La Linaire couchée (Linaria supina)
Publié le 27 Juillet 2025
Voici une plante à rechercher et à découvrir. Avec de la chance vous la trouverez en montagne mais aussi dans le Centre-Nord et le Sud-Ouest sur terrains chauds et caillouteux.
Roland
Nom scientifique : Linaria supina (L.) Chaz., 1790
Origine du nom: dérive du mot latin «linon », qui désignait le lin lequel possède des feuilles très allongées de même forme et de « supinatus»,en latin, couché.
Nom commun allemand/ dialecte : Niederliegende Leinkraut auch Niedriges Leinkraut
Nom anglais : Lesser butter and eggs (plante introduite en UK)
Date de l’observation: le 16 juin aux Orres (Hautes-Alpes 04)
Famille de plantes: celle des Plantaginacées, qui comprend les plantains, les digitales, les véroniques, les globulaires et et les gueules de loup du jardin. La plupart étaient classées autrefois dans la famille des scrofulariacées. Ce changement provient des progrès en génétique et des analyses ADN. Les plantes sont regroupées à présent au sein des familles en raison de leur ordre de filiation et proximité génétique et non plus en raison de leur ressemblance morphologique quelque fois accidentelle.
Dans bon nombre de flores, les globulaires figurent encore dans la famille des Globulariacées.
Autrefois cette famille ne comportait que 3 genres. Elle en comprend à présent plus de 200, regroupant 2000 espèces de par le Monde. La majorité d’entre elles sont des herbes et se situent dans les zones tempérées.
La famille n’est pas homogène si bien qu’il est difficile de donner des critères « familiaux ».
De nombreux genres ont une fleur de symétrie bilatérale, souvent d’ordre 4 (4 pétales, 4 sépales…), d’autres ont des symétries d’ordre 5 à 8.
Elles possèdent deux grandes étamines et 2 petites ou seulement 2 étamines comme les véroniques. Le fruit est une capsule qui se divise selon des cloisons.
Les linaires : il existe selon les sources 100 à 200 linaires différentes. La majorité sont d’origine européenne, de la zone méditerranéenne en particulier. Les fleurs souvent vivaces peuvent être annuelles ou bisannuelles. Elles sont regroupées en épis plus ou moins importants à l’extrémité des tiges. Point commun, les feuilles ne sont pas dentées et sont étroites et longues. Chaque fleur est zygomorphe (symétrie bilatérale) et hermaphrodite. Elle possède 5 sépales soudés à dents inégales et 5 pétales en partie soudés. Ils forment un tube, très effilé à sa base en forme d’éperon. Le haut des pétales est divisé en 2 lobes et la lèvre inférieure en 3 lobes. Elles ont 4 étamines non soudées entre elles et un gynécée à deux carpelles soudés en un seul ovaire à 1 ovule. La couleur varie du jaune au rouge et au bleu.
Description: petite plante vivace ou bisannuelle rampante
Hauteur: 5 à 15 cm quelquefois plus grande
Tige: glanduleuse dans l’inflorescence, ligneuse et rameuse.
Feuilles: glauques (couleur vert-grisâtre), sessiles et linéaires : à peine 1 mm de large. Elles se terminent progressivement en spatule. Les feuilles sont groupées à la base sur un point en verticilles et alternes dans le haut.
- Floraison : mai à août
Fleurs: en grappes terminales courtes. Elles sont assez grandes jaune clair avec un palais orangé et un éperon long, souvent arqué et strié de vert clair sur le devant.
Chaque fleur mesure entre 10 et 15 mm de long et l’éperon qui la prolonge mesure lui 6 à 10 mm.
La fleur est entourée de 5 sépales linéaires ciliés et glanduleux
La pollinisation est faite par les insectes. Selon certaines études, le nectar des linaires, très riche en sucres, serait une bonne source de nourriture pour les insectes.
La forme de la fleur avec un éperon est originale et de symétrie bilatérale ce qui facilite sa reconnaissance par les insectes. La zone de nectaires est située à la base de l’ovaire et la production de nectar débute déjà au stade bouton. La composition et la quantité de nectar produit sont attractives (3). Des poils glandulaires (les trichomes) de la fleur et ses grains de pollen émettent des substances aromatiques complexes comme des flavonoïdes, des terpénoïdes et des stérols. Ils sont attractifs pour certains insectes et répulsifs pour d’autres, souvent des insectes herbivores ou des pollinisateurs inefficaces.
Encore une fois nous découvrons qu’une plante « sait » produire un arsenal chimique sophistiqué pour se défendre ou attirer des insectes et ainsi faciliter le transfert de son pollen vers d’autres plants de la même espèce.
Les linaires n’ont pas le superpouvoir d’autofécondation qu’ont de nombreuses plantes comme les astéracées. Elles ont un besoin absolu d’insectes pollinisateurs efficaces pour assurer le croisement de leurs gènes et éviter la consanguinitéGrains de pollen au microscope électronique, colonne gauche ceux de Linaria supina, à droite ceux de la Linaire commune, Linaria vulgaris
Fruits : le fruit mesure 3 à 8 mm de long et diamètre. Les graines sont arrondies 1.5 à 3 mm et entourées de petites ailes courtes.
Habitat : cette linaire aime la lumière, le calcaire, et les terrains pauvres en nutriments : les rochers, fentes et éboulis des pelouses rocailleuses alpines et de moyenne montagne ou les sables de plaine.
On la trouve dans les endroits secs et chauds, pauvres en azote jusqu’à 2200 m. Elle est présente à l’origine dans seulement 4 pays, Espagne, Portugal, France, Italie. Elle a été introduite en Angleterre et Suède et la Suisse compte quelques stations.
Confusion : cette linaire se confond difficilement en France avec les autres de par sa taille et sa tige couchée.
En Espagne une autre espèce Linaria depauperata est très proche de cette Linaria supina et occupe les mêmes zones écologiques. G Segarra (1) a pu différencier certaines espèces avec les couleurs des fleurs. Il a trouvé une nouvelle méthode basée sur le tégument des graines et les trichomes ( les poils) pour différencier ces deux espèces et identifier au passage deux nouvelles espèces de linaires.
L’ornementation, les dessins sur la paroi des graines diffèrent selon les espèces. La taille, la longueur et la disposition de la base des trichomes permettent de distinguer et séparer d’autres groupes d’espèces. Autant dire qu’une petite loupe ne suffira pas toujours à faire la différence entre les espèces.
Protection : cette plante est très peu fréquente. Elle a disparu de Bretagne ces dernières années, est protégée par la loi en région Nord-Pas-de-Calais, et est classée EN, en danger dans la région Auvergne.
Elle est classée VU, vulnérable en Basse-Normandie, Limousin et Lorraine et quasi menacée (NT) en Bourgogne et Champagne-Ardenne
Dans notre région, l'Alsace, la Linaire couchée est très rare et y est considérée comme «plante introduite », donc non originaire.
Elle est aussi plante déterminante de Znieff dans 5 des régions citées.
Utilité alimentaire et médicinale :
Étant donné la rareté de cette plante et sa taille elle n’a suscité aucun intérêt pour ces domaines des chercheurs et ethnobotanistes
Ses propriétés alimentaires et médicinales doivent être voisines de celles de la Linaire commune, Linaria vulgaris dont elle est génétiquement proche.
Texte et photos Roland Gissinger (Anab)
Sources bibliographiques voir index biodiversité
1/ Taxonomic Study of Linaria depauperata and L. supina Complexes in Eastern Spain José Gabriel Segarra feb 2001
2/Base de données photos de grains de pollens Linaria supina
- 3/Micromorphological and histochemical attributes of flowers and floral reward in Linaria vulgaris (Plantaginaceae) - Jacek Jachuła nov 2018
/image%2F1479375%2F20220420%2Fob_7fe25c_4246660298920266123.jpg)
/image%2F1479375%2F20250726%2Fob_bafe2a_linaria-supina-20250617-les-orres-vall.jpg)
/image%2F1479375%2F20250726%2Fob_4de1bf_linaria-supina-20250617-les-orres-vall.jpg)
/image%2F1479375%2F20250726%2Fob_b05dae_linaria-supina-vans-corn-chassezac-ds.jpg)
/image%2F1479375%2F20250726%2Fob_18367f_linaria-supina-argentere-dsc-6807-35.jpg)
/image%2F1479375%2F20250726%2Fob_cc3ce7_linaria-supina-vans-corn-chassezac-dsc.jpg)