Rencontre avec la vipère aspic, paisible reptile de nos forêts

Publié le 16 Août 2025

La Vipère aspic (Vipera aspis) est l'un des quatre espèces de vipères que l'on trouve en France métropolitaine.

La Vipère aspic (Vipera aspis) est l'un des quatre espèces de vipères que l'on trouve en France métropolitaine.

Paru sur reporterre le 24/6/2025
Méconnue et redoutée, la vipère est depuis quelques années une espèce protégée sur le territoire national. Nous sommes allés à la rencontre de ce serpent fascinant, plus craintif qu’agressif.

À l’orée du bois, une pancarte avertit les promeneurs : « Attention vipères ». Le chemin de randonnée file entre les arbres, on s’en détourne pour emprunter le sentier qui sépare le bois d’un champ de blé. À la lisière, nous avons plus de chances d’apercevoir des serpents. Ceux-ci trouvent dans la végétation une multitude d’abris où se réfugier, tout en profitant de l’ensoleillement d’un milieu ouvert.

Devant nous, la spécialiste — on dit herpétologue — Françoise Serre Collet avance lentement, en scrutant le sol à plus de 1 mètre devant elle : « Il ne faut surtout pas avoir son ombre devant soi. C’est une erreur classique, qui fait que le serpent nous détecte et part immédiatement. » En ce mois de juin, le doux soleil est une aubaine, car les serpents ne se dévoilent pas par n’importe quel temps. « Ce sont des animaux exigeants et difficiles à voir, qui n’aiment ni le froid ni les fortes chaleurs », explique la naturaliste.

Elle précise que le terme « animal à sang froid » est souvent utilisé pour décrire les serpents, mais n’a aucune valeur scientifique : « Ils sont ectothermes parce qu’ils ne fabriquent pas eux-mêmes la chaleur de leur corps. C’est pour récupérer de la chaleur qu’ils s’exposent au soleil. En revanche, ils cherchent l’ombre s’il fait trop chaud. Ce sont des animaux poïkilothermes, à température variable. »

La première fois qu’elle a rencontré un serpent, Françoise Serre Collet avait une dizaine d’années : « J’ai aperçu une couleuvre en train de nager, magnifique. Ç’a été le coup de foudre. J’étais fascinée et en même temps, j’avais la peur au ventre, car on m’avait inculqué que les serpents étaient dangereux et qu’ils pouvaient me sauter à la figure. »

« Les serpents suscitent la peur à cause d’un tas de légendes et de croyances »

Des années plus tard, cette amoureuse des reptiles et des amphibiens a fait de l’herpétologie sa spécialité. Anciennement chargée de médiation scientifique au Muséum national d’histoire naturelle, elle est aujourd’hui retraitée et continue à mieux faire connaître ces animaux à travers ses livres et photographies.

« Les serpents suscitent la peur et sont détestés à cause d’un tas de légendes et de croyances. Ce sont des animaux sans pattes, trop éloignés de nous. Ça incite à la fuite ou au coup de bâton pour tuer l’animal », déplore-t-elle. À sa demande, le lieu précis du reportage restera secret. Tout juste peut-on dire que nous sommes quelque part dans le sud de l’Île-de-France.

La présence de vipères est signalée par une pancarte.

La présence de vipères est signalée par une pancarte.

Francoise Serre Collet à la recherche de serpents le long de la lisière.

Francoise Serre Collet à la recherche de serpents le long de la lisière.

En France métropolitaine, on compte 14 espèces de serpents, dont 10 espèces de couleuvres et 4 de vipères. Seules ces dernières sont venimeuses. « Contrairement à la couleuvre, la vipère a la pupille verticale et de toutes petites écailles sur la tête. Elle a plusieurs rangées d’écailles entre l’œil et la bouche, et la queue brusquement rétrécie », décrit l’herpétologue, qui met en garde : « Ces critères sont valables pour la France et les pays limitrophes. Si on passe de l’autre côté de la Méditerranée et qu’on voit un beau serpent avec l’œil rond et de grosses écailles sur la tête, c’est un mamba ! »

Des serpents qui ne se reproduisent pas tous les ans

Sur le sentier bordé de chênes et d’aubépines, l’œil aiguisé de la naturaliste aperçoit un serpent, bien camouflé dans les herbes. Une vipère aspic. C’est une espèce fréquemment rencontrée en Île-de-France, avec la coronelle lisse et la couleuvre d’Esculape. Son gabarit épais et les motifs qu’elle porte sur le dos, plus estompés que ceux du mâle, nous indiquent qu’il s’agit d’une femelle. On est en juin, période de fécondation des femelles qui se sont accouplées deux mois avant.

De fait, Françoise Serre Collet préfère ne pas déranger l’animal : « Les femelles ne se reproduisent pas tous les ans, mais seulement tous les 2, 3 voire 4 ans pour la vipère aspic. Certaines ne se reproduisent qu’une fois et meurent après la mise bas, car elles n’ont pas trouvé suffisamment de proies pour se refaire une santé. La gestation demande beaucoup d’énergie. »

«  J’ai aperçu une couleuvre en train de nager, magnifique. Ç’a été le coup de foudre  », raconte Françoise Serre Collet.

« J’ai aperçu une couleuvre en train de nager, magnifique. Ç’a été le coup de foudre », raconte Françoise Serre Collet.

En poursuivant notre chemin, on croise un lézard à deux raies et un orvet fragile, lézard sans pattes souvent confondu avec un serpent. Plus loin, une vipère aspic mâle, tapie dans l’ombre, n’a pas échappé à l’œil de l’experte. Protégée par des gants épais en cuir, celle-ci attrape délicatement l’animal. Il est marron, avec de beaux motifs noirs sur le dos et des yeux bleu clair, qui annoncent que la mue est proche.

« Retirer sa vieille peau comme une chaussette »

« Le serpent fabrique une substance graisseuse pour faciliter le décollement de sa vieille peau. Ce liquide rend l’œil bleu, laiteux. La peau craque d’abord au bout du museau, et le serpent s’accroche à la végétation ou aux pierres pour retirer sa vieille peau comme une chaussette. On retrouve dans la nature la peau morte à l’envers, appelée exuvie », explique la naturaliste.

Un lézard à deux raies juvénile (Lacerta bilineata).

Un lézard à deux raies juvénile (Lacerta bilineata).

Posée sur un tapis de lierre, la vipère, loin de nous sauter dessus, tente de s’échapper. Pour la calmer, Françoise Serre Collet la recouvre de son gant. La vipère s’y blottit. « Les vipères ne sont pas agressives. C’est un animal placide, qui mord seulement s’il a été brutalement attrapé, serré, et qu’il s’est senti agressé. Les accidents sont souvent dus à un manque de précautions. Dans la nature, il faut faire attention où on met les mains, les pieds et les fesses ! De la même façon qu’on regarde avant de traverser la rue », dit la naturaliste.

Elle précise qu’une morsure de vipère n’est pas obligatoirement suivie d’une envenimation : « Le venin sert à tuer, immobiliser puis digérer la proie, donc la vipère ne va pas gâcher son venin pour nous, d’autant que ça lui demande énormément d’énergie de le produire. »

Francoise Serre Collet photographie le lézard à deux raies.

Francoise Serre Collet photographie le lézard à deux raies.

En France, les cas de décès à la suite d’une morsure de vipère sont extrêmement rares, le dernier datant de plus de dix ans. « Dans les pays tropicaux, s’il y a des morts, c’est parce qu’il n’y a pas de centres médicaux appropriés à proximité ou qu’ils n’ont pas les antivenins. Les accidents sont aussi dus au fait que les gens travaillent mains et pieds nus dans les champs et qu’ils sont plus facilement confrontés à des espèces dangereuses », dit l’herpétologue.

« Il faut des corridors de nature pour que les serpents puissent se rencontrer »

Depuis 2021, toutes les espèces de serpents, y compris les vipères, sont protégées en France. Il est interdit de les tuer, de les maltraiter, et une autorisation spéciale est nécessaire pour les manipuler. Comme les autres espèces animales, les serpents sont menacés par la fragmentation et la disparition des milieux.

« Un serpent ne peut pas traverser ce champ de blé. Il faut des corridors de nature pour qu’ils puissent se rencontrer et se reproduire », détaille la naturaliste en désignant l’étendue cultivée. À cela s’ajoutent la pollution, la moindre disponibilité des proies, et le réchauffement climatique. En France, les études montrent que ce dernier pourrait faire diminuer l’aire de répartition de la vipère d’Orsini, espèce de montagne, et l’exposer à davantage de prédateurs.

Les yeux bleus de cette vipère aspic annoncent que sa mue est proche.

Les yeux bleus de cette vipère aspic annoncent que sa mue est proche.

Malgré leur vulnérabilité, les serpents sont aussi victimes de destruction volontaire en raison de la peur qu’ils suscitent. Pour les protéger, le réseau d’experts SOS Serpents renseigne et rassure les particuliers qui trouvent un serpent chez eux. Son slogan : « L’appel, pas la pelle ! »

Et si on veut leur offrir un refuge, il suffit de maintenir un coin en friche au fond du jardin, au soleil, avec des tas de bois et de pierres sous lesquels ils pourront s’abriter. Une manière de réhabiliter ces animaux mal-aimés, mais précieux, comme le souligne Françoise Serre Collet : « En tant que prédateur de rongeurs, entre autres, et proies d’oiseaux et de mammifères, les serpents sont essentiels à l’équilibre des écosystèmes. Mais, ce n’est pas parce qu’ils nous sont utiles qu’il faut les protéger, le plus important, c’est le respect du vivant ! Qu’on les aime ou pas. »


Ajout transmis par Sylvie   Merci Sylvie
Pour tout savoir sur les morsures de vipères


https://www.museumcolmar.org/bulletin/morsures-vipere-aspic-vipera-aspis-linnaeus-1758-squamata-viperidae-au-bollenberg-alsace

Rédigé par ANAB

Publié dans #Protection animale, #Biodiversité hors région

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
M
Magnifique rencontre !<br /> Il faut vraiment avoir l’œil pour les découvrir mais alors, quel bonheur !<br /> On n'oublie pas sa 1ère rencontre :-)<br /> Pas plus qu'on n'oublie l'émerveillement d'avoir pu tenir en main une bien belle couleuvre !<br /> <br /> Merci à Françoise Serre Collet (et aux herpétos que j'ai pu suivre sur le terrain) pour le partage de leur passion <3
Répondre
A
Merci de ton témoignage Marie Anne. Nous allons t'envier pour ces rencontres magiques;<br /> Roland
B
Pour Toll: introduites !
Répondre
B
Quant à moi, je préfère ne pas la renconter, ou alors de loin. 😆<br /> Nous avons maintenent aussi des vipères au-lieu "Bollenberg" Elles ont été introduites, et comme l'ecosystème leur convient, elles prospèrent.
Répondre
A
Mais non Bern@rd, elle est presque sympa cette vipère <br /> Roland
T
Bonjour Bern@rd.<br /> Introduites ou réintroduites? Si c'est le premier cas, alors on se demande bien pourquoi.
T
Merci pour cet article très instructif, surtout pour les personnes atteintes d’ophiophobie.
Répondre
A
Merci Toll. Difficile d'expliquer et de dimuminuer le stress provoqué par ces phobies. Il existe des spécialistes qui apprennent à approcher ces animaux, ophiologues, arachnéologues ...<br /> Roland