FIGUIER DE L'UNITÉ
Palerme, Italie
Introduit en 1845, le figuier de la baie de Moreton, originaire d'Australie, est l'ancêtre des grands figuiers d'Italie. Son tronc est formé de tiges, dont certaines dépassent les 3 mètres de circonférence et ses racines aériennes - qui rejoignent le sol en se transformant en troncs supplémentaires - sont très impressionnantes. Ce spécimen, à l'envergure unique avec une canopée de près de 3 000 mètres carrés, peut être admiré au Jardin botanique de Palerme, en Sicile, et se verrait bien sur le podium de l'Arbre européen de l'année.
L'EMBLÈME DU VILLAGE
Cassel, France
Majestueux, il culmine au centre du jardin public, au sommet du mont Cassel, autour duquel s'articule le village du même nom dans les Hauts-de-France, élu village préféré des Français en 2018. Sa silhouette s'épanouit depuis plus de cent quarante ans face à la campagne flamande. Un tilleul semble lui faire de l'œil. On l'appelle le hêtre des rencontres. Cet arbre d'ornement aux longues branches bercées par les vents du Nord doit son charme à sa grande taille, attribué à une bonne exposition au soleil, et à son aspect déséquilibré, car « mangé » d'un côté par un tilleul. Son écorce, de couleur grise, est tendre et lisse. Le tronc et les charpentières sont difformes. Ses admirateurs y devinent la tête d'un éléphant, la trompe en avant. Il inspire les artistes peintres et les photographes. Des poèmes lui sont dédiés. Il a même une page Facebook où l'on apprend qu'il a échappé à l'incendie du moulin en 1911 et aux bombardements de la ville en 1940. De nos jours, cet arbre possède un tronc de 4,50 mètres de circonférence et mesure 20 mètres de hauteur. Les Casselois lui ont obtenu le prestigieux label « Arbre remarquable » de France. Et le voilà destiné à représenter l'Hexagone pour le concours européen.
/image%2F1479375%2F20220420%2Fob_7fe25c_4246660298920266123.jpg)
/image%2F1479375%2F20230303%2Fob_00581c_24195137lpw-24200981-libre-jpg-9360870.jpg)
/image%2F1479375%2F20230303%2Fob_65a4be_24195137lpw-24200983-embed-libre-jpg-9.jpg)