Eryngium des Alpes, Panicaut des Alpes, Étoile des Alpes, Chardon des Alpes (Eryngium alpinum)
Publié le 11 Janvier 2026
Cet Eryngium des Alpes est un des étendards des fleurs alpines. Pour nos amis anglais et italiens c’est la « reine des Alpes ». Il est interdit de cueillette car protégé au niveau national. A défaut, vous pourrez en trouver en jardinerie et le planter pour l’admirer chez vous.
Roland
Nom scientifique : Eryngium alpinum L., 1753
Origine du nom scientifique : vient du grec «eruggarein» «éructation» en référence à son usage recommandé comme remède contre la flatulence par le célèbre médecin grec Dioscoride. Selon d’autres sources « eryggos » signifie « barbe de chèvre » en lien avec les poils présents sur le collet de la plante, reliquat de la saison précédente.
« Eryggos » désignait déjà sous les grecs ce type de plante épineuse. L’épithète « alpinum », signifie « alpin, des Alpes ».
Autres noms communs : Chardon bleu des Alpes, Chardon bleu.
Allemand/ dialecte: Alpen-Mannstreu
Anglais : alpine sea holly, alpine eryngo or Queen of the Alps
Date et lieu de l’observation : le 2 juillet près de Saint Crépin (Hautes-Alpes 05)
Famille de plantes : celle de la carotte, du fenouil et du persil.
C’est la famille des Apiacées autrefois dénommée Ombellifères. C’est une famille qui comprend 3780 espèces de par le monde réparties en 470 genres environ. Les caractéristiques communes sont : des fleurs disposées en ombelles souvent déclinées en petites ombellules, à l’origine de l’ancien nom de famille. Les ombelles sont plus ou moins contractées si bien qu’il faut examiner certaines espèces de très près, voire à la loupe pour les voir.
Les Apiacées sont souvent aromatiques, comme la coriandre ou la livèche, ou comestibles, mais parfois extrêmement toxiques, comme la Grande cigüe , ou encore allergènes, comme la Berce du Caucase.
Les plantes sauvages de cette famille sont à observer avec beaucoup d’attention sous peine d’accidents graves pour la santé.
Il vaut mieux s’abstenir de les consommer si l’on ne possède pas de solides connaissances en botanique.
Eryngium : il existe plus de 250 espèces pour ce genre dans le Monde. Leurs centres de diversification sont le Moyen Orient et l’Amérique du Sud.
Leurs caractères communs sont leur aspect de chardon aux feuilles épineuses. Les eryngiums sont glabres, ont une racine en pivot ! Leurs ombelles sont très compactes avec des pédicelles très courts.
Catégorie : plante vivace, glabre à allure de chardon. Cette ressemblance n’est qu’une simple convergence de forme avec celui des chardons (Astéracées) car l’origine familiale et génétique n’a rien à voir.
Port et tige : tige ramifiée dans le haut, issue d’une racine pivotante, épaisse et profonde.
Hauteur : 30 à 70 cm
Feuilles dentées et épineuses, de couleur bleu violacé clair. Les feuilles de la base sont entières, de forme ovale à triangulaire (8 à 17 cm de long) et sont portées par un très long pétiole (20 cm). Celles du haut sont sessiles, profondément découpées et palmées souvent en 3 lobes.
Eryngium des Alpes, Panicaut des Alpes, Étoile des Alpes, Chardon des Alpes (Eryngium alpinum) et sa répartition
Floraison : juin à septembre
Couleur des fleurs : blanches. Les petites fleurs (2 à 3 mm) sont groupées, très serrées sur un épi cylindrique qui atteint 5 à 6 cm. Les fleurs sont entourées de mini écailles de 5 mm. Les pétales sont rectangulaires et échancrés. Les fleurs en périphérie de l’épi sont stériles, les autres hermaphrodites.
A la base de l’épi, 10 à 18 feuilles (les bractées) sont très découpées et dentées. Elles forment une couronne nommé involucre, qui est de couleur vert clair à la base et bleu métallique clair, ensuite. Quelquefois les bractées sont blanches. Elles sont plus longues que le capitule.
La fleur possède 5 étamines et un pistil formé de deux styles.
Pollinisation : les fleurs sont pollinisées à plus de 80% par des abeilles domestiques ou sauvages, ainsi que par des bourdons. De très nombreux types d’insectes ont été observés sur les fleurs. Lors d’études (2) du Cnrds, c’est 50 espèces d’insectes qui ont été observées : des coléoptères cerambicidés, des cétoines, des chrysomèles, des diptères tachnidiés, asilidés, des hémiptères comme des pentatomidés et lygaeidés, des panorpes et de nombreux papillons de nuit et de jour. La liste figure dans l’article d’étude de pollinisation(2).
Cet article mentionne que la dispersion du pollen est, en pleine saison, faite par les insectes à faible distance, 50 cm dans 72% des cas, et seulement 7% à plus de 3 mètres. En début et fin de saison, les fleurs en état de se reproduire étant moins nombreuses, les insectes parcourent de plus grandes distances pour récolter le pollen. Ceci a été confirmé dans une étude génétique des graines (3).
Ces observations ont été faites en saupoudrant une poudre sur quelques capitules. Celle-ci est révélée à l’obscurité par une lampe UV. Les bractées épineuses sont sans doute très visibles pour les insectes sensibles aux ultra-violets. La couronne de bractées est fermée la nuit pour protéger la fleur de l’appétit des prédateurs tels que les chenilles, les limaces ou le bétail. Elles s’ouvrent au petit matin.
La durée de floraison d’un site dure 4 semaines et seulement une semaine pour une plante donnée. Comme les températures changent vite en montagne, la plante doit terminer son cycle de production de graines rapidement pendant la belle saison. La réussite de la pollinisation est meilleure quand les floraisons sont synchrones comme chez ce Chardon des Alpes.
Pour trouver des solutions à la raréfaction de cette espèce, les chercheurs (2) ont étudié les facteurs limitants.
Ils ont remarqué que les inflorescences supérieures produisent bien plus de pollen. Grâce à cette spécificité elles attirent d’avantage d’insectes et bénéficient par conséquence d’un meilleur taux de fécondation. Nos chercheurs ont remarqué cette espèce est allogame, croisement avec un autre plant ou autogame, fécondation avec elle-même. Ici, l’autogamie est une fécondation par le pollen non pas de la fleur elle-même (hermaphrodite) mais avec une fleur du même plant. On parle alors de « géitonogamie ». Ne vous inquiétez pas, je n’avais jamais entendu ce mot trouvé dans l’article, c’était juste pour épater la galerie. Il faut retenir que les fleurs de l’axe principal sont privilégiées et produisent bien plus de graines que les inflorescences axillaires.
L’écart provient des ressources nutritives du sol. Si les ressources sont faibles la plante « attribue » toutes ses ressources à l’axe principal, celui qui attire le plus les insectes. La production des inflorescences axillaires est quasi nulle sur certains sites. L’évolution de la plante dans le million d‘années à venir ?) serait selon la logique universelle dans la nature, « d’économie des ressources », d’éliminer ces axes qui coûtent en énergie mais ne rapportent rien !
Fruits : 100 à 200 graines par plant, de couleur jaune-brun en forme de toupie et recouvert de stries longitudinales. Les graines sont dispersées facilement par les animaux grâce à leur surface adhérente, stries et écailles calicinales.
Habitat : l’Eryngium des Alpes pousse dans les montagnes calcaires. Il préfère les endroits très ensoleillés, riches en nutriments et relativement humides: des combes, des couloirs d’avalanche, des prairies grasses et rocailles au bord de l’eau. Cette plante pousse entre 1200 et 2500 m dans les Alpes occidentales, en France, Italie, Slovénie, Croatie, Suisse et Autriche. La plante a été abusivement cueillie pour ses qualités décoratives. Ses milieux de vie ont souvent disparu sous les pistes de ski et autres infrastructures touristiques. Elle n’est jamais très abondante et est protégée par la loi dans tous les pays européens où on la trouve encore.
Confusion possible : non! Photos d un eryngium de jardinerie, Big blue en comparaison.
Statut de protection de la plante
Plante avec un statut de protection nationale depuis 1982, interdite de cueillette et de destruction sur tout notre territoire, classé EN en danger, car menacée de disparition. Le Conservatoire botanique national alpin (1) a fait un bilan fin 2023 de l’état des populations. Le tiers des stations est menacé. Par ailleurs aucune mesure définitive de sauvegarde comme une acquisition foncière n’a été faite de ces sites. Un simple changement de pratique agricole, un aménagement quelconque peuvent faire disparaitre définitivement certaines stations de notre « reine des Alpes ».
Jardinerie : si vous voulez cultiver cette superbe plante dans votre jardin assurez-vous auprès de votre vendeur que cette plante provient d’une culture autorisée et n’a pas été prélevée dans un espace sauvage.
Usage alimentaire et médicinal :
Il n’est pas question d’utiliser cette plante à des fins alimentaires ou autres, puisqu’elle est protégée par la loi. Sa composition est proche de celle d’Eryngium amethystinum présent dans les pays riverains de la mer Adriatique.
Texte, photos, bibliographie Roland Gissinger (Anab) ) - photos Big blue et relecture Bernard Weinzaepflen
Voir la bibliographie utilisée dans notre rubrique répertoire- index des plantes
1/ Bilan fin 2023 de l’état des populations CBNA
2/ Reproductive Ecology of the Endangered Alpine Species Eryngium alpinum L. (Apiaceae): Phenology, Gene Dispersal and Reproductive Success Cnrs Grenoble M Gaudeuil Jul 2004
3/ Genetic structure of the endangered perennial plant Eryngium alpinum (Apiaceae) in an alpine valley M Gaudeuil March 2008
Apiacées déjà présentées sur ce blog :
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Nom taxon français
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Nom scientifique abrégé
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Angélique sauvage, Angélique sylvestre, Impératoire sauvage
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Berce commune
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Berle dressée, Petite berle, Berle à feuilles étroites, Cresson sauvage
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Buplèvre en faux, Percefeuille
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Carotte sauvage,Pastenade, faux chervis, gironille
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Cerfeuil des bois, Persil des bois
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Chérophylle penché, Couquet , Cerfeuil enivrant
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Cumin des prés, Anis des Vosges
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Fenouil des chevaux, Silaüs des prés, Cumin des prés
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Eryngium des Alpes, Panicaut des Alpes, Étoile des Alpes
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Eryngium alpinum
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Grand boucage, Boucage élevé, Grande pimpinelle, Pimpinelle élevée
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Pimpinella major
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Grande cigüe, Ciguë tachée
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Laserpitium à feuilles larges, Laser à feuilles larges, Laser blanc
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Panais brûlant
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Panicaut champêtre, Chardon Roland
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Petit boucage, Persil de Bouc, Boucage saxifrage
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Petite cigüe, Faux persil, Éthuse ache-des-chiens
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Podagraire, Herbe aux goutteux, Fausse Angélique
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Sanicle d'Europe, Herbe aux chênes
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Scandix Peigne-de-Vénus
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Thyssélin des marais, Peucédan des marais, Persil des marais
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