Le Taupin acajou, Athous haemorrhoidalis.
Publié le 27 Août 2025
Ce coléoptère possède des pouvoirs étonnants en matière de saut mais ses larves ne sont pas appréciées des agriculteurs car elles peuvent causer des dégâts aux cultures.
Martine et Roland
Nom scientifique : Athous haemorrhoidalis (Fabricius, 1801)
Synonyme : Taupin des jardins
Origine du nom : « athous » nom de genre taxonomique ( coléoptère ) , sans étymologie grecque ou sens apparent connu et « haemorrhoidalis», adjectif latin signifiant « couleur de sang « évoquant la teinte brun acajou du corps, nom donné par Johann Christian Fabricius qui l’a décrit en 1801.
Nom allemand : Rotbauchige Laubschnellkäfer.
Nom anglais : clouded buff, click beetle.
Observation : le 5 août à Sarre-Union (Bas-Rhin 67).
Famille : ce Taupin acajou fait partie de l’ordre des Coléoptères, l’un des plus riches sur Terre : 400 000 espèces décrites sur 1 500 000 probables.
Les coléoptères sont, rappelez-vous, des insectes à métamorphose complète qui possèdent deux paires d’ailes, l’une coriace, les élytres et l’autre membraneuse et un appareil buccal de type broyeur. Ils sont partout et ont colonisé tous les milieux sauf la mer.
Notre taupin appartient à la famille des Elateridae qui comprend 9000 espèces différentes !
Ils ont en commun une forme allongée et mesurent en général moins de 2 cm. Leur couleur est souvent terne, leurs antennes ont 11 articles.
Ils possèdent un mécanisme original de saut ou click qui de manière exceptionnelle , leur permet des bonds atteignant plusieurs fois leur hauteur. Ils l’utilisent en présence d’un prédateur ou pour se remettre en position normale, s’ils sont sur le dos.
Leurs larves phytophages sont nocturnes.
Il existe 49 espèces de taupins du genre Athous en France.
Dimensions: 9 à 12 mm pour le mâle et 12 à 15 mm pour la femelle.
Période d’observation : mai à août.
Description et biologie :
est de forme allongée, sa tête est enchâssée jusqu’à la base des yeux dans le prothorax fortement ponctué. Celui-ci est prolongé vers l’arrière par deux pointes latérales. L’ensemble Tête- Prothorax noir offre une pilosité gris argenté. Les élytres ( les ailes antérieures ) fortement striées d’un brun rougeâtre plus ou moins foncé recouvrent l’abdomen. Les antennes sont faiblement dentées en scie ou à peu près filiformes.
Comportement : le taupin peut faire un saut, sans utiliser ses jambes !! Ce saut s’accompagne d’un bruit « click » caractéristique qui a donné son nom anglais à ces coléoptères (Click beetle).
Il possède un dispositif d’accumulation d’énergie équivalent à une gâchette de revolver. Une pointe du prosternum entre les pattes et une cavité correspondante au milieu du thorax ventral forment ce mécanisme. Le système musculaire et sa décontraction brutale grâce à la libération du cliquet (la pointe d’appui), provoque le redressement brutal du thorax et le saut du taupin. Il est accompagné d’un petit bruit typique. (Voir aussi la vidéo en fin d‘article)
Le taupin n’est pas capable de diriger son saut de manière sûre. Pour les spécialistes, il s’agit donc d’un simple « système de fuite » pour échapper à un prédateur et pas un système de déplacement. Vous qui aimez les maths lisez un article de recherche très technique de l’Université d’Oxford sur la biomécanique du saut sans jambes du taupin (cliquer).
Notre Taupin acajou peut décoller jusqu’à 30 cm de hauteur alors qu’il ne mesure que 15 mm environ soit 15 fois sa longueur et 30 à 40 fois sa hauteur. Imaginez un humain sautant 25 m de hauteur. Il encaisse pendant ce saut une accélération de 380 g, (g comme gravité étant l’accélération de la pesanteur) soit 3800 m/sec² . Pour donner un ordre d’idée : un pilote de chasse peut supporter jusqu’à 9 g ( avec une combinaison anti -g ), une accélération de 380 g détruirait instantanément un être humain ou tout objet fragile. Autre comparaison, un accident en choc frontal à 50 km/h correspond à une décélération de 1.5 g, à 130 km/h c’est 30 g.
Nourriture : les adultes vivent sur les plantes herbacées comme les polygonacées et les orties. Ils sont floricoles et consomment pollen et nectar.
Leurs larves, opportunistes, se nourrissent d’un grand nombre de plantes, céréales, pommes de terre, légumes divers ( tomates), arbres et arbustes de diverses essences. Elles sont considérées comme nuisibles à l’agriculture et à la sylviculture.
Reproduction : la période se situe d’avril à juillet.
La femelle pond des amas d’œufs à quelques cm de profondeur dans le sol. Les larves vont émerger après 3 ou 4 semaines. Celles-ci ont une apparence de vers filiformes effilées au deux extrémités d’où « ver fil de fer ». Les larves terrestres se nourrissent dans le sol de racines, de vers de terre et larves d’autres insectes. La durée de vie souterraine dure plusieurs années. En hiver, les larves peuvent descendre à plus de 60 cm de profondeur pour se protéger du froid. La nymphose a lieu dans une loge nymphale enterrée. Les larves se transforment en imago, insecte volant adulte après 8 mues successives. Ce développement dure 2 à 5 ans.
Confusion : il existe de nombreux taupins assez semblables. La détermination n’est pas facile ! A titre d’illustration deux photos, l'une d'un taupin brun, Athous subfuscus, et l'autre du Taupin cuivreux, Ctenicera pectinicornis. Comme toujours les noms communs ont peu de "valeur" car il existe de nombreux synonymes pour une même espèce ou encore, un même nom peut être employé pour plusieurs espèces.
Habitat : les adultes sont observables dans les milieux ouverts, prairies, pâturages, champs, jardins et lisières forestières.
Il est présent dans toute l’Europe, du Royaume-Uni jusqu’en zone alpine et en Sibérie.
Protection
Pas de protection spéciale ou légale pour ce taupin assez commun .
Lutte biologique : les taupins sont assez résistants aux insecticides. Il faut combiner plusieurs méthodes pour les chasser d’une parcelle biologique :
d’abord, alterner les cultures, comme son cycle biologique est long, mettre des plantes appâts par exemple des graminées entre les plants à protéger.
Ils sont sensibles à certaines conditions de sol (sécheresse), de température. Ils n’aiment pas les grosses chaleurs ni les sols trop basiques.
Texte Martine Devondel (Anab) et Roland Gissinger (Anab) et photos Roland
Identification insectes Martine
Bibliographie :
très jolis et instructifs livres ,
1/ Petites bêtes des forêts de Lorraine et d’ Alsace JY Nogret /S Vitzthum édition Serpenoise
2/ Insectes remarquables de Lorraine et d’ Alsace –JY Nogret /S Vitzthum édition Serpenoise
3/ Jumping without Using Legs: The Jump of the Click-Beetles (Elateridae) Is Morphologically Constrained Gal Ribak june 2011
4/Contributions to Agrypninae (Coleoptera: Elateridae) fauna of Pakistan with four new species and three new records Akhte apr 2014 r
5/The jump of the click beetle (Coleoptera, Elateridae)—a preliminar km/h à y study MEG Evans July 1972
https://coleonet.de/coleo/texte/athous.htm
Elateridae , Charles Jeuniaux, Faune de Belgique
/image%2F1479375%2F20220420%2Fob_7fe25c_4246660298920266123.jpg)
/image%2F1479375%2F20250821%2Fob_f9f4a2_athous-haemorroidalis-valeriane-offici.jpg)
/image%2F1479375%2F20250820%2Fob_796c6f_20210509-keskastel-bois-lorraine-det.jpg)
/image%2F1479375%2F20250820%2Fob_1b5b57_athous-hemorroidalis-20210509-keskaste.jpg)
/image%2F1479375%2F20250820%2Fob_189bf9_athous-subfuscus-oi99pc-20240528-mon.jpg)