Pourquoi le projet de centrale hydroélectrique du lac Noir à Orbey refait surface
Publié le 19 Décembre 2025
paru sur l'alsace le 10/12/2025 déniché par Bernard. Merci Bernard
L’achat par l’État des lacs Blanc et Noir, propriété de la commune d’Orbey, devrait relancer l’activité hydroélectrique sur le site. La Stratégie française pour l’énergie et le climat 2025-2035 prévoit le développement des stations de transfert d’énergie par pompage (Step). Celle du lac Noir pourrait entrer en service vers 2032. Le consortium Alpiq-Vialis compte se porter candidat à l’appel public à candidature.
Sur les bords du lac noir, le projet d'usine hydroélectrique ne voit pas le jour, contrairement aux engagements pris par EDF
Les histoires de lac peuvent aussi se transformer en serpent de mer. C’est le cas des lacs Blanc et Noir (Orbey, Haut-Rhin) dont le potentiel hydroélectrique est inexploité depuis vingt ans. Concessionnaire et exploitante de la station de transfert d’énergie par pompage (Step) du lac Noir, EDF a abandonné le projet de reconstruire l’équipement après l’inondation qui a endommagé le bâtiment en 2002. La Step, qui joue le rôle de pile, a été démolie en 2014 et le dossier est resté enlisé pendant une décennie, à une époque où les énergies renouvelables imposent d’importantes capacités de stockage.
Tout s’est accéléré à la fin de l’année 2024. Lors d’une visite sur place, Augustin Cellard, le secrétaire général de la préfecture du Haut-Rhin, a fait part au maire Guy Jacquey de la volonté de l’État d’acheter les deux lacs à la commune d’Orbey pour « sécuriser la future concession ». Cette proposition s’inscrit dans un contexte particulier : l’eau des deux lacs est propriété de la commune d’Orbey depuis 1882, les finances publiques s’annoncent incertaines pour 2026 et la programmation pluriannuelle de l’énergie, publiée en juin 2025, prévoit d’augmenter la production des Step de plus de 1,7 gigawatt à l’horizon 2035.
Une seule turbopompe de 55 mégawatts
Pour relancer la machine, l’État devait devenir propriétaire de l’ensemble du site et de l’eau. En France, depuis 1919, nul ne peut utiliser l’eau pour produire de l’énergie sans une concession ou une autorisation de l’État. « L’appropriation des parcelles concernées constituait une condition préalable à l’avancement du projet. L’opération permet désormais à l’État de disposer de l’ensemble des emprises indispensables à la mise en œuvre de la future installation, confirmant sa volonté de consolider la vocation énergétique du site », expliquait le 27 novembre la préfecture du Haut-Rhin au moment où Augustin Cellard et Guy Jacquey signaient l’acte de vente pour un montant de 715 000 euros.
L’appel public à la concurrence est attendu dans les prochains mois, « l’estimation prévisionnelle » pour le démarrage de la future Step se situe « entre 2030 et 2032 ». Les études de rentabilité privilégient une seule turbopompe de 55 mégawatts (contre deux précédemment) qui pomperait l’eau du lac Noir vers le lac Blanc (100 mètres plus haut) pendant 13 heures et qui générerait du courant pendant une dizaine d’heures en profitant de l’eau sous pression passant dans une galerie puis une conduite forcée métallique entre le lac Blanc et le lac Noir. Le volume d’eau utile est de deux millions de mètres cubes.
Des travaux estimés entre « 80 et 100 millions d’euros »
La sécurisation du dossier par l’État a aiguisé les appétits. Le groupe suisse Alpiq et le Colmarien Vialis ont formalisé le 4 décembre un « accord de partenariat stratégique pour développer le projet de centrale hydroélectrique » au lac Noir. En s’engageant sur le projet haut-rhinois, Alpiq entend « renforcer son rôle sur le marché de la flexibilité au service de la sécurité d’approvisionnement en France » en s’appuyant sur un acteur local : Vialis Solutions EnR. « Il s’agit d’une installation emblématique pour laquelle un acteur de proximité a tout son sens », explique Benoît Schnell, directeur général de Vialis , qui estime le coût des travaux « entre 80 et 100 millions d’euros ».
Le duo Alpiq-Vialis est le premier à se positionner publiquement sur le projet. Ces dernières années, plusieurs opérateurs avaient manifesté leur intérêt pour la nouvelle concession, à des degrés très divers, dont TotalEnergies, Hydrocop (un regroupement d’entreprises locales d’énergie), Eiffage Énergie Systèmes-Clemessy et le fonds d’investissement à mission Meridiam (en partenariat avec un producteur d’énergie).
« C’est positif pour le territoire »
« C’est positif pour le territoire » , souffle le maire d’Orbey qui se réjouit du dénouement de ce vieux dossier. Le produit de la cession des lacs et de la taxe foncière représente une ressource financière pour la commune « de 25 à 30 millions d’euros pour les 40 ans à venir ». Ces recettes sont très largement supérieures au montant qui aurait été généré si la commune était restée propriétaire et percevait un loyer, peut-on lire dans la délibération de cession immobilière qui a été adoptée à l’unanimité par le conseil municipal du 9 avril 2025.
« Ces retombées fiscales sont une opportunité pour la commune au moment où ses ressources diminuent », remarque Guy Jacquet. « Elles vont nous donner les moyens pour engager des projets d’équipements, de services, d’attractivité et de revitalisation du territoire dans l’intérêt général de la population ». La balle est désormais dans le camp de l’État, pour dénouer un vieil entrelacs.
Paru sur france 3 pour ceux qui s'intéressent au suivi des affaires
L' article ci-dessous est paru voici 5 ans le 26/12/2020 sur le même projet (transmis par Bernard)
Une importante source d'énergie renouvelable reste inexploitée en Alsace. C'est l'hydroélectricité du Lac Noir. Aucun kilowatt/heure n'a été produit depuis 2002. Une association tente de relancer la production, mais les investissements risquent de se faire attendre...
Sur la commune d'Orbey, le Lac Noir et son usine hydroélectrique, à 900 mètres d'altitude, inexploitée. Une histoire compliquée dès le départ, qui semble se poursuivre. Construite entre 1928 et 1933, la centrale produisait de l'électricité grâce à un système de pompes et de turbines, installé entre le Lac Noir et le Lac Blanc, situé 100 mètres plus haut.
C'était la première «station de transfert d’énergie par pompage » (Step) de France. Cette première construction a été détruite lors d' une inondation catastrophique, le 4 janvier 1934. Une trombe d'eau a fait neuf morts et des dégâts matériels considérables. Une nouvelle centrale a été construite, mais à son tour, elle cessé de fonctionner en 2002, suite à une avarie. A l'arrêt jusqu'en 2008, la concession est reprise un an plus tard par EDF qui la démonte et s'engage à reconstruire. Mais rien n'est fait. L'électricien décide même d'abandonner la concession.
Philippe Ribolzi, président de l'association pour la construction de la centrale du Lac Noir : "On voudrait que la concession, accordée par le préfet en 2009, ne soit pas abandonnée, pour que l'on puisse reconstruire rapidement. Car si on part sur une nouvelle concession, ça signifie sept à dix ans d'attente." De son côté, le maire de la commune d'Orbey, propriétaire des deux lacs, se sent impuissant face à la situation.
Guy Jacquey, Maire (SE) d'Orbey : "Aujourd'hui, le prix du mégawatt est très faible, le modèle économique de la station, tel que conçu en 2009 est devenu obsolète et je pense que c'est pour cela que EDF ne veut pas continuer cette concession. L'Etat ayant compris cela souhaite relancer la concession, mais sous une autre forme économique, de sorte que les opérateurs soient intéressés à renouveler cette station". C'est donc un appel d'offre européen qui conduira à une nouvelle concession. Mais cela reporte, a priori, d'éventuels investissements sur le Lac Noir à une dizaine d'années. C'est long dans une période où il faut rapidement passer aux énergies renouvelables.
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