Regards sur des forêts de fond de vallée au fil des saisons (7)

Publié le 11 Novembre 2025

 

Cette flânerie au bord de l’eau est la dernière d’une série commencée au mois de mars. 

Ce sont les arbres “intrus” de la forêt collinéenne qui égayent la ripisylve par leurs couleurs automnales : érables, chênes, hêtres, noisetiers… Les frênes ont rapidement jeté des feuilles à peine jaunies. Il en a été de même pour les peupliers qui ont perdu leur feuillage doré au premier coup de vent. Les aulnes et  saules retardent l’événement et présentent encore une parure verte. 

Regards sur des forêts de fond de vallée au fil des saisons (7)

 

Au premier plan, bouquet d’érables planes (Acer platanoides) et à leur pieds des renouées du Japon également en parure automnale. La taille de celles-ci  n’excède guère un mètre sous couvert. Au second plan, un frêne déjà en habit d’hiver. Peut-être un de ses derniers hivers ! La présence de nombreux rejets courts sur certaines branches et la persistance de fruits nombreux sur d’autres (rameau oblique à gauche) indiquent qu’il est en souffrance et qu’il réagit à une maladie sur laquelle on reviendra plus loin.
 

 

Autre secteur de la rivière. Parmi les grands arbres de la rive, on reconnaît des aulnes (Alnus glutinosa) et deux individus penchés dangereusement sur le cours d’eau. On remarque leur aspect dénudé, l’abondance de gourmands pour l’un et l’absence de rameaux fins pour l’autre, ce qui indique là aussi une maladie en cours.
 


Enfin, une note de couleur chaude. Un fusain (Euonymus europaeus) en fruits étale ses rameaux garnis d’arilles vers la lumière. Des ombelles de baies rouges se cachent sous les feuilles d’un autre buisson. Il s’agit d’un arbuste commun dans les zones humides, la viorne obier (Viburnum opulus).
 

 

Un rayon de soleil change tout ! La rivière miroite de cent points lumineux  entraînés par le courant. Les feuilles mortes entament un grand voyage… A moins qu’elles ne terminent leur course sur le fond. Là, elles intègrent d’autres cycles de la matière /voir à ce sujet l’article sur https://www.zoom-nature.fr/que-deviennent-les-feuilles-mortes-tombees-dans-les-cours-deau/




 

La ripisylve malade

 

Nous abordons là un volet qui n’augure guère de lendemains radieux pour la ripisylve. 

 

On s’est habitué aux peupliers couverts de gui. Propagé par les oiseaux, il vit aux dépens de son hôte en lui empruntant la sève brute, jusqu’au jour où le peuplier affaibli sera la proie d’autres parasites. 
 

 

Il y a quelques années, une balade en bord de rivière a réservé une surprise. Sur le parcours, est apparue une  zone marquée d’innombrables points blancs (photo ci-dessous et en particulier la taupinière). Neige industrielle ?  L’endroit baignait par ailleurs dans une odeur particulièrement forte d’huile rance, de poisson séché…
 

 

L’origine de cette curiosité se situait en hauteur : un peuplier faisant office de dortoir pour les cormorans. En repassant par cet endroit,  le soir venu, des vols de ces oiseaux noirs affluaient de toutes parts, décrivant de larges cercles avant de se poser. Le peuplier se garnissait  comme un sapin de Noël d’un genre particulier. Une quarantaine d’individus y trouvaient refuge pour la nuit.
 

 

Je suis repassé plus tard à cet endroit. Les cormorans avaient délaissé le site au profit de corvidés. Mais l’arbre montrait déjà des signes de dépérissement et récemment je l’ai revu… À présent, des champignons (polypores) parachèvent le dépérissement.



 

Il s’agit là de cas spectaculaires certes, mais souvent isolés  Revenons maintenant sur ces grands malades aperçus précédemment.

 

Ripisylve classique avec à gauche des aulnes et deux individus victimes de dépérissement. A droite, un jeune bouquet de frênes présente une surabondance de fruits secs (samares) qui pourraient signaler le début d’une attaque parasitaire.



 

Le cas du frêne 

 

Spectacle désolant. Des frênes morts abattus par le vent. Les sections des racines d’une grande épaisseur, montrent que la base de l’appareil a été atteinte par le pourrissement. 

 

 la chalarose du frêne

Il s’agit d’une parasitose due à un champignon (Hymenoscyphus fraxineus ex Chalara fraxinea) dont les spores infectent les feuilles - le mycélium se propageant ensuite - mais aussi le pied de l'arbre favorisant l'installation des  surinfections par l'Armillaire. Le champignon survit dans la litière. Les signes de la maladie sont des taches de nécrose, la mort de rameaux et branches,  l'écorce qui dessèche, le développement de gourmands et l'abondance de fruits. Le pourrissement racinaire aboutit à la chute de l'arbre

 

Compléments d’information : - - -ephytia.inra.fr/fr/C/20407/Forets-Chalarose-du-frene

  • observatoire des forêts françaises 
  •  wikipédia



 

le cas de l’aulne

 

Aulne mort. Des lambeaux d’écorce sont tombés. Le bois en décomposition est inspecté par les pics. A terme, le tronc tombera dans la rivière grossissant la masse des embâcles lors d’une crue. L’arbre a été victime d’un champignon du genre Phytophthora alni.
 

 

Sur certains de ces arbres atteints, l’écorce se détache et laisse voir les attaques de xylophages (traces de galeries) qui accélèrent le dépérissement.

 

Compléments d’information

-wikipedia/Phytophthora Alni

-waldwissen.net/fr/economie-forestiere/gestion-des-degats/especes-invasives/deperissement-de-l’aulne

- Revue bibliographique. Synthèse des travaux réalisés entre 1999  et 2006 dans le bassin Rhin-Meuse et conseils de gestion

 

L’avenir n’est guère serein pour la ripisylve dont on a reconnu bien tardivement le rôle vis à vis des cours d’eau. L’aulne mérite une attention particulière, il intervient en protégeant les berges de l’érosion, en limitant la pollutions des eaux, en luttant contre le réchauffement des eaux par son ombre, en favorisant la diversification au sein des milieux aquatiques, en résistant aux périodes d’inondation prolongée (espèce pionnière).  

 

Compléments, voir le site de  https://www.astee.org



 

les invasives 

 

Si les uns disparaissent, d’autres apparaissent, parfois venus de loin.

Il en est ainsi du robinier (Robinia pseudoacacia) qui est présent dans certains secteurs mais aussi de la renouée du Japon (Fallopia japonica).
 

 

Aspects de la jungle à renouée. Au premier plan, une inflorescence, les fruits sont pratiquement tombés.  A l’air libre, les individus très serrés dépassent allègrement les 2 mètres et forment un rideau dense, opaque, qui s’oppose à  l’apparition de toute autre espèce. Par ailleurs, les rhizomes profonds loin de stabiliser les berges, les rendent sensibles à l’érosion. 



 

A l'issue de cette ultime randonnée, il apparaît que les menaces qui pèsent sur les ripisylves sont nombreuses, qu’elles soient de nature biologique, chimique ou anthropique, le tout dans un contexte de changement climatique. La tâche pour les  préserver s'annonce difficile.

 

Textes, photos, recherches, et bibliographie  Étienne Feuchter (Anab)
 

Lire ou relire les épisodes précédents (cliquer)

Regards sur des forêts de fond de vallée au fil des saisons (1)

Regards sur des forêts de fond de vallée au fil des saisons (2)

Regards sur des forêts de fond de vallée au fil des saisons (3)

Regards sur des forêts de fond de vallée au fil des saisons (4)

Regards sur des forêts de fond de vallée au fil des saisons (5)

Regards sur des forêts de fond de vallée au fil des saisons (6)

Regards sur des forêts de fond de vallée au fil des saisons (7)

 

 

Rédigé par ANAB

Publié dans #découverte nature

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B
Merci pour cette promenade bucolique. On s'y croit vraiment !
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P
merci
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R
Merci Étienne de ces beaux reportages et de nous inciter à mieux observer la nature
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N
Nous aurons de nouveaux arbres avec le réchauffement climatique. As-tu remarqué que les arbres plantés poussent déjà beaucoup plus vite qu'avant ? Merci pour ce reportage. 👏
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T
Cette série de promenades en forêt et au bord de l'eau a été un régal, à tous les égards.<br /> Elle sera soigneusement conservée.<br /> Un grand merci, Etienne!
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