L’hiver sec creuse le déficit pluviométrique
Publié le 3 Mars 2023
paru sur l'Alsace le 21/2/2023 et transmis par Bernard. merci Bernard.
Les dernières pluies substantielles en Alsace remontent au 13 janvier. Après la parenthèse automnale, ce début d’année 2023 renforce une tendance déficitaire amorcée dès la fin de l’été 2021.
Pas une goutte depuis le 5 février du côté de Strasbourg, depuis le 6 du côté de Mulhouse. À moins d’une semaine de la fin du mois, on est loin des normales de saison en termes de pluviométrie, avec des cumuls de 4,6 mm dans le Bas-Rhin (contre une normale mensuelle de 34,5 mm), de seulement 1,8 mm dans le sud du Haut-Rhin (contre une normale de 44,7 mm). « Une quinzaine de jours sans pluie n’a rien d’exceptionnel à cette saison en Alsace, observe Christophe Mertz, météorologue chez Atmo-Risk et MétéoNews. Mais la dernière journée vraiment pluvieuse remonte déjà au 13 janvier, avec 9 mm à Strasbourg. »
Sur les hauteurs du Hohrodberg, ce lundi 20 février, un paysage qui n’a pas grand-chose d’hivernal. Les précipitations se font attendre depuis plusieurs semaines et la douceur a fait fondre la neige tombée le mois dernier sur les sommets
Décembre dans le rouge, janvier proche de la normale
L’Alsace s’en tire globalement mieux que d’autres régions françaises, grâce à un automne bien arrosé, qui a partiellement compensé la sécheresse des mois précédents. Avec cependant des nuances entre le nord et le sud : la station de Strasbourg-Entzheim a enregistré des excédents de 36 % en septembre, 24 % en octobre, 78 % en novembre, tandis que celle de l’aéroport de Bâle-Mulhouse relevait +24 % en septembre, +22 % en novembre, mais -13 % en octobre. Décembre a été déficitaire sur les deux sites : -21 % à Bâle-Mulhouse, -25 % à Strasbourg-Entzheim. En janvier, le déficit n’a été que de 4 % dans le sud, notamment grâce aux 17 mm du seul dimanche 8, et Strasbourg-Entzheim a même enregistré un léger excédent (+10 %, avec 35 mm). Mais dans les deux secteurs, il n’est plus rien tombé après le 20 janvier.
Cet hiver vient aggraver une tendance déficitaire qui remonte à la fin de l’été 2021. Cette année-là, les mois de mai et juin, « pourris » , avaient permis de finir sur un bilan équilibré, mais les saisons suivantes ont manqué d’eau, et l’année 2022 s’est achevée sur un déficit de 10 à 15 % dans le Bas-Rhin, de 19 % à Bâle-Mulhouse, de 30 % à Colmar-Meyenheim.
« Il est probable que ce mois de février 2023 finisse sous les 10 mm », prévient Christophe Mertz. De quoi enfoncer le clou et sans doute orienter à la baisse les niveaux de la nappe phréatique alsacienne. Dans son dernier bulletin mensuel, l’Aprona , qui en assure l’observation, relevait des niveaux moyens « en hausse presque partout » en janvier, « globalement supérieurs aux normales dans le Bas-Rhin » mais déjà « inférieurs aux normales dans le Haut-Rhin ».
Vue sur les hauteurs du Hohrodberg, le 20 février. La neige fond au soleil et le manque de précipitations annonce des signes de sécheresse.
Un rattrapage qui s’annonce difficile
Ce n’est pas la fonte des quelques neiges encore présentes sur le massif vosgien qui va changer la donne. Ni la météo des prochains jours : si le ciel va se charger de nuages et apporter quelques millimètres, plutôt sous forme de bruine, des conditions anticycloniques se remettront en place dès samedi 25 février, avec un temps sec et froid. Les perspectives pour mars annoncent pour l’instant davantage de pluie dans le sud de la France qu’en Alsace, et avril devrait rester « beau et sec, avec seulement quelques passages de perturbations », selon Christophe Mertz. « S’il ne pleut pas davantage, on aura du mal à rattraper les déficits de cet hiver. Il n’y aura plus qu’à espérer un été moins chaud et moins sec que l’an dernier. »
En attendant, le météorologue strasbourgeois constate que l’excédent thermique devient aussi la règle en hiver, avec trois degrés de plus que la moyenne de saison en janvier, certainement deux à trois degrés de plus en février, malgré des périodes de températures plus classiquement hivernales. « Il faut remonter à février 2018 pour trouver un mois complet sous la normale. Les mois froids sont de plus en plus rares, et les gros excédents se succèdent depuis trois ans. »
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