Regards sur des forêts de fond de vallée au fil des saisons (épisode 6)
Publié le 24 Août 2025
A l’heure où certains touristes endurent les risques liés aux aléas météorologiques ou biologiques (canicule, UV, fumées d’incendies, méduses, algues/bactéries toxiques, moustiques-tigres, frelons asiatiques…), un petit tour sous les frondaisons de la ripisylve locale offre un échappatoire et une page de plus au feuilleton commencé au printemps.
Lorsque la rosée perle encore sur les herbes, que des oasis de fraîcheur persistent entre les arbres, une promenade dans la forêt alluviale se révèle fort agréable. Cependant, sous le couvert végétal plongé dans une semi-obscurité, les choses paraissent figées depuis notre dernière sortie. Peu de floraisons encore en cours, si ce n’est celle de la circée. Pour les autres plantes, le moment de la maturation des fruits est venu.
Tapis de circée de Paris (Circaea lutetiana) en fin de floraison. Les petites fleurs blanches se transforment en fruits secs de type akènes millimétriques à poils crochus qui s’attachent aux vêtements comme le gaillet gratteron. Une autre plante aux fruits semblables, visible sur le document sous forme de grosses boules brunes et hérissées, est la benoîte des villes (Geum urbanum). Elle possède dans ses racines un glycoside de l’eugénol qui n’est autre que le composé du clou de girofle utilisé dans les cabinets dentaires.
Approchons-nous des lisières et du bord de l’eau où la lumière est davantage présente (pas forcément idéale pour les photos). Un cortège de grandes plantes est en pleine floraison en cette saison.
On trouve l’angélique des prés (Angelica sylvestris), une grande apiacée aux larges ombelles, la cardère sauvage (Dipsacus fullonum) ou cabaret des oiseaux qui garde un reste d'eau de pluie au creux de ses feuilles connées.
On trouve aussi l’eupatoire chanvrine (Eupatorium cannabinum) que visitent les papillons comme le Tabac d’Espagne, la balsamine de l’Himalaya (Impatiens glandulifera) dont un rameau se situe au premier plan. Cette plante introduite peut occuper des surfaces importantes et son parfum d’abord suave vite entêtant attire les abeilles
N’oublions pas la salicaire (Lythrum salicaria) aux longs épis rouges, la pulicaire (Pulicaria dysenterica), la menthe aquatique (Mentha aquatica) aux extrémités garnies par une inflorescence (“boules” visibles à droite) contrairement à sa cousine, Mentha arvensis, dont le sommet de la tige est garni d’un bouquet de feuilles.
Au bord de l’eau, voici la lysimaque commune (Lysimachia vulgaris) aux fleurs jaunes et aux verticilles de feuilles groupées par (2) 3. Dans le même environnement, une cousine rampante est la lysimaque nummulaire à feuilles arrondies. Enfin nous nous contenterons de citer l’épilobe hirsute, la reine des prés, les roseaux, joncs et massettes dont on aperçoit ici quelques tiges. En regardant de plus près, plusieurs de ces plantes présentent déjà un feuillage passablement maltraité par des attaques d’herbivores variés;
En regagnant le couvert, nous tombons sur une station d’une espèce à éviter autant que les méduses !
Cette plante aux feuilles très développées et découpées comme celles de la berce est une espèce exotique introduite, à tendance envahissante. Il s'agit de la berce de Sibérie (Heracleum mantegazzianum) dont le contact avec la peau et le soleil ne font pas bon ménage. A éviter à tout prix !
Beaucoup plus anodin, un parterre de fougères va nous offrir l’occasion d’une petite excursion spatio-temporelle. Sous nos latitudes, les fougères actuelles sont des plantes appartenant à la strate herbacée. L’espèce la plus commune dans ces lieux est la fougère-mâle (Dryopteris filix-mas). Elle est souvent accompagnée d’une autre ptéridophyte : la prêle (Equisetum sp).
En creusant, on peut constater qu’il n’en a pas toujours été ainsi. Ainsi le forage profond réalisé à Adamswiller en 1958 a rencontré des terrains contenant des traces de charbon entre - 1220 m et - 1622 m et une veine de charbon à - 1460 m (données : Carte géologique de Bouxwiller. BRGM). Ces niveaux sont attribués à des dépôts réalisés à l’époque carbonifère ( -360 à -300 millions d’années) et plus précisément entre -320 et -270 en Lorraine et Sarre. A l’époque, le territoire actuel de l’Alsace Bossue se situait sur la bordure sud d’un vaste système lacustre, le Bassin houiller sarro-lorrain. Les végétaux de cette époque sont des plantes appartenant à la famille des fougères et associées qui se développent sous forme arborescente et sous des latitudes tropicales. Leur accumulation et enfouissement sont à l’origine du charbon.
2 exemples de végétaux ayant occupé la forêt alluviale fluvio-lacustre du Carbonifère.
La photo est prise à l’extrémité amont d’un lac de barrage des Alpes. Une forêt alluviale marécageuse constituée de saules et d’aulnes s’est installée sur les rives d’un cours d’eau en tresses. Le sous-bois marécageux en temps ordinaire est occupé par les carex et joncs… En cette saison, le lac alimenté par la fonte des neiges inonde ce territoire. Des débris de bois initialement charriés dans le lac, lors des crues, forment à présent sous l’action des vents, un radeau qui a envahi le milieu. Cet exemple constitue une application du principe d’actualisme (le présent est la clé du passé, les causes qui ont agi au long de l'histoire de la Terre ne diffèrent pas). L’accumulation de ce bois et son éventuel enfouissement sous les boues évoquent ce qui s’est produit dans le bassin houiller sarro-lorrain à l’époque carbonifère.
Textes, photos, recherches, et bibliographie Étienne Feuchter (Anab)
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