La Nomada à deux tâches (Nomada bifasciata)

Publié le 15 Octobre 2025

La Nomada à deux tâches		(Nomada bifasciata)
La Nomada à deux tâches		(Nomada bifasciata)
La Nomada à deux tâches		(Nomada bifasciata)
La Nomada à deux tâches		(Nomada bifasciata)
La Nomada à deux tâches		(Nomada bifasciata)
La Nomada à deux tâches		(Nomada bifasciata)

La Nomada à deux tâches (Nomada bifasciata)

Voici une abeille à allure de guêpe. Elle ne cherche pas de nourriture partout comme les guêpes communes. Elle est tellement spécialisée qu’elle parasite le nid d’un seul ou deux types d’abeilles.
Martine et Roland.
Nom scientifique : Nomada bifasciata Olivier 1811

Origine du nom  :
1. Nomada : vient du grec « nomàs », génitif « nomados « qui signifie « nomade », « errant », « qui se déplace ».
Le genre Nomada a été nommé ainsi parce que ces abeilles sont des abeilles coucou : elles n’ont pas de nid propre et pondent leurs œufs dans le nid d’autres abeilles (le plus souvent du genre Andrena). Elles semblent donc errer dans toutes les directions à la recherche d’un tel nid comme le ferait un nomade errant.
2.
bifasciata : bi = deux, fasciata = ceinturée, bandée, rayée, du latin fascia = bande, ruban.
Ce qualificatif fait référence aux deux bandes jaunes orangées sur fond sombre visible sur l’abdomen (sur les deux premiers tergites , et un petit peu sur le troisième).


Nom Allemand: Dreifarbige Wespenbiene

Nom anglais : dusky-horned  Nomad bee

Classification :  Nomada bifasciata fait partie de l’ordre des Hyménoptères, 156 000 espèces dans le Monde  (abeilles, guêpes, fourmis…) !
Pour rappel, l’ordre des  
Hyménoptères comprend  des insectes ayant 2 paires d’ailes membraneuses et des  pièces buccales de type broyeur-suceur. Ils  seraient environ 130 000 espèces sur notre planète dont 8000 en France.
Ce sont des insectes à métamorphose complète comme les coléoptères et les papillons. Ils ont par conséquence des stades larvaires et un stade nymphal morphologiquement et biologiquement différents du stade adulte.
Les adultes (imago) se distinguent par leurs pièces buccales broyeuses-lécheuses et leurs 2 paires d’ailes membraneuses, sans écailles. Ces 2 paires d’ailes se différencient nettement par leur taille. L’aile antérieure, plus grande est rabattue en une gouttière sur son bord postérieur où vient s’engager une série de petits crochets (hamules) situés sur le bord antérieur de l‘aile postérieure couplant ainsi les 2 ailes en vol. 

A remarquer, le cas des fourmis également classées parmi les hyménoptères. Dans cette famille, toutes les fourmis ailées sont des reines et des mâles qui s’accouplent la plupart du temps hors de la fourmilière. Une fois fécondée et à l’abri, la reine arrache ou coupe ses ailes devenues gênantes.
Parmi les pièces buccales des abeilles, les mandibules n’ont qu’une importance secondaire pour l’alimentation mais sont utilisées pour le ramassage du pollen, le nettoyage des pattes, le malaxage de la cire et  la confection du nid (chez les abeilles non cleptoparasites).
D’autres pièces buccales ( le labium et les maxilles ) forment un tube lécheur- suceur permettant l’alimentation mais de type liquide uniquement.
Du point de vue génétique, l’hyménoptère  femelle pond 2 types d’œufs : des œufs à 2n chromosomes issus de la fécondation de l’ovule par un spermatozoïde, qui donneront des femelles et des œufs à n chromosomes issus d’ovules non fécondés qui donneront des mâles.
C’est la femelle qui choisit si l’ovule sera fécondé ou non.  C'est en déclenchant l'ouverture du couvercle de la spermathèque qu'elle permet l'arrivée de spermatozoïdes pour féconder un œuf.  Si elle ne déclenche pas l'ouverture, l'œuf non fécondé donnera naissance à un insecte mâle.
 
La famille des
Apidae compte 5 800 espèces dans le Monde et 983 en France au tout dernier recensement de février 2025 (3).
La Nomada à deux taches est l’une des 850 nomada connues. L’inventaire (3) fait état de 109 espèces de nomada identifiées en métropole.
Ce sont des « abeilles » parasites à allure de guêpe. Chacune parasite une seule ou quelques espèces d’abeilles seulement. Elles se ressemblent fortement. Il est dès lors très difficile de les distinguer entre elles sauf quelques-unes comme celle-ci.


Observation : un 2 avril à Schalbach  (Moselle - 57).

Dimensions: les femelles mesurent 10 à 12 mm et sont légèrement plus grandes que les mâles (8 à 11 mm).  

Durée d’observation: de  mi-mars à fin-juin.

Description: les Nomada ressemblent  à de petites guêpes avec un dimorphisme sexuel généralement marqué.

 

A quoi la reconnaît- on ? : sa taille est modérée, élancée, elle doit son  look de  guêpe à ses bandes jaunes et noires; ses ailes sont hyalines, son abdomen présente deux bandes transversales  jaunes oranges ( parfois trois ) sur fond sombre. Son  corps est noir, son scutellum peut avoir une tache jaune (plus marquée chez le mâle ), ses antennes sont brun-rouge  et ses pattes brun-rougeâtre.
La femelle est plus grande ( 9 à 10 mm ), avec des antennes plus courtes, sa coloration est souvent plus sombre et les bandes jaunes orangées de son abdomen parfois plus étroites et interrompues ; elle a une tête plus large, une pilosité un peu plus abondante sur le thorax que le mâle, son  scutellum est noir avec une légère tache jaune, ses yeux peuvent paraître rouges suivant l’incidence de la lumière. Elle vole au sol près des nids d’andrènes tandis que le mâle vole activement à la recherche des femelles.
 A souligner également que Nomada n’a pas de scopa sur ses pattes, cette corbeille de ramassage de pollen. C’est une parasite complète (voir plus bas) et donc cette corbeille lui est inutile.


Nourriture:

Les Nomada adultes se nourrissent uniquement de nectar. Elles ne collectent pas de pollen.
Leur langue est courte, elles préfèrent donc les fleurs ouvertes très accessibles comme les Pissenlits, les Renoncules, les petites Ombellifères, les fleurs de saules …
Elles consomment du nectar (riche en sucres rapides ) comme source d’énergie pour voler, survivre, s’accoupler et rechercher les nids d’Andrena. Elles dédaignent le pollen, apport en protéines essentiel pour le développent des larves, car en fait elles n’en ont plus besoin, leur mode de vie parasitaire ayant rendu cette fonction inutile. Dès lors leur morphologie s’est adaptée au fil des temps avec la perte des soies collectrices ( brosses et corbeilles à pollen ).
Précisons : les Nomada adultes pratiquent un parasitisme  comportemental / reproductif : elles pondent leurs œufs dans le nid des abeilles-hôte. Leurs larves sont ectoparasites au sens strict ( kleptein = voler, parasitos = qui vit au dépens de ) : elles consomment les provisions de pollen et de nectar de l’abeille hôte.

Cycle biologique et activité: une  génération par an  (espèce univoltine) sauf en zone chaude où elle peut devenir bivoltine


Reproduction:
La Nomada à deux tâches, « abeille coucou » pratique un parasitisme comportemental. Celui-ci s’apparente à celui du  Coucou.
La
femelle ne construit pas de nid. Elle pond ses œufs dans les nids d'une abeille,  spécifiquement ceux d’Andrena gravida.
Car elles sont toutes deux actives au printemps, construisent leurs nids dans des sols sablonneux ou meubles faciles à localiser et à pénétrer. La quantité de pollen dans les nids de cette Andrena est suffisante pour nourrir la larve parasite et les larves de Nomada semblent mieux tolérer le profil chimique de ces Andrènes ce qui réduit le risque de rejet et détection par l’hôte.

Les femelles de Nomada ne se contentent pas d’un déguisement visuel, elles utilisent aussi un camouflage olfactif compliqué. Ce camouflage peut provenir à la fois du mâle (phéromones sexuelles) et de l’environnement (en ce frottant sur le sol de nids abandonnés) ce qui leur évitent d’être repérées et rejetées hors du nid. Après l’accouplement, le mâle dépose sur la femelle des composés odorants spécifiques (phéromones) qui rend, entre-autre chose, son odeur moins spécifique, plus passe-partout et moins détectable par l’abeille hôte.

Après accouplement et découverte d’un nid, la Nomada femelle évalue trois éléments, d’après les chercheurs :
1 / la qualité de la cellule hôte et de son approvisionnement,
2 /la présence proche ou non d’une mère hôte,
3/ la présence d’autres nomada concurrentes.

La femelle Nomada profitant  de l’absence de l’hôte , explore les entrées de nids, inspecte les cellules ouvertes et si les provisions sont prêtes, colle un petit œuf blanc sur la paroi de la cellule  à l’aide d’une sécrétion invisible, au-dessus du pain de pollen, à l’abri et invisible lorsque la femelle Andrena viendra  pondre son œuf sur le pain de pollen. Elle ressort alors discrètement avant le retour de l’abeille piratée. Lorsque la larve de Nomada éclot (elle le fait toujours avant l’œuf hôte : synchronisation parfaite !), elle se déplace vers le pain de pollen où se trouve l’œuf de l’hôte et le détruit.



Habitat: lisières forestières, vergers, prairies dans toute la France.
Ailleurs, elle est présente des Canaries à l’Afrique du Nord, de l’ Europe centrale et méridionale  jusqu’en Turquie et le début de l’Asie.


Prédateurs et dangers :

Au nid, certains prédateurs sont des parasitoïdes des nids comme les Ichneumons ou les Chrysides qui pondent eux- mêmes dans les larves de Nomada. Certains champignons pathogènes infectent également ces larves dans les sols humides .
Au stade adulte, les Nomada sont exposées à la vindicte de certaines araignées, les Thomisidae ( araignées- crabes ) ou des Araneidae (araignées -orbitèles). Les oiseaux aussi sont de gros prédateurs telles les hirondelles, bergeronnettes et fauvettes et last but non least, les pesticides de l’agriculture intensive. Ceux- ci tuent directement ou indirectement les insectes. Les néo-nicotinoïdes produisent chez les hyménoptères les mêmes effets dévastateurs que chez les abeilles à miel domestiques.

Statut de protection : espèce non protégée par la loi. Elle fait l’objet de mesures de protection et préservation dans d’autres pays comme l’Angleterre où elle n’est apparue qu’en avril 2018 avec le changement climatique.

Photos Roland Gissinger (ANAB) Texte  et photos Martine Devondel  et Roland Gissinger (ANAB)
Détermination de Nomada sur les photos: Martine






Webographie :


1/ dusky-horned  Nomad been ex to britain Steven Falk  2019
2/ The story behind Kirby's Nomad bee Nomada subcornuta (Kirby, 1802) oct 2017
3/ Mise à jour de la liste des abeilles de France métropolitaine (Hymenoptera : Apocrita : Apoidea)- Lise Ropars fev 2025

https://jessica-joachim.com/insectes/hymenopteres/apidae/nomada-sp/
http://www.wildbienen.de/eb-nflav.htm
https://www.buzzaboutbees.net/Flavous-Nomad-Bee-Nomada-flava.html
Cleptoparasitism and Odor Mimetism in Bees: Do Nomada Males Imitate the Odor of Andrena Females?

Andrean gravida, abeille solitaire parasitée par Nomade bifac.  dont la photo 2 a été prise dans le même village ,  5 minutes avant celles de la  Nomada bifasciata- plus haut dans l'article
Andrean gravida, abeille solitaire parasitée par Nomade bifac.  dont la photo 2 a été prise dans le même village ,  5 minutes avant celles de la  Nomada bifasciata- plus haut dans l'article

Andrean gravida, abeille solitaire parasitée par Nomade bifac. dont la photo 2 a été prise dans le même village , 5 minutes avant celles de la Nomada bifasciata- plus haut dans l'article

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B
C'est à qui trompera l'autre et le mangera ! Toujours émerveillé devant l'inventivité de la nature.<br /> Merci à vous pour cet excellent article.
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T
Merci à vous, Martine et Roland, pour cet article très instructif sur cette surprenante bestiole. Les photos sont superbes.
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A
Très étonnantes ces nomadas,c'est vrai. Merci Toll.<br /> (Martine et) Roland
C
Le mimétisme comme aussi le parasitisme chez les insectes sont surprenants par la variété et on pourrait presque parler d'inventivité. Je ne sais quel mot employer pour les qualifier.On en reste pantois.<br /> <br /> Complètement saugrenu et ça peut faire pousser les hauts cris, j'emploierai , mais totalement gratuitement , le terme moral de mal devant ce phénomène . L'abeille, l'hyménoptère, l'insecte, bref l'animal ne sont pas l'homme: il n'y a pas intentionalité. Je sais que ma reflexion est ici de l"ordre de l'antropomorphisme, mais c'est essentiellement pour moi et TOUJOURS la marque de mon étonnement devant ce dont nous faisons également partie la nature.
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A
D'accord avec toi Christian. Il existe une inventivité de la nature sans limites. Pour le parasitisme j'éviterais le mot "mal" et toute autre formule négative. Comme tu le dis très justement cette situation n'a rien d 'intentionnel. Les comportements de même ordre dans nos sociétés humaines n'ont pas les mêmes "ressorts".<br /> Roland