La Punaise de l’Euphorbe (Cydnus aterrimus)

Publié le 26 Novembre 2025

La Punaise de l’euphorbe (Cydnus aterrimus) - et sa répartition
La Punaise de l’euphorbe (Cydnus aterrimus) - et sa répartition
La Punaise de l’euphorbe (Cydnus aterrimus) - et sa répartition
La Punaise de l’euphorbe (Cydnus aterrimus) - et sa répartition

La Punaise de l’euphorbe (Cydnus aterrimus) - et sa répartition

Cette punaise est une punaise fouisseuse. Elle possède un moyen de communication ou de défense par le son.
Martine et Roland

Nom scientifique :  Cydnus aterrimus (Forster, 1771)
Autre nom commun :. Le Cydne noir ou  Punaise de l’Euphorbe.

Etymologie du nom :  « cydnus»  veut dire «glorieux, fier ». C’est aussi le nom d’une rivière d’Asie où s’est baigné le grand Alexandre, en risquant mourir de froid. « aterrimus» signifie « très noir ».

Nom allemand : Wolfsmilch-Erdwanze.
Nom anglais : black burrowing bug (mais absente dans l’UK).

Observation : le 15 avril  à Sarre-Union (Bas-Rhin -67).

Classification et Famille : Cette punaise est un insecte de l'ordre des Hémiptères, punaises à demi ailes ou ailes à moitié coriaces .
Cet ordre d’insectes comprend un nombre énorme d’espèces, 100 000 espèces environ dans le monde !
Il comprend par exemple les Punaises, Pucerons, Cigales et Cicadelles.
Les Hémiptères possèdent un rostre piqueur suceur, et une métamorphose incomplète .
Le sous-ordre des Hétéroptères (30 000 espèces) dont fait partie cette punaise, sont des insectes qui possèdent des ailes différentes, hétérogènes : la base est coriace, l’extrémité est membraneuse.
Pour compléter car cet ordre est immense, la punaise qui nous occupe appartient à la superfamille des Pentatomoidea, ( 5 articles antennaires ) et à la famille des Cydnidae.(punaises des racines, souvent sombres, fouisseuses  .

Les Cydnidae sont caractérisées donc par des adaptations fouisseuses très marquées.
Il en existe 560 espèces réparties en 110 genres. De nombreuses (disparues depuis) ont été retrouvées dans des sédiments, certains vieux de 140 millions d’années. Une soixantaine ont été répertoriées en Europe.
Leurs téguments sont durs et brillants, leurs tibias antérieurs élargis , dentés et épineux, leur corps est compact et bombé , leurs yeux petits.
La majorité se nourrissent de la sève des racines de végétaux, d’autres de leurs feuilles ou de leurs parties aériennes.
Les femelles pondent leurs œufs dans la litière ou dans la terre, sur les racines de végétaux.
Ces punaises se caractérisent aussi par la possibilité d’émettre des substances répulsives pour se protéger des prédateurs et d’avoir un appareil de stridulation.

Dimensions de Cydnus aterrimus : 8 à 12 mm de long sans prendre en compte les antennes. C’est le plus grand de sa famille en Europe.

Durée de vie : avril à août, une seconde génération d’adultes nait en juillet et hivernera à la fin de l’automne.

Description:
Punaise dont le corps ovale, robuste est nettement bombé . Sa couleur est uniformément noir brillant. Elle a une tête courte et large, des petits yeux ronds peu saillants. Ses antennes de 5 articles ont les 2 premiers segments plus courts. Son pronotum est large et transversal, son scutellum triangulaire modérément développé. La partie coriace de ses ailes est noire brillante la partie membraneuses brun grisâtre translucide Ses tibias antérieurs élargis armés d’épines fortes témoignent d’une adaptation fouisseuse très marquée. Ce design lui permet de déblayer la terre ou la litière comme un vrai mini-bulldozer. Elles sont analogues aux pattes d’une taupe ou d’une courtilière. Les pattes moyennes et postérieures sont également munies d’épines mais celles-ci sont plus petites, plus nombreuses, plus uniformément réparties et contribuent non pas à l’excavation mais à la progression en terrain meuble.


Nourriture:
La Punaise de l’euphorbe se nourrit avec son rostre formé de 4 segments. C’est un « tuyau acéré » qu’elle plonge dans les tissus des végétaux. Elle aspire leur sève avec ce rostre comme nous buvons du liquide  avec une paille, Cette espèce est dite « oligophage » car elle se cantonne, pour sa nourriture, à quelques espèces. Elle a une préférence pour les espèces de la famille des euphorbiacées comme l’Euphorbe petit-cyprès. Certaines punaises sont exclusives et dites monophages et d’autres éclectiques ou polyphages.

Biologique et activité:

Reproduction et organe stridulatoire:
La copulation a lieu têtes opposées d’avril à mai.
Ce type de punaise possède un système de « communication » ou de reconnaissance des individus par les sécrétions odorantes de glandes métathoraciques ou abdominales. Leur détection est faite par les antennes et des cils sensitifs des congénères.
La Punaise de l’Euphorbe possède un second système de communication, un stridulateur. Rappelons qu’un système de stridulation est un organe chez les animaux qui génère des ondes sonores par frottement d’une partie mobile du corps de l’individu  contre une autre immobile. Un élément du squelette ou tout le squelette fait ensuite caisse de résonance et amplifie l’intensité du son. Une analogie simple est l'archet qui fait vibrer les cordes du violon, le son étant amplifié par le corps du violon.

En rédigeant cet article nous avons trouvé un article récent (1) sur ce sujet qui est une vraie pépite. Il démontre l’extraordinaire diversité en la matière car son auteur L Davranoglou a recensé tous les systèmes animaux de stridulation. Il est grec et a travaillé avec l’université d’Oxford.
Plus de 200 000 arthropodes utilisent un tel système. Cet article mériterait de faire l’objet d’un article-résumé sur ce blog
🙄.

Notre punaise du jour est citée en exemple et avec une photo des deux parties de l’appareil de stridulation. A la vue, rien d’extraordinaire. Ce n’est pas aussi joli qu’un Stradivarius !.
Notre chercheur pense que cet appareil chez cette punaise a été développé parce qu’elle vit en partie dans la terre ou l’humus. A l’origine l’insecte utilisait ce système pour nettoyer et brosser ses soies. Un léger bruit en résultait. Davranoglou pense que le bruit engendré par la stridulation apportait un plus de survie. L’insecte d’après lui, a avec ce stridulateur, amélioré sa stratégie de défense, de survie ou de reproduction. Cet appareil s’est perfectionné et s’est sélectionné pendant des millions de générations d’insectes.

 

Punaise fouisseuse Cydnus aterrimus. (A) Vue dorsale de la punaise, montrant l’emplacement du mécanisme stridulatoire : le plectre, situé sur le premier segment abdominal (encart rouge), frappe le stridulitre, situé sur la face ventrale de l’aile postérieure (encart bleu). Les flèches en pointillés indiquent la friction entre les deux composants. (B) Gros plan du premier segment abdominal de C. aterrimus, la flèche blanche indiquant l’emplacement du plectre ; photographie originale prise au microscope électronique à balayage. (C) Vue agrandie du plectre. (D) Encart montrant la lime plectrale. (E) Structure du stridulitre, constitué d’une série de dents émoussées. Spécimen prélevé à Rhodes, en Grèce, et examiné à l'aide d'un microscope électronique

La nature ne fait rien au hasard. Si un organe n’apporte pas un plus de survie, il disparait avec l’évolution.  Regardez vos petits orteils qui vont disparaitre dans 1 million d’années…
Que ce stridulateur existe inchangé depuis des millions d’années, est la meilleure preuve de son utilité. Il est par contre très difficile de découvrir les vraies raisons de sa mise en place et de l’évolution de ce type d'organes de stridulation.

Nous l’ignorions nous aussi, mais la plupart des espèces n’ont pas d’appareil auditif pour percevoir les ondes émises par le stridulateur d’un congénère. Les ondes, dans ce cas, ont alors un rôle défensif. Les chercheurs ont encore de vastes domaines à éclaircir pour nous expliquer la cohérence de tout cela !

Développement des jeunes :
La femelle pond grâce à une gaine rigide ( l’ovipositeur ) ses œufs cylindriques. Elle les dispose par lots dans le sol sous les racines d’une euphorbe. La période de ponte s’étale sur 4 à 6 semaines pour un total de 30 à 70 œufs
Les œufs mettent quelques jours pour éclore. Les punaises miniatures à l’ aspect d’adulte ( nymphe ) sont de couleur brun jaunâtre. Elles vont pour arriver au stade adulte, se métamorphoser en 5 stades successifs. Ils sont désignés par les entomologistes par les chiffres romains I à V.
Les punaises n’ont pas de stade immobile ( pupe ou chrysalide ) et passe directement du stade nymphal au stade adulte. On parle dans ce cas de métamorphose incomplète ou d’insecte paurométabole (métamorphose pauvre) tout comme les sauterelles, criquets et mantes.
L
es punaises seront adultes fin de l’été.
Les mères restent auprès des jeunes jusqu’à leur deuxième mue ce qui est loin d’être courant chez les insectes. Les larves se nourrissent d'abord des rejets de digestion de la mère. Cette dernière se nourrit du latex secrété par les euphorbes. Après évolution, ils iront directement sucer la plante, ses racines mais aussi les parties aériennes de celle- ci. Les jeunes restent groupés jusqu’à la quatrième mue. A ce stade ils se séparent et vont rechercher de la nourriture plus loin et coloniser d’autres lieux.
Cette génération va se reproduire en juillet. Les femelles pondent des œufs dont les larves seront adultes en septembre. Les punaises de la seconde génération hibernent à l’état adulte dans la litière ou dans la terre.

Habitat: elle apprécie les milieux ensoleillés et ouverts, les terrains sableux ou rocailleux.
En France et Espagne elle est plus répandue le long des côtes méditerranéennes et le long des fleuves.
Ailleurs elle est présente dans toute l’Europe de l’Ouest sauf les îles britanniques et le Nord de l’Europe (voir cartes).

Prédateurs: Les araignées ( surtout les lycoses chassant au sol ), les fourmis, des coléoptères prédateurs au sol comme les Carabes, les petits oiseaux insectivores ( troglodytes, rouge-gorges qui fouillent la litière),ainsi que les mammifères de petite taille ( musaraignes ou mulots ) qui consomment les insectes fouisseurs dans le sol.

Confusion : avec d’autres punaises de même couleur : Sehirus bicolor, Sehirus dubius.

Protection : pas de statut de protection pour cet insecte commun.


Texte et bibliographie : Martine Devondel  Roland Gissinger (Anab)  Identification : Martine  Photos : Roland


Bibliographie
Sites internet d’entomologie
Très joli et instructif livre, Insectes remarquables de Lorraine et d’ Alsace –JY Nogret /S Vitzthum édition Serpenoise

Pour les spécialistes ou ceux qui veulent en savoir plus :
1/Sexual selection and predation drive the repeated evolution of stridulation in Heteroptera and other arthropods Leonidas-Romanos Davranoglou feb 2023
2/Non-monophyly of the “cydnoid” complex within Pentatomoidea (Hemiptera: Heteroptera) revealed by Bayesian phylogenetic analysis of nuclear rDNASequences Jerzy A. Lis  feb 2017

3/  Wanzen Europa (Allemagne – en allemand et en anglais)

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T
Merci à vous, Martine et Roland, pour cet article très instructif.
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A
Merci Toll<br /> M&R
M
Votre article est très intéressant, complet et pédagogique. Merci
Répondre
A
Merci Hélène de votre appréciation
C
L"aire de répartition de cette punaise de l'euphorbe est étonnante: grosss modo l'Europe de l'ouest et l'Afrique du sud et nulle part ailleurs ,alors qu'elle rencontrerait les même possibilités de développement ailleurs en Amérique ,par exemple.Où alors les places sont-elles déjà prises?<br /> La verrons-nous conquérir d'autres espaces avec le développement des échanges économiques?<br /> Question saugrenue, me direz-vous.
Répondre
A
Non Christian, ce n'est pas une question saugrenue et ta remarque est intéressante.<br /> Je n'ai pas la réponse.<br /> Je suppose qu'il existe d'autres punaises dans ces pays mieux adaptées aux milieux très chauds.<br /> Quelquefois c'est juste une cousine, une espèce dérivée qui a su développer de meilleurs caractères pour supporter ces climats.<br /> <br /> S'il elle est vraiment adaptée à tous les milieux mais c'est difficile de le savoir, alors oui, elle risque d'envahir les autres continents.<br /> <br /> Ces questions seraient à poser à des hémiptérologues qui ne sont pas légion. Des recherches sont encore à faire.<br /> Roland