Bernard Woerly, l’Alsacien qui murmurait à l’oreille des blobs

Publié le 18 Octobre 2025

Paru sur l'Alsace le 11 oct 2025 Déniché par Bernard We.... Merci Bernard.

Si vous voulez découvrir ces micro-organismes extraordinaires que sont
les myxomycètes, visitez le site de Bernard Woerly

En automne, les bois se couvrent de champignons, en tout cas dans les bons coins. Ils se couvrent aussi, parfois, d’organismes surprenants qui, bien que ressemblant parfois à des champignons, n’en sont pas. Les myxomycètes, dont font partie les blobs, c’est un monde à part, vieux d’un demi-milliard d’années et caché dans les forêts autour de nous. Un Alsacien, Bernard Woerly, en a fait sa spécialité.

Dans son antre, Bernard Woerly étudie assidûment les myxomycètes depuis vingt ans. Ces créatures unicellulaires capables de prodiges peuplent nos forêts sans que nous nous en rendions compte.  Photo Thomas Toussaint

Dans son antre, Bernard Woerly étudie assidûment les myxomycètes depuis vingt ans. Ces créatures unicellulaires capables de prodiges peuplent nos forêts sans que nous nous en rendions compte. Photo Thomas Toussaint

Octobre 2025, la saison des champignons bat son plein et Bernard Woerly est dans les starting-blocks. Mais ce ne sont pas bolets et cèpes qu’il recherche. L’ancien forestier qui habite Oberbronn parcourt la réserve biologique intégrale de Lutzelhardt-Adelsberg, à la frontière franco-allemande à la recherche d’une tout autre cible : les myxomycètes ou champignons gluants, dont il établit l’inventaire, et dont fait partie le blob.

Le fameux blob.   Photo DR

Le fameux blob. Photo DR

« Ce ne sont pas des animaux. Ni des végétaux, Ni des champignons, bien qu’ils se reproduisent également par spores. La classe des myxomycètes appartient au règne des amibozoaires, âgé d’un demi-milliard d’années et qui regroupe toutes les amibes. Il s’agit de micro-organismes unicellulaires qui constituent un groupe de 1 000 espèces connues dont 700 existent en France, décrit-il. On voit surtout ces moisissures visqueuses intelligentes à l’automne, quand le bois mort sur lequel elles trouvent leur nourriture, les bactéries et autres microbes, est plus humide. »

Dans le Grand Est, il a déterminé 180 espèces différentes sur la base de 2 000 observations effectuées en l’espace de vingt ans.

Certains myxomycètes, comme Lamproderma arcyrioïdes, dépendent de bonnes conditions neigeuses pour se maintenir.   Photo Bernard Woerly

Certains myxomycètes, comme Lamproderma arcyrioïdes, dépendent de bonnes conditions neigeuses pour se maintenir. Photo Bernard Woerly

Lycogala flavofuscum pousse dans les forêts rhénanes. De taille assez importante, ce myxomycète pourrait être confondu avec un champignon.   Photo Bernard Woerly

Lycogala flavofuscum pousse dans les forêts rhénanes. De taille assez importante, ce myxomycète pourrait être confondu avec un champignon. Photo Bernard Woerly

Billes, grappes, champignons atomiques…

« Les myxomycètes sont des organismes composés d’une cellule unique dont le noyau va se diviser des milliers voire des millions de fois. Ils sont le seul exemple au monde de cellules pouvant grandir jusqu’à être visibles à l’œil nu…, poursuit-il. Jusqu’à former une enveloppe gélatineuse, le plasmode. Lorsqu’il a épuisé ses ressources en nourriture là où il se trouve, de préférence sur des bois en décomposition, le myxomycète forme des sporocarpes, des appareils reproducteurs qui ressemblent parfois à des champignons et qui portent les spores. »

Évidemment aucun n’est comestible. Certains ressemblent à des petites billes, blanches, noires, irisées. D’autres à des champignons atomiques ou des grappes de raisins. « On découvre un autre monde dans nos forêts, il suffit d’ouvrir les yeux. »

Il regroupe des échantillons qu’il laisse en dormance dans ses boîtes.   Photo Thomas Toussaint

Il regroupe des échantillons qu’il laisse en dormance dans ses boîtes. Photo Thomas Toussaint

  Sur son écran apparaissent des formations très originales qui font penser à des champignons.   Photo Thomas Toussaint

Sur son écran apparaissent des formations très originales qui font penser à des champignons. Photo Thomas Toussaint

  Et qui poussent sur du bois mort.   Photo Thomas Toussaint

Et qui poussent sur du bois mort. Photo Thomas Toussaint

  Lorsqu’il parcourt la forêt, il observe les bois pourrissants pour déceler ces myxomycètes.   Photo Thomas Toussaint

Lorsqu’il parcourt la forêt, il observe les bois pourrissants pour déceler ces myxomycètes. Photo Thomas Toussaint

  Et qu’il cherche à la loupe. C’est ce que l’on voit en rouge à droite de sa loupe.   Photo Thomas Toussaint

Et qu’il cherche à la loupe. C’est ce que l’on voit en rouge à droite de sa loupe. Photo Thomas Toussaint

Le doigt de Bernard Woerly pointe un myxomycète sur un morceau de bois mort.   Photo Thomas Toussaint

Le doigt de Bernard Woerly pointe un myxomycète sur un morceau de bois mort. Photo Thomas Toussaint

Quelques exemples de myxomycètes régionaux : Metatrichia vesparia.   Photo Bernard Woerly

Quelques exemples de myxomycètes régionaux : Metatrichia vesparia. Photo Bernard Woerly

  Physarum viride.   Photo Bernard Woerly

Physarum viride. Photo Bernard Woerly

  Lamproderma ovoideum, espèce poussant sous les névés.   Photo Bernard Woerly

Lamproderma ovoideum, espèce poussant sous les névés. Photo Bernard Woerly

  Lamproderma ovoideum.   Photo Bernard Woerly

Lamproderma ovoideum. Photo Bernard Woerly

  Lamproderma echinosporum, une autre nivicole.   Photo Bernard Woerly Hemitrichia serpula.   Photo Bernard Woerly

Lamproderma echinosporum, une autre nivicole. Photo Bernard Woerly Hemitrichia serpula. Photo Bernard Woerly

Hemitrichia serpula.   Photo Bernard Woerly

Hemitrichia serpula. Photo Bernard Woerly

  Diderma tigrinum.   Photo Bernard Woerly

Diderma tigrinum. Photo Bernard Woerly

  Diderma hemisphaericum.   Photo Bernard Woerly

Diderma hemisphaericum. Photo Bernard Woerly

  Craterium minutum.   Photo Bernard Woerly

Craterium minutum. Photo Bernard Woerly

Collaria arcyrionema.   Photo Bernard Woerly

Collaria arcyrionema. Photo Bernard Woerly

Collaria arcyrionema à un autre stade de son développement.   Photo Bernard Woerly

Collaria arcyrionema à un autre stade de son développement. Photo Bernard Woerly

Des espèces dépendantes de la présence de neige

Certains d’entre eux sont inféodés à des milieux particuliers : les forêts rhénanes, les névés des sommets vosgiens. D’autres à des plantes. « L’un des myxomycètes ne se développe que sur une plante vivace de milieux humides, présente dans les Vosges, la pétasite. Au printemps, ses feuilles sont enroulées et la cellule grimpe sur la plante pour se loger à l’intérieur et s’y métamorphoser en boules blanches après avoir consommé les bactéries présentes sur le bord du limbe des feuilles. »

Les myxomycètes sont plutôt méconnus. « Ils passent toujours sous les écrans radars, peut-être parce qu’ils ne servent à rien, contrairement aux champignons. Ils peuvent toutefois être indicateurs de vieilles forêts. » Et l’Alsace n’en est pas trop exempte.

Un blob d’un mètre carré

Au cours de son parcours de forestier, Bernard Woerly s’est surtout intéressé aux champignons, déterminés à la faveur d’une récolte au pied des arbres qu’il martelait. Mais il décelait parfois des organismes cellulaires qui ne faisaient que ressembler aux champignons. « En 2005, j’ai approfondi le sujet à la faveur de ma rencontre avec Marianne Meyer, la spécialiste hexagonale des myxomycètes. Ils m’ont beaucoup intéressé, peut-être pour leur esthétique ou leur aspect mystérieux, voire leur grande diversité ? Ou peut-être parce qu’il y a un enjeu de connaissance : on ne sait pas ce qu’ils vont devenir, confrontés à l’évolution du climat. »

Au gré de ses prospections et inventaires, il a effectivement pu appréhender des cas singuliers, comme un blob d’un mètre carré, du côté de Nancy. Il recueille des échantillons de cellules en forêt et les élève ensuite, dans des boîtes avec de la nourriture. Des boîtes dans lesquelles les blobs et autres myxomycètes vont se déplacer, grandir, occuper l’espace en silence. Sans pour autant parvenir à s’en échapper…

Après avoir absorbé les flocons d’avoine, le blob parcourt toute la boîte de Pétri à la recherche de nourriture.

Après avoir absorbé les flocons d’avoine, le blob parcourt toute la boîte de Pétri à la recherche de nourriture.

Le blob, ni champignon, ni animal, ni végétal

▶ 1973, Texas : Marie Harris découvre dans son jardin, une chose étrange qu’elle décrit comme mousseuse, crémeuse et jaune pâle qui grandit jour après jour. La légende du blob (appelé aussi “fleur de tan”), un organisme vivant qui échappe aux classifications habituelles et que Hollywood a immortalisé à deux reprises dans les habits d’un tueur visqueux, est née.

Avril 2021, au-dessus de nos têtes. Quatre blobs survolent la Terre en compagnie de l’astronaute Thomas Pesquet, lequel procède à diverses expériences pour les tester dans les conditions de l’ISS : elles détectent la nourriture, se déplacent, apprennent de leurs expériences…

Juin 2022, Châteauroux. Spécialiste du blob au CNRS et autrice d’un vaste projet éducatif et participatif à son sujet, la chercheuse Audrey Dussutour remporte le record du blob le plus long du monde, en fusionnant une série de spécimens jusqu’à former une créature longue de 53 mètres… Notons cependant que rien de tel ne se balade dans nos forêts.

Rédigé par ANAB

Publié dans #découverte nature, #Biodiversité de notre région

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B
Merci à tous pour vos commentaires sympathiques. Retenez l’esthétique de ces organismes, et sachez qu' ils sont à votre portée, dans les bois, sous le bois, si vous prenez le temps d’observer. Bonne chasse. Bernard Woerly.
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N
Cela ma fascine. Quelles belles photos.
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B
Quel monde étonnant !
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A
Monde étonnant et trop peu connu😲<br /> Roland
T
Merci pour cet article; il est renversant. <br /> On se croirait dans une merveilleuse galerie d'Art. <br /> En anglais on dirait: "These photos are to die for" (trad: à couper le souffle/à en mourir))
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A
Merci Toll pour Bernatd dont les photos sont terribles comme tu l'exprimes si bien in british.<br /> Roland