Sensibiliser les jeunes à la protection de l'eau
Publié le 13 Septembre 2025
paru sur FR3 le 3/9/2025
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A Altenach (Haut-Rhin), l'eau est une donnée essentielle, mais fragile. L'association de la Maison de la Nature du Sundgau fait un grand travail de sensibilisation auprès des jeune, et l'Epage, l'établissement public qui partage ses locaux, oeuvre au quotidien pour protéger le cycle de l'eau.
La Maison de la Nature du Sundgau est nichée dans la vallée de la Largue, entre forêts, prés, étangs et les méandres de la rivière. Dans les bâtiments, deux maisons à colombages et une grande annexe, une association d'éducation à l'environnement, véritable "école de la nature", accueille jusqu'à 10 000 personnes par an, principalement des enfants et des adolescents, en période scolaire et durant des camps d'été.
L'objectif : leur ouvrir les yeux sur les beautés qui les entourent. Et les sensibiliser à la biodiversité, la faune et la flore, mais aussi aux problématiques liées à l'eau.
Les bâtiments abritent également une collectivité territoriale, l'Epage Largue, (Etablissement public d'aménagement et de gestion de l'eau du bassin versant de la Largue), qui bichonne les 160 kilomètres de la petite rivière et de ses affluents, pour préserver ce précieux patrimoine hydraulique. C'est dire si ici, l'eau est une problématique centrale.
Créer un sentier de l'eau
La Maison de la Nature "organise beaucoup de journées sur ce thème, explique François Jaeckel, responsable du secteur grand public de l'association. On fait ça depuis plus de vingt ans, avec le soutien financier de l'Agence de l'Eau."
Rien que cet été, le centre a proposé à plus d'une centaine d'enfants de 5 à 12 ans des temps d'activités autour de thèmes comme "l'art et l'eau", "les contes et légendes de l'eau", ou encore le "martin pêcheur". Toujours avec des objectifs pédagogiques à long terme.
"On va au bord de la Largue, on observe la faune aquatique, détaille François Jaeckel. On sait qu'avec le réchauffement climatique, l'eau devient de plus en plus rare. Quand j'ai commencé, il y a 23 ans, le problème principal était la qualité de l'eau. Maintenant, c'est aussi sa quantité. C'est pourquoi on s'efforce d'y sensibiliser les jeunes générations, pour assurer l'avenir."
De 2022 à 2024, durant trois camps d'été, une trentaine d'adolescents a aussi aménagé un "sentier de l'eau", inauguré l'an passé. 3,5 kilomètres de circuit pédestre pour découvrir six lieux remarquables, dont une rigole d'alimentation du canal, des puits artésiens, une mare, et surtout la source Sainte Barbe, en pleine forêt.
Au début, la source était cachée sous les ronces, et envahie d'argile, se souvient Georgie, l'une des participantes à ces camps. On a ratissé pour enlever la boue, on a coupé les ronces au sécateur, déblayé le chemin, nettoyé la source et fait un barrage pour fluidifier l'eau."
"On a aussi construit trois pontons pour pouvoir accéder au sentier sans faire de détours, ajoute Virgile, un autre participant. On a reçu des planches, on a scié, et un bûcheron est venu couper les rondins pour poser les planches dessus."
Même les panneaux d'information et de signalisation ont été entièrement pensés et réalisés par les jeunes. "Chacun avait un panneau à faire, précise Maël, autre membre de l'équipe. On a fait les dessins sur du papier, puis à l'encre de Chine. On a aussi rédigé les textes, puis le tout a été envoyé à une entreprise qui l'a transféré sur les panneaux."
Cette expérience leur laisse des souvenirs impérissables. "On a rénové une source, je ne l'oublierai jamais. Et quand je repasse par ici, je me dis que c'est grâce à nous. C'est vraiment gratifiant", s'exclame Georgie. Gabriel, quant à lui, a été particulièrement marqué par l'histoire de la source, dont l'eau, "selon la légende, pouvait soigner des aveugles et des maladies au Moyen-Age."
Sollicitée par la Maison de la Nature pour soutenir ce projet, la municipalité d'Altenach, 400 habitants, "a immédiatement dit oui, et participé financièrement, assure le maire, Jean-Luc Lamère. Ça nous fait un sentier supplémentaire. Et quand des jeunes le réalisent à notre place, d'un point de vue pédagogique, c'est beaucoup mieux.
D'autant plus que la commune se sent particulièrement concernée par la thématique de l'eau. "Notre village est lié à l'histoire de l'eau, explique le maire. On a une bonne eau potable, sans traitements, on a plein de puits artésiens. On a aussi réalisé des mares forestières avec la Maison de la Nature, et on dispose d'une grande prairie inondable."
Bichonner la rivière
Aider à préserver ce patrimoine aquatique est le rôle de l'Epage Largue. Dans cette zone jurassienne karstique, calcaire, il n'y a pas de nappe phréatique, mais des nappes à inertie lente, et des sources qui resurgissent en aval, suite à l'infiltration des eaux de pluie sur les collines. Un système fragile, qui nécessite d'être surveillé et protégé.
Depuis plus de 30 ans, les techniciens et ingénieurs de l'Epage travaillent sur l'ensemble du bassin versant de la Largue, et opèrent un véritable "jardinage des cours d'eau. On fait vraiment de la dentelle, reconnaît Hugo Lienert, riviériste à l'Epage Largue. On s'occupe de 160 kilomètres de cours d'eau, et pas un kilomètre ne ressemble à l'autre."
Vu d'en haut dans le secteur d'Altenach, le cours de la Largue ressemble à un long serpent vert sinuant au milieu des prés. En effet, ses innombrables méandres sont en partie recouverts d'un cordon végétal formé d'arbres et d'arbustes, qui le dissimulent aux regards.
Mais en certains endroits, cette bande verte est fragilisée, ou a disparu. La reconstituer est l'une des tâches de l'Epage, toujours, bien sûr, en accord avec le propriétaire du site.
A deux kilomètres de la Maison de la Nature, de gros arbres morts étaient tombés sur les berges de la rivière, malmenées par le piétinement du bétail. L'équipe de l'Epage y a replanté 700 arbustes, viorne, cornouiller, aubépine ou merisier, qu'il a fallu arroser durant tout l'été, le temps qu'ils prennent bien racine.
"Ce sont des essences locales bien adaptées, produites par un arboriculteur du secteur" détaille Hugo Lienert. Pour garder les vaches à distance des jeunes plants, il a aussi fallu poser une clôture le long des berges, tout en laissant aux bêtes plusieurs accès à la rivière.
Les vaches et l'élevage avec les prairies naturelles sont un maillon indispensable pour restaurer la rivière
D'ici une quinzaine d'années, ces nouveaux arbres pourront à nouveau jouer pleinement leur rôle. "Ils ont une multitude de fonctionnalités essentielles pour la rivière, explique le riviériste. Les racines retiennent les berges. Les arbres apportent de l'ombre, et empêchent le cours d'eau de trop chauffer en été. Ils servent aussi de refuge à une belle biodiversité animale. Et surtout, ils freinent les crues, pour que cette zone inondable puisse pleinement jouer son rôle."
Réguler les crues
En effet, les 18 kilomètres entre les communes de Seppois-le-Bas et d'Illfurth constituent une zone inondable protégée, non constructible, destinée à éviter les risques d'inondations dans les villages, construits plus en hauteur.
"Optimiser les inondations ne signifie pas qu'on n'en veut pas" précise Dany Dietmann, président de l'Epage ainsi que de la Maison de la Nature. Le principe de cette zone protégée est simple. Quand la Largue déborde, l'eau peut s'étaler sur les prairies qui la bordent. "Ça permet de stocker un maximum d'eau excédentaire dans les champs, où elle ne dérange pas, et donc limiter les risques d'inondations dans les zones habitées", ajoute Hugo Lienert.
Mais ceci nécessite la présence de pâturages des deux côtés de la rivière. "Maintenir des étendues d'herbe à côté des cours d'eau est absolument essentiel, s'exclame Hugo Lienert. Dans les zones inondables, on devrait maintenir de l'herbe partout. Ce n'est pas de l'écologie, c'est juste du bon sens."
Du bon sens, et un travail de longue haleine pour l'équipe de l'Epage. En trente ans, il a fallu convaincre bon nombre de propriétaires fonciers et d'agriculteurs, alors que leurs intérêts n'allaient pas forcément dans le même sens. "On a réalisé beaucoup de choses avec plein de gens, résume Dany Dietmann. On les connaît tous. On se parle, on se dispute parfois, puis on se réconcilie. Mais globalement, ça se passe très bien." Et la communauté de communes Alsace Largue soutient les agriculteurs, pour qu'ils puissent préserver leur activité d'élevage. Et donc, leurs prairies.
Garantir une eau de qualité
Selon le président de l'Epage, l'ensemble des partenaires a bien compris qu'il ne s'agit pas seulement de gérer au mieux les inondations. Même si cette eau retenue par les prés du bassin de la Largue permet aussi d'éviter de grosses crues en aval, jusqu'à la ville de Mulhouse.
"On a aussi besoin de cette rivière pour garantir la qualité de notre eau potable à l'avenir" explique Dany Dietmann. Si vous voulez une eau de qualité, elle doit d'abord s'infiltrer dans la terre, ce qui n'est pas le cas si elle coule trop rapidement. Nous faisons donc tout notre possible pour qu'elle soit filtrée en passant lentement par le sol." L'Epage a également reconstitué autant que possible les anciens méandres de la rivière, afin de rallonger son lit, et lui éviter un débit trop rapide.
Des analyses plusieurs fois par semaine
Il faut aussi surveiller le niveau de la rivière, ainsi que la qualité de son eau. Nicolas Faessel, ingénieur et directeur de l'Epage, chausse régulièrement ses grandes bottes pour arpenter le lit de la rivière avec divers instruments.
"On mesure la vitesse de l'eau qui s'écoule, ainsi que sa profondeur et sa largeur, puis on calcule tout ça pour obtenir le débit", explique-t-il. "Une à deux fois par semaine, en été, on vérifie la Largue et ses affluents pour savoir combien il reste d'eau." Et, si besoin, tenter de réguler le débit au cas par cas, à partir des affluents et des étangs. D'autres mesures concernent la température de l'eau et son taux d'oxygène, afin de savoir si les conditions de vie restent bonnes pour la faune piscicole.
Plus de trois décennies après la création de l'Epage et 28 ans après celle de la Maison de la Nature, que de chemin parcouru. Les inondations sont sous contrôle, la vallée est superbe, et la Largue a retrouvé son lit d'antan. Cependant, ici comme ailleurs, "le changement climatique pose de gros problèmes" soupire Dany Dietmann.
Au fil des ans, et particulièrement depuis 2018, l'Epage constate "une aggravation de l'étiage de la Largue", c'est-à-dire de son niveau le plus faible. Par ailleurs, "il y a toujours moins d'agriculteurs et moins de vaches, donc moins de prairies, et pour nous c'est un mauvais signal" déplore le président des deux structures.
Raison de plus pour s'efforcer, comme le fait la Maison de la Nature, de continuer son travail de pédagogie appliquée. Dans l'espoir que sur les près de 10 000 jeunes qui passent chaque année à Altenach, beaucoup se souviendront de ce qu'il y ont découvert, et s'efforceront de l'appliquer à leur tour.
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