Face aux vagues de chaleur, les poissons-clowns rétrécissent pour survivre

Publié le 30 Août 2025

Un poisson-clown à l’abri dans son anémone.

Un poisson-clown à l’abri dans son anémone.

Paru sur pourlascience le 16/7/2025

Rétrécir ou périr ? Les poissons-clowns s’adaptent aux vagues de chaleur marine en réduisant leur taille. Un mécanisme inédit de résilience au stress environnemental.

 

Cachés dans des anémones de mer, des petits poissons d’une couleur orange et zébrés de bandes blanches se faufilent entre les tentacules urticants de leur hôte. On aura évidemment reconnu les traits physiques des poissons-clowns, une espèce marine mise en vedette par le film d’animation Le Monde de Nemo. L’anémone a un rôle de refuge pour ces animaux et les met à l’abri des prédateurs, mais d’autres dangers les guettent : leur environnement est fortement perturbé par le réchauffement climatique et l’acidification des océans. Or Melissa Versteeg, de l’université de Newcastle, au Royaume-Uni, et ses collègues ont découvert que le poisson-clown est capable de rétrécir, un effet qui augmente leurs chances de survivre face à des stress environnementaux et sociaux.

Afin d’étudier cette aptitude chez les poissons, les chercheurs ont mené leurs travaux dans les récifs coralliens indopacifiques de la baie de Kimbe, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, là où les épisodes de stress thermique sont de plus en plus fréquents et critiques. En effet, le réchauffement climatique cause une augmentation de la température des océans ayant pour conséquence des effets négatifs sur les poissons-clowns et leur hôte, l’anémone de mer. L’étude s’est déroulée du mois de février au mois d’août 2023, une période considérée comme étant le quatrième épisode mondial le plus intense de blanchissement des coraux ; « les températures dans l’eau ont été jusqu’à 4 °C au-dessus de la moyenne pour le site », précise Theresa Rueger, maîtresse de conférences en sciences marines tropicales à l’université de Newcastle.

Les poissons-clowns vivent en groupes sociaux avec une hiérarchie stricte. À la tête, il y a un couple reproducteur avec la femelle dominante puis le mâle sous-dominant légèrement plus petit. Suivent alors différents rangs de couples non reproducteurs subordonnés et toujours plus petits. Les scientifiques ont étudié 67 couples reproducteurs d’une population sauvage. Un des avantages de cette espèce est que les individus restent localisés dans leur anémone, il est donc possible de faire un suivi individuel précis. Ainsi, une fois par mois, les chercheurs ont mesuré la taille des poissons tandis que la température était relevée tous les quatre à six jours dans leur habitat.

Les résultats ont été surprenants : « Nous avons constaté que des individus subissaient des rétrécissements puis des croissances », décrit Melissa Versteeg. Ces changements de taille ont été fréquents lors de la vague de chaleur marine. S’agit-il d’une adaptation aux perturbations environnementales ? Si c’est le cas, les poissons-clowns semblent avoir la capacité de réagir rapidement à l’élévation de température. Mais ce phénomène diffère d’un individu à l’autre. Ceux qui ont une plus grande plasticité corporelle ont de meilleures chances de survie.

Ces observations posent de nombreuses questions. Quels mécanismes conduisent à une réduction de la taille et surtout quels avantages cela procure-t-il au poisson en cas de vague de chaleur ? Vincent Laudet, professeur à l’institut de science et technologie d’Okinawa, s’interroge aussi sur les conséquences de cette réduction de taille sur l’organisation de la colonie et des risques de conflits. En effet, la hiérarchie est liée à la taille des individus. Le dominant doit toujours être plus grand que son subordonné. Ainsi, le rang social pourrait influencer la réactivité des poissons-clowns face au stress thermique. « Il faudrait des études de comportement pour avoir une idée des conséquences sur les poissons », suggère le chercheur.

La croissance bidirectionnelle, cette aptitude à grandir ou rétrécir selon les circonstances, n’est pas uniquement réservée aux poissons-clowns, on peut l’observer chez d’autres vertébrés tels que les iguanes marins. Mais ces observations mettent en avant un facteur aggravant dans l’évolution de nombreuses populations de poissons dans le monde, déjà en baisse à cause de la surpêche : « Des tailles adultes plus petites entraînent une reproduction moindre, ce qui menace les populations », conclut Theresa Rueger.

 

Rédigé par ANAB

Publié dans #Protection animale, #Biodiversité hors région

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