Sainte-Soline : en finir avec cette police viriliste et violente est une nécessité écologiste
Publié le 10 Novembre 2025
Avec cet article, certains vont trouver que nous nous éloignons de notre thème de protection de la nature en faisant de la politique.
La protection de la nature devient toujours à un moment, politique.
Les vidéos publiées ces jours-ci montrent que la violence meurtrière des policiers lors de la manifestation de Sainte Soline était gratuite et encouragée par la hiérarchie et le ministre.
Trop c'est trop. Depuis trop longtemps, les militants écologistes sont tous mis dans le même sac et qualifiés d'écoterroristes" par les politiques au pouvoir afin d'essayer de les réduire au silence car ils gênent.
Ceci encourage la police à déclencher cette violence inouïe qui fait de nombreux blessés et même des morts et ce en toute impunité. Cette violence décourage les citoyens et empêche l'expression démocratique des français dans des manifestations non violentes.
J'ai moi-même été plusieurs fois insulté par des agriculteurs et des politiques locaux parce que je m'opposais à des projets destructeurs de biodiversité et rappelais la réglementation sur les espèces végétales ou animales. Une fois j'ai même été menacé de mort par des agriculteurs en présence d'un journaliste. Ma plainte a été classée sans suite le 31 décembre de l'année par le Procureur...Je n'ai évidemment jamais répondu aux insultes ni eu la moindre action de destruction ou de violence.
Roland
Paru le 6/11/2025 sur Reporterre transmis par Bernard. Merci Bernard.
La brutalité des vidéos de violences policières à Sainte-Soline nous a sidérés, mais pas surpris. Abolir cette police viriliste, qui meurtrit militants, habitants des quartiers populaires, Gilets jaunes... est une nécessité écologique, défend notre éditorial.
On connaissait les chiffres : 5 015 grenades lancées, dont 1 372 contenant une charge explosive. Plus de 200 blessés, dont 40 grièvement. On découvre l’envers du décor : des gendarmes qui jubilent derrière leurs boucliers, se félicitent des blessures infligées, des grenades « en pleine tête », des tirs tendus « dans la gueule ».
Tel est le contrechamp affligeant que donne à voir l’enquête publiée le 5 novembre par Mediapart et Libération, qui revient sur la manifestation du 25 mars 2023 contre les mégabassines de Sainte-Soline et recense, dans des vidéos tournées par la gendarmerie elle-même, « 60 appels explicites à des violences contre les manifestants ».
Cette frénésie guerrière, ce « plaisir de faire mal » en disent long sur le sentiment d’impunité, le climat viriliste et la déshumanisation des manifestants qui règnent au sein des escadrons de gendarmerie. Cet épisode confirme aussi une tendance à la « brutalisation du maintien de l’ordre », observée par le sociologue Fabien Jobard. Il révèle surtout les effets meurtriers d’une doctrine de maintien de l’ordre qui assimile les militants écologistes aux auteurs d’attaques terroristes.
« Chiens », « fils de putes », « résidus de capotes ». Ce déluge d’insultes traduit le climat de haine au sein des forces de l’ordre, alimenté sans retenue par une partie de la hiérarchie qui laisse s’exprimer ou encourage le désir de blesser, voire « de tuer ».
Quartiers populaires, Sainte-Soline, Gilets jaunes...
À Reporterre, média dont le suivi des luttes écologistes est l’une des raisons d’être, la violence de la répression ne surprend plus. Mais ces propos sidèrent. « Il faut qu’on les tue. » Impossible de ne pas penser à Rémi Fraisse, naturaliste de 21 ans tué en 2014 par l’explosion d’une grenade lancée par un gendarme alors qu’il s’opposait à la construction du barrage de Sivens. À Serge D. et aux autres personnes qui porteront toute leur vie les séquelles de Sainte-Soline. Aux centaines de Gilets jaunes mutilés, éborgnés, durablement traumatisés.
Depuis quelques années, des personnes blanches au sein des mouvements sociaux et écologistes découvrent la violence — parfois mortelle — que les personnes racisées, les habitants des quartiers populaires connaissent depuis des décennies. « Quand on vit dans un quartier populaire et qu’on n’est pas blanc, on sait qu’on a toutes les raisons d’avoir peur de la police, résume l’autrice Rokhaya Diallo dans une interview donnée à Reporterre vingt ans après la mort des adolescents Zyed Benna et Bouna Traoré.
À Sainte-Soline aussi, la rhétorique des débordements « à la marge » ne résiste plus à l’examen des faits. « Ce n’est pas la somme de 100 policiers qui font des conneries, c’est réfléchi », affirme un manifestant grièvement blessé dans notre documentaire « Sainte-Soline, Autopsie d’un carnage » (Off Investigation/Reporterre). « Il y avait une volonté de faire en sorte qu’on ne revienne plus », abonde une autre manifestante.
Objectif : sidérer, effrayer, terroriser
Images à l’appui, l’enquête de Mediapart et de Libération confirme l’usage volontaire et ordonné « de la part de gradés de 9 escadrons sur 15 » de tirs tendus, interdits car potentiellement mortels. « Nous avons aujourd’hui les preuves audio et vidéo de ce dont nous nous doutions : les actes qui ont causé tant de blessures et fait frôler la mort à nombre d’entre nous [...] découlent de l’ordre donné par une institution », écrivent dans un communiqué les quatre blessés graves de Sainte-Soline qui ont porté plainte pour tentative de meurtre et entrave à l’arrivée des secours. « Nous voulons faire peser sur cette institution le cadre juridique dont elle s’affranchit délibérément. »
Car si les gendarmes s’autorisent un tel déchaînement de violence, c’est qu’ils s’y sentent autorisés. En amont du rassemblement de Sainte-Soline, au plus haut niveau de l’État, ce climat va-t-en-guerre avait été soigneusement préparé. « Nous verrons des images extrêmement dures », prévenait le ministre de l’Intérieur de l’époque, Gérald Darmanin. Quelques mois plus tôt, il dénonçait « des modes opératoires qui relèvent de l’écoterrorisme ». Un terme qui n’a aucune réalité juridique mais qui, depuis, a fait florès chez les politiques de droite et les éditorialistes. En construisant l’image des militants écologistes comme des ennemis de l’intérieur, ce discours légitime la violence de la répression.
Qu’ils soient explicités ou non, des objectifs sont atteints : terrifier, dissuader et décimer les mobilisations. Meurtrir le mouvement écologiste dans sa chair, et réduire au silence ses revendications. Un silence renforcé par les attaques dont les journalistes font eux aussi l’objet.
Abolir cette police viriliste et violente
Après la publication de ces vidéos confondantes, le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé l’ouverture d’une enquête. Il a promis que des « sanctions seraient prises » tout en refusant de parler de « violences policières », réaffirmant qu’à Sainte-Soline, « la riposte a été très majoritairement proportionnée ». Un déni presque plus inquiétant encore que le révoltant spectacle d’une police « en roue libre ».
Désormais, tout est prêt pour que tout empire. Alors que l’extrême droite est aux portes du pouvoir, nous ne pouvons qu’être effrayés par la perspective de voir cette police à ses ordres. Ces vidéos le suggèrent : s’il lui est demandé demain de nous tirer dessus à balles réelles, elle le fera avec jubilation et plaisir. Il est urgent d’interroger le rôle que joue l’institution policière dans la perpétuation des dominations et la destruction du monde.
La police aujourd’hui entrave et verrouille l’avenir. Ses grenades et ses coups de matraques protègent les projets mortifères, briment le mouvement écologiste et défendent la sécession des ultrariches. Son désarmement et sa refonte en profondeur est une nécessité pour l’avènement d’une société plus apaisée. C’est un acte écologique à part entière.
Espérons que ces vidéos marquent un tournant dans la prise de conscience collective du problème. Abolir cette police viriliste et violente n’est pas un doux rêve utopique ou un slogan de radicaux, c’est une aspiration à plus de justice. « Nous voulons respirer », criaient les manifestants à majorité racisés après la mort de George Floyd. C’est contre ce même modèle asphyxiant que nous devons batailler. Lutter de concert contre les gaz lacrymogènes et les gaz à effet de serre, pour enfin respirer librement.
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