Jane Goodall, l’amie des chimpanzés
Publié le 20 Janvier 2026
paru sur ledevoir le 1/10/2025
La docteure britannique Jane Goodall, célèbre primatologue, éthologue et anthropologue ayant révolutionné l’étude des rapports entre les êtres humains et les autres animaux, est décédée. Celle qui était l’amie des chimpanzés, qu’elle a longtemps étudiés, avait 91 ans.
Son décès, lié à des causes naturelles, a été annoncé mercredi par l’Institut Jane Goodall, dont elle était la fondatrice. Elle se trouvait en Californie pour une tournée de discours aux États-Unis.
« C’est une tragédie », regrette Colin Chapman, titulaire de la Chaire de recherche du Canada sur l’écologie et la conservation des primates de l’Université McGill, qui l’a rencontrée pour la première fois en 1990, « avant qu’elle devienne célèbre ».
La Dre Goodall s’est principalement fait connaître en raison de ses recherches sur les chimpanzés. Elle est la première scientifique à avoir observé que ces grands singes utilisent des outils pour s’alimenter. À l’époque, la communauté scientifique était persuadée que les humains étaient les seuls primates à avoir adopté ce comportement.
Commencée en 1960 en Tanzanie, son étude des chimpanzés a permis de recueillir de plus amples connaissances sur ces animaux et a également « révolutionné la façon dont on pensait l’humain », explique Pascale Sicotte, anthropologue et doyenne de la Faculté des arts et des sciences à Concordia.
« Au départ, elle travaillait dans une perspective didactique, mais elle est rapidement devenue militante, d’abord pour la cause des chimpanzés, puis pour celle de la faune en général », affirme M. Chapman.
Une femme « inspirante »
Fondé en 1977, l’Institut Jane Goodall s’est donné la mission de protéger la biodiversité et de favoriser le développement durable et l’éducation. « [Jane] a adapté ses stratégies d’intervention à l’époque où elle vivait, explique Mme Sicotte. Elle a utilisé ses études de terrain et ses connaissances pour les étendre à d’autres champs d’action. »
La doyenne décrit la scientifique comme « une femme très inspirante », qu’elle a d’ailleurs croisée à quelques occasions professionnelles. Ancienne professeure à l’Université de Calgary, Mme Sicotte évoquait régulièrement Jane Goodall dans ses cours d’introduction à la vie primate.
Jane Goodall joue avec Bahati, une chimpanzé femelle âgée de 3 ans, au Sweetwaters Chimpanzee Sanctuary, près de Nanyuki, à 170 km au nord de Nairobi, le dimanche 6 décembre 1997.
En 2002, Mme Goodall a été nommée « messagère de la paix » par l’Organisation des Nations unies. « Aujourd’hui, la famille des Nations unies pleure la perte de la Dre Jane Goodall », a-t-on souligné dans une publication sur les réseaux sociaux. « La scientifique, défenseure de l’environnement et messagère de la paix de l’ONU a travaillé sans relâche pour notre planète et tous ses habitants, laissant un héritage extraordinaire à l’humanité et à la nature », a écrit l’organisation.
La scientifique s’était donné comme mission d’alerter le public sur les dangers auxquels fait face la planète, en particulier les changements climatiques.
En janvier 2025, le président des États-Unis d’alors, Joe Biden, lui avait remis la médaille présidentielle de la Liberté.
Elle a sensibilisé le public »
M. Chapman insiste sur la chose la plus importante à retenir de Jane Goodall : elle a inspiré le monde et éveillé les consciences sur plusieurs sujets. Elle a « incité les gens à s’engager dans la préservation de la nature, mais surtout à s’informer et à vraiment aider et apprécier les animaux », a-t-il fait valoir.
Le scientifique a eu l’occasion de la côtoyer personnellement à plusieurs reprises pendant 35 ans. « Elle était simplement une âme très douce qui faisait preuve d’une grande bienveillance, dit-il en la décrivant. Je pense que c’est cette bienveillance envers les gens et les animaux qui la distinguait vraiment de beaucoup d’autres personnes. »
En entrevue avec Le Devoir, M. Chapman se souvient d’une drôle d’anecdote avec Jane Goodall. En 2016, il a été invité à donner une conférence pour la Société internationale de primatologie à Chicago au sujet de la conservation des chimpanzés, autrement dit, l’expertise de sa collègue. Il s’est avéré qu’il s’est retrouvé à faire cette conférence face à Jane Goodall, assise au premier rang. « C’était ridicule ! Je parlais de son sujet », ironise-t-il.
Selon lui, la mort de Jane Goodall « est une véritable tragédie ». Toutefois, « le pire » serait que son travail s’arrête là. « Les gens doivent poursuivre son travail. Son institut a perdu une grande porte-parole, mais la cause est toujours là. »
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