Les astuces d'un jardinier "dingue de plantes" pour créer un éden vert, écologique et résistant aux aléas du climat
Publié le 5 Juillet 2025
Pénétrer dans le jardin de Didier Willery, c'est entamer un voyage dans la beauté du monde. Amoureux des plantes, il a imaginé un écrin dans lequel les végétaux ont la liberté de s'épanouir, de s'entraider, de pousser, grimper, recouvrir. Le tout, sans arrosage et sans produits phytosanitaires.
Cheveux blancs, barbe taillée, il déambule dans ce qu'il appelle "un paradis". "J'aime à dire que mon jardin est naturel, mais pas sauvage", explique le jardinier. "Il est inspiré des principes de la nature, de la manière dont les plantes poussent les unes avec les autres. Mais en même temps, il est hypercontrôlé. C'est un jardin, ce n’est pas un endroit complètement sauvage laissé à lui-même. Je laisse faire la nature, mais je l'accompagne".
Un écrin pour les fleurs
Un jardin qu'il a imaginé pas à pas depuis les années 1990, avec des arbustes comme écrin des fleurs. "J'ai toujours beaucoup de feuillages mélangés. Je ne mise pas uniquement sur les fleurs parce que, par exemple, on vient d'avoir une semaine de pluie. Les magnifiques pivoines se sont effondrées. Par contre, les feuillages avec leurs couleurs apportent une espèce de permanence. (...) La couleur perdure quelles que soient les intempéries, peu importe le temps. C'est un élément fixe sur lequel on peut compter. C'est un petit peu la sauce dans un plat, celle qui unifie l'ensemble des éléments. Chaque petite fleur qui arrive à s'épanouir est mise en valeur par les feuillages qui sont autour. Les fleurs, il y en a, mais c'est toujours un bonus et c'est quelque chose qui vient en plus sur une trame de feuillage bien installée".
Un jardin résistant, résilient
En 40 ans, Didier Willery a planté 4 000 espèces différentes sur les 2400 mètres carrés de son jardin. De quoi laisser libre cours à son imagination, mais surtout à son savoir et à l'expérimentation pour façonner un jardin résilient.
"Un jardin résilient réside autour de 3 points. Le premier, c'est la bonne plante au bon endroit, c'est-à-dire bien choisir ses plantes. Si elle préfère l'ombre, la mettre à l'ombre. (...)
Le deuxième principe, c'est d'imbriquer les plantes et non pas de les poser les unes à côté des autres. On ne fait pas une collection de timbres dans un jardin, on fait une tapisserie. Plus cette tapisserie va être dense, plus le nombre de plantes va être important, plus il y aura de diversité végétale, plus il y aura de biodiversité, de diversité animale, plus il y aura de relation entre les plantes. C’est prouvé scientifiquement que plus, il y a de relations entre les plantes, plus le système global est résilient, résistant, il est capable de se régénérer après une catastrophe. Après un gros gel, il y a des plantes qui vont lever, germer, repousser. Après une sécheresse, même chose.
Le troisième point, c'est de rechercher les bonnes interactions qu'il peut y avoir entre les plantes. Il y a des plantes avec un feuillage aromatique qui vont repousser les parasites d'une autre. Il y a des plantes qui vont puiser certains éléments minéraux dans le sol et le restituer, qui vont favoriser le développement de tel ou tel autre plante voisine".
Intarissable, Didier Willery poursuit : "par exemple, toutes les plantes de la famille des fabacées, les légumineuses, sont capables d'aller chercher de l'azote dans l'air, de le restituer dans le sol, d'enrichir le sol pour les plantes voisines. Plus il y a de diversité, plus les plantes interagissent entre elles et quand ces interactions sont en plus esthétiques, c'est un super bonus pour les jardiniers."
Sans eau, sans produits phyto
Et cerise sur le gâteau, malgré la sécheresse, il n'a pas besoin d'arroser pour que son jardin reste vert. Il vient de survivre au printemps le plus sec depuis 1959. "Je peux vous garantir que je n’ai pas sorti le tuyau d'arrosage et je n'ai absolument rien arrosé à part les pots évidemment qui sont des milieux ultra-confinés", affirme-t-il fièrement.
"Plus il y a de plantes ensemble, plus elles résistent au vent et plus, elles protègent le sol qui ne se dessèche pas ou beaucoup moins rapidement que quand le sol est dénudé. Quand on bêche le sol, on massacre toute la vie, on désorganise complètement, on perd la fertilité naturelle et on perd toute la protection naturelle de la végétation. Les jardiniers doivent comprendre aujourd'hui que la végétation dans son ensemble protège le sol, le fertilise, le nourrit et permet en fait toute cette résilience au jardin".
Spécialiste de la "phynergie"
Jardinier, écrivain, photographe, blogueur, ce dingue de plantes comme il se définit lui-même a développé un concept, celui de "phynergie, c'est-à-dire phyto pour plantes et synergie. C'est vraiment une interaction entre deux plantes qui marche à trois niveaux".
Il explique : "On a une interaction esthétique. Par exemple, les petites fleurs bleu azur de la consoude font ressortir le feuillage de la framboise à feuillage doré. Il y a aussi une interaction pratique parce que la consoude fait couvre-sol, elle fait obstacle aux mauvaises herbes, elle maintient le sol couvert et donc frais en permanence, ce qui favorise la végétation de la framboise. La troisième interaction, c'est que la consoude, elle, est spécialisée pour aller chercher le potassium dans le sol. Et le potassium se retrouve dans le sol chaque fois que les feuilles tombent et se décomposent. Et le potassium va amplifier et favoriser la fructification du framboisier". Il conclut : "C'est beau. C’est pratique et c'est productif. Une "phynergie", c'est beaucoup plus qu'une association végétale traditionnelle et tout ça sans apport d'eau, ni de produits de traitement. Juste un tout petit peu de tailles".
Un outil de prédilection
Alors, si l'arrosoir et la bêche ne font clairement pas partie de ses instruments préférés pour composer les mélodieuses harmonies de son jardin, il y en a un autre qui a toutes ses faveurs. "Mon principal outil, c'est le sécateur", explique-t-il. "Il permet de remettre un peu d'ordre et d'aligner un peu les plantes, d'éviter qu'il y en ait une qui prenne trop le pas sur sa voisine. C'est le rôle d'arbitre du jardinier. Je trouve ça hypersympa parce qu'en même temps, c'est de la composition. Il y a toujours un tout petit peu à faire, pas grand-chose, ce sont des petits gestes, ce n’est pas de l'entretien rébarbatif. Ce n’est pas passer des journées à tailler des haies de conifères ou tondre les pelouses à n'en plus finir. C'est juste un tout petit peu de mise en valeur des plantes les unes avec les autres. (...)
Une demi-heure par jour
Ses connaissances, Didier Willery les a enrichies au fil des ans. Surtout, il a publié de nombreux ouvrages instructifs dans lesquels il partage ses astuces, son savoir et son savoir-faire. Alors, en jardinier occupé, il est économe de son temps, y compris pour ses plantations. "En fait, je passe très peu de temps, en gros une petite demi-heure par jour dans mon jardin". Ça, c'est le quotidien. Pour le reste, il confie y consacrer désormais : "une grosse semaine entre Noël et Nouvel An, pour avoir une activité entre les bons repas, et puis pour réduire en petits morceaux les tiges sèches".
Compte tenu de l'organisation de son jardin, il déclare : "je passe très peu de temps dans le jardin à l'entretenir. Pas de corvée, le moins possible de tontes, de haies, de choses embêtantes à faire. Mais au contraire, beaucoup de temps pour composer, réfléchir, apporter de nouvelles plantes, leur trouver une place. Je me promène avec la plante dans les bras pour voir où elle va me dire qu'elle veut pousser, simplement".
Planter au pied des arbres
Dans son havre de paix dans le bassin minier, la main de l'homme intervient peu une fois les plantes en place. Pour la taille essentiellement. Ce qui peut être surprenant dans l'éden de Didier Willery est la luxuriance, y compris au pied des arbres fruitiers. Des pivoines et des rosiers au pied d'un Prunier de reines-claudes et au pied du pommier, "il y a dès le début du printemps des petits bulbes, des narcisses, après, il y a en les ancolies qui sont en train de terminer. Il va y avoir des géraniums vivaces, les eupatoires vont fleurir un peu plus tard. Et puis les anémones japonaises vont terminer la saison en apportant des fleurs à partir du mois d'août et jusqu'aux gelées. Il y a une quarantaine d'espèces qui se succèdent tout au long de l'année".
Face au changement climatique, le jardin de Didier Willery est aujourd'hui pris en exemple partout dans le monde, avec cette idée de "rester humble face à la nature, l'accompagner, ne pas faire contre. Une plante après l'autre, un jardin se construit et se fait ainsi, très simplement, très facilement".
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