Circuit court et savoir-faire local : une maison rêvée pour l’homme et la nature
Publié le 24 Octobre 2025
paru sur rue89 le 22/6/2025
Depuis trois ans, le village de Sturzelbronn en Moselle porte un projet de lieu de sensibilisation à l’environnement. La commune de 168 habitants espère en faire une démonstration pratique de développement durable. Le lieu doit ouvrir progressivement entre automne 2025 et été 2026
" Ici, il y aura un espace pour un bar associatif et dans cette coursive, nous pourrons installer des expositions temporaires. » Conseiller municipal de Sturzelbronn, Frédéric Destailleur présente le chantier en enjambant ici une pièce de bois, là un plancher qui n’est pas encore posé. Il dessine l’avenir de chaque espace avant de revenir sur la genèse de ce projet communal : « On a d’abord eu l’idée de créer un lieu pour présenter nos milieux naturels aux touristes dans l’ancienne école. De là, on s’est mis à rêver. » Le « rêve », c’est cette structure en bois qui sort de terre depuis le mois de mars, un bâtiment pour accueillir les passionnés de nature, valoriser le patrimoine naturel et créer du lien social dans ce village de 168 habitants.
« Ce projet devait avoir le moins d’impact possible sur l’environnement.
« Ici, il y aura un espace pour un bar associatif et dans cette coursive, nous pourrons installer des expositions temporaires. » Conseiller municipal de Sturzelbronn, Frédéric Destailleur présente le chantier en enjambant ici une pièce de bois, là un plancher qui n’est pas encore posé. Il dessine l’avenir de chaque espace avant de revenir sur la genèse de ce projet communal : « On a d’abord eu l’idée de créer un lieu pour présenter nos milieux naturels aux touristes dans l’ancienne école. De là, on s’est mis à rêver. » Le « rêve », c’est cette structure en bois qui sort de terre depuis le mois de mars, un bâtiment pour accueillir les passionnés de nature, valoriser le patrimoine naturel et créer du lien social dans ce village de 168 habitants.
« Ce projet devait avoir le moins d’impact possible sur l’environnement. »
Loïc Duchamp.
« On a monté le projet ensemble avec la commune », explique Loïc Duchamp, conservateur au Parc naturel régional des Vosges du Nord. Sturzelbronn rassemble la plupart des milieux naturels remarquables du massif. Pour le conservateur, il est logique d’y installer un lieu d’interprétation pour les faire découvrir au grand public. Le projet se divise en deux parties, une exposition permanente dans l’ancienne école et un bâtiment ouvert pour accueillir des conférences autour de l’environnement ainsi que des activités pour les locaux. Son nom : Vogésia espace homme nature. Loïc Duchamp poursuit :
" Dès le début, c’était évident pour nous que ce projet devait avoir le moins d’impact possible sur l’environnement. "
Loïc Duchamp, conservateur de la Réserve naturelle des rochers et tourbières du pays de Bitche, Parc naturel régional des Vosges du Nord
Un chantier en circuit court
Frédéric Destailleur reprend la visite du chantier : « Sturzelbronn est dans un environnement forestier avec des milieux humides à protéger, on ne voulait pas mettre du béton. » Ainsi, le bâtiment repose, légèrement surélevé, sur une soixante de pieux en métal enfoncés profondément dans le sol, une manière de limiter l’artificialisation. « Si on enlève la structure, il suffit de retirer les pieux et le site retrouvera son état naturel en quelques semaines. » Pour le matériau de construction, la commune fait le choix du bois : « Nous vivons entourés d’arbres, nous n’allions pas utiliser des parpaings. »
Dans cette salle, seront organisés des conférences, des ciné-débats et des activités pour les villageois
La plupart des arbres viennent des forêts situées sur le territoire de la commune. Au maximum, ils ont parcouru cinquante kilomètres. » Une fois coupés, les arbres sont sciés dans une scierie du pays de Bitche, puis la structure est assemblée par un charpentier venu d’une commune voisine, comme tous les artisans intervenant sur le chantier. « C’est on ne peut plus local », explique Frédéric Destailleur. Seule exception, les tavaillons, des petites tuiles de bois qui servent à couvrir le toit. « Elles viennent de Normandie, parce que l’entreprise qui les fabrique est installée là-bas, il n’y en avait pas dans la région », indique le conseiller municipal.
La culture du bois
« Nous avons utilisé des qualités de bois qui sont délaissées par l’industrie », explique Frédéric Destailleur en désignant la charpente tout autour. Du fait de la présence de défauts esthétiques, comme des nœuds, des variations de couleur ou des fissures, ces poutres auraient dû terminer en bois de chauffage. « Avant, il y avait toute une économie autour de ces bois de moindre qualité, on veut démontrer qu’on peut encore construire avec. » Un choix qui s’accorde avec les ambitions environnementales du projet. « C’est du bois qui a poussé ici et au lieu de le brûler, on va stocker du carbone pour des années dans un bâtiment. »
D’habitude, j’ai plutôt en face de moi des gens qui aiment le bois vernis. Ici, quand je leur parle de bois brut, ils y sont sensibles », se réjouit Gautier Duthoit, architecte au bureau Dratler-Duthoit, faisant référence à l’histoire forestière du village. Il a conçu le bâtiment pour que la charpente puisse être assemblée par entailles, pour éviter l’utilisation de pièces métalliques. L’architecte continue : « Qui dit métal, dit extraction. En faisant des jonctions par entailles : tenons, mortaises, queues d’aronde… on réduit l’impact sur l’environnement. »
Valoriser les savoir-faire locaux
Sur le toit, Stéphane Malriat, artisan couvreur dans le Bitcherland, installe les tavaillons. D’un geste expert, il ajuste les petites tuiles de bois. Peu à peu, la toiture prend forme. « C’est la troisième fois que je pose des tavaillons en 35 ans carrière. C’est un travail hors du commun, on a plaisir à le faire. » Pour Gautier Duthoit, le choix de techniques traditionnelles pour la charpente ou la couverture permet de valoriser des savoir-faire en voie de disparition : « Ainsi, on réinvestit cette tradition et la main qui la met en œuvre. » Le couvreur s’inscrit pleinement dans cette logique : « Mes apprentis viennent régulièrement sur le chantier et j’ai aussi deux jeunes collègues qui passent de temps en temps pour se former. »
« Dans le village, tout le monde a mis la main à la pâte », explique Frédéric Destailleur. Pour la coupe des arbres en forêt et la rénovation d’un petit bâtiment destiné à l’accueil du public, les villageois ont été mis à contribution. « Il y a des habitants qui ont des compétences autour du bois et de la maçonnerie, donc on s’est appuyé dessus. » Pour son collègue premier adjoint Patrick Balva, ces chantiers bénévoles ont permis de resserrer les liens entre les villageois : « Il y a des gens qu’on ne voyait quasiment pas dans le village. Maintenant, on les voit tout le temps.
Pour Loïc Duchamp, ce chantier est une belle expérience de mise en œuvre des principes du développement durable qui visent à concilier, protection de l’environnement, prise en compte des enjeux sociaux et développement économique. « Mais ce n’était pas simple, poursuit le conservateur du parc. On a failli devoir mettre du béton, car notre plan ne passait pas au niveau du bureau de contrôle. » Chargé de vérifier qu’une construction respecte les normes, ces bureaux s’appuient sur un ensemble de textes : les documents techniques unifiés (DTU).
L'’architecte déplore que ces normes poussent à favoriser les solutions industrielles au détriment des approches artisanales comme à Sturzelbronn : « Aujourd’hui, ce sont les industriels qui font les textes, parce que ça coûte de l’argent de déposer des documents techniques unifiés. Les normes qu’appliquent les bureaux de contrôle ne sont pas adaptées à des projets artisanaux comme celui-ci », explique Gautier Duthoit. L’architecte et les artisans ont dû défendre leurs solutions et argumenter point par point, entrainant des retards dans le chantier. Malgré ces difficultés, Loïc Duchamp veut y voir du positif : « J’espère que d’autres projets pourront s’appuyer sur ce que l’on a fait ici pour pouvoir le faire aussi. »
La maison pour l’homme et la nature doit ouvrir à partir de l’automne 2025. L’exposition permanente par le Parc naturel régional des Vosges du Nord sera accessible l’été 2026.
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