Le Pâturin annuel (Poa annua)
Publié le 22 Octobre 2025
Plusieurs pâturins sont très communs. Ce Pâturin « annuel » est présent partout même dans les fissures du goudron des chaussées. D’où tient-il ses supers pouvoirs ?
Roland
Origine du nom : du grec « poa » l’herbe, le fourrage, et du latin «annua», « annuel ».
Nom scientifique : Poa annua L., 1753
Nom en dialecte / en Allemand: Einjährige Rispengras
Nom anglais : annual meadow grass, annual bluegrass (US)
Date de l’observation: le 19 octobre à Sarre-Union (Bas-Rhin-67)
Famille de plantes : C’est la grande famille des Poacées autrefois dénommées Graminées.
Il existe plus de 12 000 espèces identifiées au niveau mondial et plusieurs centaines en France.
Ce sont ces herbes qui ressemblent de près ou de loin à du maïs, du riz, de la canne à sucre, du bambou, du mil, du blé, de l’avoine ou encore de l’orge.
C’est LA famille de première importance au niveau nutritionnel, toutes les céréales comestibles en font partie. Elle recouvre 40% de la couverture végétale terrestre.
Caractères communs aux Poacées :
Plantes herbacées à fleurs peu visibles, non colorées. Leurs tiges, les chaumes, sont cylindriques, creuses et portent des nœuds où naissent les feuilles.
Normalement une feuille possède une partie élargie, le limbe et une partie étroite le pétiole qui la raccorde à la tige comme la feuille d’un pommier par exemple.
Les feuilles des Poacées, n’ont pas de vrai pétiole. Elles forment une gaine foliaire entourant la tige à partir du nœud. Le limbe de la feuille s’élargit à l’endroit où il s’écarte de la tige, à partir de la ligule. Il devient alors visible pour l’observateur. Il est facile de reconnaitre au toucher ces nœuds, ils sont renforcés par des fibres.
Le réseau racinaire des Poacées est variable pour s’adapter à tous les milieux. Il est très perfectionné et permet à certaines espèces d’améliorer les rendements agricoles. Ils permettent aux poacées de s’étendre rapidement pour former des grandes pelouses ou gazons, par tallage ou drageonnage.
Points communs des pâturins : le genre Poa est le genre de référence. Il a donné un nouveau nom à cette famille. Les épillets sont portés par de petits rameaux. Chaque épillet est composé de plus de 3 fleurs fertiles sans arrête. La ligule, cette cicatrice de la feuille au niveau de la tige est membraneuse. L’épillet est formé d’épillets allongés, plus ou moins aplatis.
Catégorie : pluriannuelle ou annuelle malgré ses noms scientifique et commun ! Vous comprendrez le pourquoi en fin d‘article.
C’est une graminée de petite taille moyenne en petites touffes. Elle fructifie toute l’année à chaque radoucissement.
Hauteur : de 5 à 20 cm. (rarement jusqu’à 50 cm)
Tige: simple, ascendante et genouillée alimentée par une racine courte de moins de 5 cm
Feuillage : les feuilles sont souples et lisses, de couleur vert clair à foncé. Elles mesurent 1 à 14 cm de long et 1 à 5 mm de large. La ligule est membraneuse, obtuse, 2 à 3 mm, légèrement déchirée. L’extrémité des feuilles est en V terminé en pointe comme une carène de bateau.
Floraison : janvier à décembre
Fleurs : la panicule a une forme générale de pyramide courte de 2 à 10 cm. Les rameaux sont horizontaux et portent des petits épillets ovales de 3 à 10 mm. Les épillets, sont blancs, verdâtres à rosés, non velus et portent 3 à 6 fleurs. La forme des épillets est un ovale pointu à l’extrémité. Chaque fleur est entourée de chaque côté, de deux minuscules feuilles inégales les glumes sans arrête. La glume supérieure dépasse de 1 mm l’inférieure. Les 2 étamines ont des anthères en X et les styles, les organes femelles, sont plumeux
Pollinisation : plante autostérile, pollinisée par le vent
Fruits : ce sont des fruits secs typiques, des caryopses de moins de 0.4 mg, dispersés par le vent, les fourmis et d’autres animaux. La fructification est rapide et prend moins de 6 semaines à température moyenne.
Habitat : cette graminée est la championne des terrains dénudés, piétinés, bords des chemins, y compris les trottoirs, routes et bétons fissurés. Elle reste sensible aux stress très sévères produits par le manque d’eau ou une température élevée. Ce Pâturin annuel se développe mieux sur les terrains azotés et lourds dénudés mais s’implante aussi sur les sables dénutris. Il peut coloniser les montagnes jusqu’à 2800 m en Europe et 4000 m en Asie. Il est originaire d’Europe, d’Asie et d’Afrique. Il a colonisé les 100 dernières années, les Amériques, l’Océanie et dans les années 1950 l’Antarctique. Il est à présent cosmopolite.
Confusion possible : oui avec d’autres graminées et avec les autres pâturins. Se référer à une flore.
Comment faire la différence avec le Pâturin des champs, Poa pratensis très commun également dans notre pays.
Ce dernier possède une glumelle inférieure à 5 nervures, bien visibles, une ligule très courte de 1 mm tronquée (et non de 2 à 3 mm), des feuilles vert-glauque. La différence la plus évidente est son système racinaire fait de longs rhizomes alors que notre Pâturin annuel a de courtes racines.
Protection : plante très commune présente partout toute l’année, non réglementée.
Utilisation : autrefois utilisée pour les greens de golf, Elle est à présent remplacée par des graminées plus résistantes aux sécheresses comme l’Agrostis.
Agriculture : pas de valeur agricole en raison de sa petite taille. Elle est en général couverte par de nombreuses autres herbes. Si elle apparait dans les prairies c’est un signe flagrant de surpâturage.
Utilisation médicinale et alimentaire:
Les romains utilisaient cette plante contre la fièvre et les inflammations. Rappelez-vous qu’à l’époque chaque plante était utilisée pour quelque chose sans besoin de preuve.
Aucune utilisation médicinale actuelle trouvée ni d’utilisation alimentaire.
Annuelle ou pluriannuelle ?
Le pâturin annuel est par évidence une plante annuelle selon le nom donné par Linné et d’autres. Mais, à qui se fier, car ce n’est pas le cas !
Les plantes annuelles ont dans leur patrimoine une génétique qui programme leur mort en fin de saison après maturation des graines.
Ce Pâturin annuel survit d’une année sur l’autre, s’il a assez d’eau, est soumis à une température pas trop élevée, et traité aux fongicides en cas d’humidité.
Dans une étude(1) de micro surveillance sur 100 plants dans 10 micro-environnements, 40% d’entre eux ont survécu en fin de saison. Une étude (4) ancienne de 1965 sur 7000 plants européens de Poa annua avait déjà conclu à 79.3% de plants pérennes.
Conclusion : la mort de cette plante n’est pas programmée annuellement mais provoquée par des agents physiques ou biologiques défavorables.
Encore une fois, l’explication est génétique (1). Le Pâturin annuel, Poa annua est un hybride tétraploïde. Thomas Tutin, un botaniste british, a découvert en 1957 qu’e ce Poa annua a conservé les patrimoines de ses deux parents : Poa supina un vivace et Poa infirma, un annuel.
Ses faculté d’adaptation hors du commun, proviennent de là :
- il résiste aux coupes rases et aux herbicides, survit sous différents climats extrêmes y compris l’Antarctique
- il produit de nombreuses graines en plusieurs cycles successifs tout au long de l’année (il est dit polycarpique, je ne savais pas)..
Les golfs, nombreux aux Etats-Unis, ont déclenché un financement de 5.7 millions de $ pour des études (3) afin d’éradiquer cette plante indésirable de leurs gazons ou d’en faire une nouvelle alliée.
Cette étude relève et cartographie les nombreux sites de résistance aux différents herbicides de cette plante. En particulier, ce Pâturin annuel a développé des résistances au récent indaziflame (étude 2 de 2023)
Ses noms actuels de Pâturin annuel -Poa annua risquent ainsi de changer au vu de ces récentes études !
Texte et photos Roland Gissinger (Anab)
Sources bibliographiques voir index biodiversité
1/ Poa annua: An annual species? Devon E Carroll sep 2022
2/ A bioassay to determine Poa annua responses to indaziflam Benjamin Pritchard apr 2023
3/A $5.7 million research project is aiming to provide a clearer picture of Poa annua herbicide resistance, establish BMPs for Poa control, and deliver new support tools. October 2019 | Becky Grubbs,
4/ Timm G. Biology and systematics of Poa annua. Feitschrift fr Acker-und Pflanzenbau. 1965;22(3): 267–294. [Google Scholar]
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