Comment les abeilles trient les nombres ? de gauche à droite, comme nous les humains! -
Publié le 7 Avril 2023
Les abeilles savent compter. Et juste. Leur cerveau organise les nombres par taille : de gauche à droite. Semblable à nous les humains.
Article paru sur srf.ch Auteur : Catherine Bochsler 27/10/2022,
Les abeilles ont le sens des nombres. Elles ont une compréhension intuitive des unités dénombrables - comme d’autres animaux : les araignées, les poissons, les pieuvres, les corbeaux et les singes. L'abeille sait très bien compter. C'est ce que suggère une étude d'une équipe de recherche franco-suisse. Le groupe a entraîné des abeilles domestiques à voler vers une image aux formes géométriques différentes. Des images comportant chacune le même nombre de cercles, de triangles ou de carrés Pour cela, les abeilles ont été récompensées par une solution sucrée.
Les petits chiffres les attirent à gauche, les gros à droite
Après la phase d'entraînement, les animaux de test ont été exposés à deux images identiques en même temps. Il a été constaté que les abeilles préféraient voler vers l'image de gauche dans les images présentant peu de formes - par exemple seulement un ou deux cercles.
Alors qu'avec quatre ou cinq cercles, elles ont donné priorité à l'image de droite.
L’organisation des nombres dans le cerveau de l'abeille.
Les chercheurs ont observé par ce comportement que le cerveau de l'abeille classe les nombres par ordre croissant de gauche à droite. Ainsi, les nombres sont représentés sur une sorte de chaîne mentale de nombres. Le cerveau des abeilles établit évidemment un lien entre les quantités et l'espace. Tout comme le cerveau des oiseaux et surtout celui des humains.
L’organisation des nombres dans le cerveau humain
Des zones cérébrales voisines relient l'espace et le nombre. Ce n’est pas certain, mais pourquoi en serait-il ainsi ? Une explication pourrait être l'organisation du cerveau lui-même. La cartographie de l'espace et la cartographie des nombres se trouvent dans des zones voisines dans le cerveau. Il est possible que les cellules nerveuses d'une zone communiquent avec les cellules nerveuses de l'autre et que l'espace et le nombre entrent ainsi en contact l'un avec l'autre.
Les oiseaux, les abeilles et même les araignées le font .
Même si tous les animaux dotés du sens des nombres ne comptent pas aussi nettement que les abeilles, les oiseaux et les humains, le sens des nombres à lui seul a un grand avantage évolutif. Il aide ceux qui l'ont à survivre. Un animal pouvant distinguer plus de morceaux de nourriture de moins trouve une nourriture suffisante d'une manière plus efficace. Les abeilles qui s'orientent sur plusieurs points de repère lors de leurs vols d'un kilomètre ont de bonnes chances de retrouver leurs sources de nourriture. Les mésanges qui se communiquent par leurs cris d'alarme le nombre d'ennemis cachés sont mieux à même de se protéger. Les lions qui se transmettent le nombre d'intrus sur leur territoire sont plus aptes à décider d'attaquer ou de battre en retraite.
Le sens des nombres – réinventé encore et encore
Le sens du nombre semble inné. Même les nourrissons en sont capables, tout comme les poussins qui viennent d'éclore de l'œuf. En lien avec ce sujet un article : la controverse sur le sens des nombres Il n’est pas très clair d'où vient ce don. »
Il est possible qu'un lointain ancêtre commun des humains, des singes, des oiseaux, des araignées, des calmars ou des abeilles il y a des centaines de millions d'années nous ait transmis cette intuition des quantités et nombres. Mais il est plus probable que le sens des nombres ait été réinventé encore et encore. Parce que l'avoir est tout simplement génial.
La ligne mentale numérique des abeilles = publication scientifique en anglais
Article d'origine, plus technique sur le même sujet paru sur l'université de Toulouse le 14/10/2022
La capacité des humains à spatialiser des nombres, en mettant les plus petits à gauche et les plus grands à droite, a longtemps été attribuée aux humains de par l’influence de l’apprentissage de l’écriture et la lecture. Une nouvelle étude, menée par Martin Giurfa, professeur à l’Université Toulouse III – Paul Sabatier au Centre de recherches sur la cognition animale du Centre de biologie intégrative (CRCA/CBI – CNRS/UT3), vient démontrer que des invertébrés témoignent aussi de cette même représentation spatiale des nombres, qui serait ainsi inhérente aux espèces possédant un cerveau à 2 hémisphères latéralisés.
Lorsque des humains, ainsi que certains autres vertébrés, sont confrontés à des quantités numériques, ceux-ci les ordonnent de façon spatiale, spécifiquement de gauche à droite en ordre croissant. Par exemple, dans un exercice de pointage de nombres avec la main gauche et droite simultanément, nous sommes plus rapides en signalant de petites quantités avec la main gauche alors que des grandes quantités sont signalées plus rapidement avec la main droite.
Cette représentation spatiale des nombres s’appelle la ligne mentale numérique (LMN) et son existence a longtemps été sujette à débat car elle a été attribuée à des facteurs culturels comme l’apprentissage de la lecture et l’écriture, de gauche à droite, dans les cultures occidentales. A l’inverse, dans les cultures où elles se font de droite à gauche, la LMN est atténuée. Après avoir passé plusieurs années dans une culture occidentale, l’effet LMN émerge chez ces mêmes individus. Néanmoins, d’autres travaux montrent que les nouveau-nés humains et certains vertébrés, comme les oiseaux, ordonnent les nombres selon une LMN, suggérant ainsi une composante innée dans cette représentation numérique spatiale.
Un article inédit publié dans Proceedings of the National Academy of Sciences, mené par Martin Giurfa et impliquant également des chercheurs des universités de Lausanne et de Padoue1, vient apporter une réponse à ce débat : la LMN est présente aussi chez les abeilles.
Pour obtenir ce résultat, des abeilles en libre vol étaient entrainées à obtenir une solution sucrée dans une boite affichant sur une paroi verticale une image avec un nombre d’items déterminés, dont la nature - mais pas le nombre - variait régulièrement (cercles, carreaux, triangles).
Abeille entraînée au nombre 3, sous forme de triangles et de carreaux, en train de boire la solution sucrée offerte sur cette quantité. Crédit : Martin Giurfa
Après s’être habituées à la quantité affichée, elles étaient confrontées à deux images identiques affichant le même nombre d’objets à droite comme à gauche. Des abeilles entraînées à la valeur 3 étaient testées face à des images avec 1 seul objet, présentées sur leurs deux côtés, puis avec une image affichant une valeur de 5, avec le même procédé. Les abeilles ainsi testées avec ces quantités nouvelles ont préféré aller sur l’image de la valeur 1 à leur gauche et celle de 5 à leur droite.
Les résultats de ce travail ont montré que le positionnement d’un nombre dans la LMN est relatif à un nombre de référence. Ainsi des abeilles entrainées à 1 préfèrent 3 à droite alors que des abeilles entrainées à 5 préfèrent 3 à gauche. « Le fait de démontrer l’existence d’une LMN chez les abeilles est un élément clé pour le débat sur ses origines », selon Martin Giurfa. « Il parait difficile de rester sur une argumentation purement culturelle, même si, chez l’homme, ce facteur peut atténuer la LMN ou au contraire la renforcer. »
Les résultats obtenus par Martin Giurfa et ses associés mettent en évidence la convergence des stratégies de traitement numérique - notamment l’association entre l’espace (droite, gauche) et les quantités - qui existent entre des cerveaux de différentes complexités comme ceux de l’homme et des abeilles malgré leurs différences évolutives importantes. La LMN parait être inhérente à des systèmes nerveux latéralisés, tels que ceux de l’homme et de l’abeille, où des hémisphères cérébraux diffèrent dans leur traitement d’informations selon la nature de celles-ci : fréquences et/ou quantités, par exemple.
Cette asymétrie cérébrale, qui se produit chez un large éventail de vertébrés et d’invertébrés, peut être donc à la base de la LMN chez de très nombreuses espèces. Et le professeur de neurosciences de conclure :
Ces travaux nous montrent à nouveau que les êtres humains ne sont pas si spéciaux et différents d’autres créatures vivantes dans certaines capacités cognitives, y compris dans le cas des abeilles que nous avons tendance à considérer ‘simples’. Ces résultats devraient donc aider à changer notre regard sur les espèces avec lesquelles nous partageons notre environnement, et nous amener à adopter des pratiques plus responsables pour préserver cet environnement et leur survie.
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