Bill François, biophyscien : "Dans la nature, on protège avant tout ce qu'on aime" -
Publié le 29 Novembre 2025
paru sur franceinfo le 30/10/2025 transmis par Dominique. merci Dominique.
écouter la vidéo de son très bel interview avec Daphné Bürki,en cliquant ici ou acheter son livre
Bill François, biophysicien, naturaliste et écrivain, incarne cette nouvelle génération de scientifiques qui allient rigueur académique et passion de terrain. Il publie son “Eaux douces” (Tana) avec des photographies de Yann Arthus Bertrand.
Entre les berges de la Seine et les lacs marocains, Bill François étudie la biodiversité des eaux douces tout en alertant sur leur fragilité. En vous baladant sur l'île de la cité à Paris tôt le matin, vous pourriez le croiser en train de pêcher du silure. Pas pour le manger, mais pour l’étudier, car ce pêcheur urbain étudie les espèces qui vivent dans nos eaux pour mieux les comprendre, pour mieux nous comprendre, nous les humains, autant dire qu'il n'a pas fini sa thèse. Mais il pêche aussi pour rêver, et c'est d'ailleurs l'objet de son nouvel ouvrage, Eaux douces. Son savoir scientifique y dialogue avec la beauté sensible et spectaculaire des photographies de Yann Arthus-Bertrand. À quelques jours de la COP30, il nous rappelle qu'en protégeant nos espaces naturels, on protège aussi nos imaginaires.
Une rencontre virale qui braque les projecteurs sur les habitants de la Seine
La notoriété de Bill François a pris une tournure inattendue lorsqu'il a croisé Jamel Debbouze en plein cœur de Paris, alors qu'il pêchait un silure colossal de plus de deux mètres. Cette vidéo, visionnée des dizaines de millions de fois, a permis de braquer les projecteurs sur un univers méconnu : les habitants de la Seine."J'étais content : ça a donné un coup de projecteur sur les milieux aquatiques, dont on parle assez peu", confie-t-il. Le silure, souvent perçu comme effrayant, souffre selon lui d'un "délit de sale gueule" alors qu'il est totalement inoffensif. Dans Eaux douces, livre enrichi des photographies somptueuses de Yann Arthus-Bertrand, le naturaliste nous rappelle une réalité vertigineuse : toute l'eau douce liquide de la planète tiendrait dans un globe de seulement 56 kilomètres de diamètre. "C'est moins d'un 20 millième de l'eau sur Terre", précise-t-il, ajoutant que "dans ce 20 millième de l'eau sur Terre, il y a à peu près autant d'espèces que dans les océans."
Repeupler nos imaginaires pour renouer avec la nature
Au-delà de la science, Bill François insiste sur une urgence culturelle : "repeupler nos imaginaires". Il observe une déconnexion progressive de l'humain avec la biodiversité, héritée d'une histoire d'assèchement des zones humides "depuis la fin du Moyen-Âge". Pour y remédier, il prône un retour au contact direct avec les créatures aquatiques : "On a tous et toutes des rivières en bas de chez nous, et si on allait voir ce qu'il y a dedans." Son livre fait le choix de l'émerveillement plutôt que du catastrophisme : "On protège ce qu'on aime avant tout et pour ça il faut d'abord aimer avant de se battre et de protéger", explique-t-il, convaincu que c'est par la beauté qu'on sensibilise le mieux à la protection de l'environnement. Inspiré par les œuvres de Miyazaki, il croit au pouvoir des artistes pour transformer nos rapports à la nature et continue lui-même d'explorer l'inexploré, comme lors de sa récente découverte d'une espèce de truite inconnue au Maroc, à 2500 mètres d'altitude.
/image%2F1479375%2F20220420%2Fob_7fe25c_4246660298920266123.jpg)
/image%2F1479375%2F20251123%2Fob_c5e7cc_bill-francois-biophyscien-dans-l.png)