Hervé Kempf, « l’aveuglement des hyper-riches est plus fort que jamais »
Publié le 14 Juillet 2025
paru surl'Alsace le 28/5/2025 . Proposé par Bernard. merci Bernard
Dans son best-seller, Comment les riches détruisent la planète , paru en 2007 (et décliné en 2024 en bande dessinée avec l’illustrateur Juan Mendez), Hervé Kempf fait le lien entre l’augmentation des inégalités et le désastre climatique. Le 1 % des plus riches émet plus de CO2 que les 50 % les plus pauvres. Le journaliste sera samedi à la foire éco bio de Colmar pour une conférence et une table ronde sur les ravages du capitalisme.
Depuis la sortie de votre livre, en 2007, comment les choses ont-elles évolué ?
Hervé Kempf : « La situation écologique s’est considérablement aggravée, en termes de changement climatique, d’érosion de la biodiversité, de contamination de notre environnement. Et par ailleurs, les hyper-riches se sont revitalisés, leur aveuglement est plus fort que jamais.
Mais il y a des éléments positifs. La connaissance de l’état de la planète s’est très largement répandue à travers le monde. La prise de conscience est bien plus importante que les médias ne semblent le montrer. Car, malheureusement, de plus en plus de gens ressentent les effets du changement climatique dans leur vie quotidienne.
Par ailleurs, on observe de plus en plus de tentatives de vivre autrement. L’alimentation bio, les déplacements à vélo, les actions collectives progressent significativement. Le sentiment que l’on ne peut pas continuer comme ça grandit, de même que la colère et les luttes écologistes. L’un des derniers exemples est la bagarre contre l’autoroute A69. »
H.K. : « Oui mais il y a un vrai mouvement de fond. Les progrès de l’alimentation bio sont énormes. En 2007, seuls 1 à 2 % des Français mangeaient bio, aujourd’hui c’est 10 %. La consommation de viande a baissé. L’usage du vélo aussi s’est renforcé. Aujourd’hui, à Reporterre quand on cherche des témoignages de vie alternative, on en trouve beaucoup. Ce n’était pas le cas il y a 15 ans. »
Il s’agit d’initiatives citoyennes, pas des pouvoirs publics ?
« En effet les pouvoirs publics n’encouragent pas cette voie-là. L’A69, qui est désastreuse au plan écologique et économique, est soutenue par le gouvernement. Heureusement, la justice a tranché en faveur de l’environnement. »
Le nombre des hyper-riches va-t-il encore augmenter ?
« Depuis 1980, il ne cesse d’augmenter. Il y a eu un léger fléchissement au moment de la crise de 2008, puis du Covid en 2020, mais depuis il est bien reparti à la hausse. Il y a l’effet cumulatif du patrimoine qui génère ses propres inégalités. Et les dirigeants comme Trump ou la droite en Europe ne veulent rien changer. »
Existe-t-il quand même des hyper-riches vertueux ?
« Pas Bill Gates en tout cas. Sa fondation promeut les OGM en Afrique au lieu de développer l’agriculture paysanne. Et l’entreprise qu’il a créée, Microsoft est loin d’être exemplaire. En revanche on observe l’émergence d’un mouvement de millionnaires (pas de milliardaires) qui demandent à être taxés davantage. »
« Le prochain système économique devrait intégrer les effets de la production sur l’environnement »
Si le capitalisme est incompatible avec l’écologie, quel système préconisez-vous ?
« Le post-capitalisme fondé sur quatre piliers : la coopération au lieu de la concurrence, le bien commun au lieu de la propriété privée, la solidarité au lieu de la recherche des profits et enfin le respect des gens et de l’environnement. Il faut plus de liens et moins de biens. Le prochain système économique devrait intégrer les effets de la production sur l’environnement. »
Par quoi commencer ?
« Par la taxation des hyper-riches. La fiscalité a toujours été un moyen pour les politiques de faire des choix de société. Les inégalités ont commencé à augmenter sous les mandats de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne et Ronald Reagan aux États-Unis. Ils ont diminué les impôts sur les hauts revenus et dérégulé les marchés financiers. Si aujourd’hui on taxait Bernard Arnault de 2 %, sa fortune passerait de presque 200 à 196 milliards d’€, ça ne changerait rien à sa vie. »
Les réseaux sociaux ont-ils un rôle positif ou négatif sur l’écologie ?
« Plutôt négatif car les maîtres des réseaux sociaux, Mark Zuckerberg (patron de Meta) et Elon Musk (patron de X), ont abandonné la modération des commentaires, ce qui conduit à laisser s’exprimer les racistes, les climatosceptiques et autres. C’est une question très sensible comme celle de la propriété des médias traditionnels. C’est extrêmement inquiétant. Il faudrait un soutien aux médias comme il en existe pour l’édition, pour leur permettre d’être indépendants. Et un contrôle des réseaux sociaux est indispensable. L’Union européenne doit à tout prix résister aux pressions de Donald Trump sur cette question. »
Reste-t-il des raisons d’espérer ?
« Nous vivons une situation historique par sa gravité. Cela conduit à l’éco-anxiété et au fatalisme. Je conseille aux jeunes de se départir de cette attitude et de faire quelque chose, de vivre autrement pour contribuer à faire bouger les choses. »
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