Le Saule fragile (Salix x fragilis)
Publié le 21 Janvier 2026
Le Saule fragile illustre la dynamique d’une espèce dans certaines conditions et son utilité relative. Ainsi, il est classé « envahissant et peste végétale » en Nouvelle Zélande et d’autres pays. Ailleurs dans l’Himalaya, il était l’« arbre miracle » avant de régresser, ces dernières années, victime de maladies et de mini-prédateurs. Sa présence y est tellement indispensable que le Centre de recherches sylvicole indien continue les recherches pour trouver son remplaçant depuis près de 20 ans.
Roland
Nom scientifique : Salix × fragilis,
Synonymes : Salix fragilis L., 1753 ; S. alba L. × S. euxina I.V.Belyaeva
Origine du nom : du latin « salix », le saule. Son nom d’espèce (fragilis) est également issu du latin et signifie fragile.
Autre nom commun : Saule rouge
Nom en allemand/dialecte : Bruch-Weide auch Knack-Weide
Nom anglais : crack willow and brittle willow,
Observation : le 10 janvier à Montbronn (Moselle 57)
Famille de plantes : celle des salicacées qui comprend près de 1000 espèces, surtout arbres et arbrisseaux dont la moitié sont des saules comme le Saule cendré, le Saule Marsault, le Saule blanc, le minuscule Saule myrtille (50 cm) des marais de montagne, mais aussi les peupliers, dont le Peuplier noir et le Tremble, soit 50 espèces différentes en France métropolitaine.
Ce sont des arbres ou arbustes aux fleurs unisexuées. Elles sont groupées et réduites en chatons sans pétales visibles. Les chatons mâles sont jaunes ou pourpres. Chaque fleur a 2 étamines rarement 3 et forme un des nombreux éléments d’un chaton mâle. Les fleurs femelles sont le résultat de deux carpelles soudés, à nombreux ovules, avec un nectaire à sa base qui attire les insectes.
Nomenclature : les non-botanistes peuvent sauter ce paragraphe nécessaire, mais pas vraiment passionnant.
Le nom « Salix fragilis » a été donné au Saule fragile. Ce nom désigne en réalité un hybride stabilisé de deux saules, Salix alba et Salix euxina mais aussi l’espèce non hybride Salix euxina (6).
Sur certains sites de référence, il est à présent dénommé « Salix x fragilis » avec un « x » pour noter son caractère hybride. Pour compliquer la vie des observateurs de terrains, ce saule hybride s’hybride encore avec d’autres saules…. Ces dernières années, cette espèce a fait l’objet de nombreux débats et révisions selon la littérature, avant que son nom définitif ne soit fixé. Des analyses génétiques des arbres, y compris le spécimen de l’herbier de référence prélevé par le fameux botaniste Linné lui-même, ont confirmé le caractère hybride de l’immense majorité des espèces (6) à partir de 2009.
Ainsi, le nom Salix fragilis illustre les difficultés liées aux changements de nomenclature : il a « disparu » de la Flore suisse, d’Infoflora et de Kew Gardens, remplacé par Salix × fragilis. En France, cependant, Salix fragilis (sans le ×) figure encore dans la flore de référence, Flora Gallica (2014). Selon le site de référence mondial GBIF, on recense actuellement 547 relevés pour Salix × fragilis (=Salix × rubens) et 65 974 relevés pour Salix fragilis L., soit un rapport d’environ 1 pour 100, un écart qui ne reflète pas la réalité génétique des arbres. Il faudra encore du temps pour mettre tout cela dans l’ordre.
Aspect général : arbre à feuilles caduques, moyen à grand, d’environ 10 à 25 mètres de hauteur et jusqu’à 1 m de diamètre. Son aspect lié à sa génétique est variable.
Le tronc est écailleux jeune, puis se crevasse avec l’âge. L’écorce est brun-gris
Les jeunes rameaux sont dressés, glabres, brunâtres puis vert-olive. Ils se cassent facilement à la main avec un bruit sec aux bifurcations des jeunes rameaux d’où le nom de « Saule fragile ». En dehors des humains pour un test de reconnaissance (😊), le vent, l’eau, la neige cassent également les rameaux. Cette propriété facilite la dissémination de cette espèce dans les plans d’eau. Le rameau brisé et emporté par l’eau formera des racines spontanément à l’endroit de la cassure s’il s’échoue sur les bords de la rivière ou du plan d’eau, ou s’il est bloqué par de la terre au milieu du cours d’eau.
Longévité : 20 à 40 ans, arbre à croissance rapide.
Feuilles : elles sont alternes, glabres (sauf à la feuillaison), vert-brillant sur le dessus, et vert-pâle, glauques, en dessous. Leur longueur est de 6 à 18 cm. Le pétiole mesure 1 à 2 cm et porte deux petites glandes à la base.
Point de reconnaissance : les bords des feuilles sont finement et régulièrement dentés. La pointe n’est pas droite. Elle bifurque sur un côté à l’extrémité.
Floraison : d’avril à mai. La floraison est simultanée avec l’apparition des feuilles.
Fleurs : comme chez les autres saules, il existe des arbres femelles et des arbres mâles. Dans ce cas, l’espèce est dite dioïque (ce mot savant signifie en grec, « deux maisons »).
Les arbres mâles portent des chatons jaunes, cylindriques qui mesurent 4 à 6 cm. Les étamines sont groupées par deux. Une très petite feuille sous l’étamine dénommée « écaille » est jaunâtre et finement velue. Les arbres femelles ont des chatons verts plus discrets, un peu plus longs. Leurs ovaires glabres sont portés par un court pédicelle = ¼ à 1/5 de l’ovaire. Ils se terminent par un style court et possèdent à la base 1 ou 2 nectaires.
Critères qui le distinguent des autres saules : résumé
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Feuilles
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Fleurs mâles
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Fleurs femelles
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Allongées- lancéolées
6-18 cm |
Chatons développés avec les feuilles
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Chatons développés avec les feuilles
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Glabres à l’état adulte
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2 étamines
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Ovaire glabre
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Bord denté
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Ecaille claire à la base
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Ecaille velue à la base |
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Face supérieure luisante,
inférieure glauque et mate |
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Limbe se termine par une pointe longue déviante
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Chatons denses
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Chatons grêles
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Fruits : mûrs vers le mois de juin. Les capsules glabres, de 4 à 5 mm, sont portées par des pédicelles courts et entourées d’un duvet qui facilite leur dispersion par le vent et les animaux.
Habitat : cet arbre aime les bords ensoleillés, sableux ou gravillonneux des étendues d’eau à l’humidité changeante, riche en nutriments comme les gravières, les cours d’eau et autres endroits humides. Il est rare sur sols calcaires. Il est peu fréquent dans notre région. C'est plutôt sur sols acides qu'on le trouve jusqu’à 3000 m dans toute l’Europe et l’Asie d’où il est originaire.
Confusion : oui, quelques autres saules sont voisins en particulier le Saule blanc, Salix alba, dont les feuilles jeunes sont soyeuses et les rameaux moins fragiles.
Protection : ce Saule fragile est assez commun et n’a aucune protection juridique dans notre pays.
Il est néophyte dans les Amériques et en Océanie. Son caractère envahissant dû à sa faculté de disséminer ses rameaux lui vaut une interdiction de plantation en Nouvelle Zélande. Les autorités ont autorisé le recours aux pesticides en cas de forte infestation. Il est aussi envahissant en Amérique du Nord, au Chili (3) et Afrique du Sud.
Dans certaines vallées de l’Himalaya, le Saule fragile est traditionnellement cultivé en raison de sa croissance rapide, qui permet une production efficace de bois de chauffage et un fourrage abondant, tout en contribuant à limiter l’érosion des sols. Introduit par les anglais dans les années 1870, il s’est avéré par ses qualités, être un arbre « miracle ». Les autorités se sont inquiétées de leur mauvais état, (5) car 80% sont attaqués par divers parasites dont des nématodes et champignons. Elles cherchent par de multiples tests de croissance à le remplacer par un autre saule. Le Saule pleureur, Salix babylonica bien connu, parait être un candidat intéressant (5).
Plus de 16 ans après les recherches sont toujours en cours (6) pour remplacer cet arbre indispensable. Je n’ai trouvé aucun article mentionnant le nom du remplaçant du Saule fragile à la fin des essais.
Comme quoi, les recherches peuvent durer. Elles montrent avec ce nouvel exemple, que le caractère invasif ne l’est pas partout.
Médecine : contient de la salicine qui peut se décomposer en acide salicylique (aspirine), utilisée depuis la nuit des temps comme anti-inflammatoire, fébrifuge, stimulant. Il contient beaucoup de tanins. Il a été utilisé aussi pour atténuer les problèmes ophtalmiques et les maux de tête.
Ce saule est riche en composants anti oxydants comme les autres saules mais a fait l’objet de peu de recherches.
Vous échapperez pour une fois à une liste de produits chimiques intéressants aux noms barbares.
Usage écologique: c’est un arbre mellifère, qui apporte aussi aux abeilles des éléments nutritifs présents dans son pollen. Ce saule possède un système racinaire dense qui fixe bien le sol. C’est pour cette raison qu’il est planté pour stabiliser les berges des rivières.
Il peut être utilisé comme haie et brise-vent.
Autres usages :
Les feuilles de ce saule servent encore aujourd'hui de fourrage pour le bétail. (Himalaya).
Son bois utilisé comme bois de chauffage est moyen car trop peu dense.
Son bois léger était autrefois utilisé pour fabriquer des prothèses et des sabots.
Ses rameaux souples permettent son utilisation en vannerie.
Usage alimentaire :
Dans des cas de forte disette, voici bien longtemps, certaines parties du bois du saule ont été utilisées pour faire de la farine. Cette farine était de très mauvaise qualité et amère.
Texte et photos Roland Gissinger (Anab) relecture Bernard Weinzaepflen (Anab) bien aidé par Ulysse😺 , son chat
Sources bibliographiques voir index biodiversité
1/Quelles espèces de saules utiliser en génie végétal face à la sécheresse ? INRAE EVETTE2017
2/ Phytochemistry, Pharmacology and Medicinal Uses of Plants of the Genus Salix: An Updated Review Nora Tawfeek Feb 2021
3/Functional assessment of invasive Salix fragilis L. in north-western Patagonian flood plains: A comparative approach Anne Lewerentz fev 2019
4/Willow (Salix fragilis Linn.): A Multipurpose Tree Species under Pest Attack in the Cold Desert of Lahaul Valley, Northwestern Himalaya, India Yashwant Singh Rawat March 2006
5/ Drying Willow (Salix fragilis L.) Population Under Agroforestry System in Cold Desert Region of trans-Himalaya: a Possible Consequence of Repeated Vegetative Propagation Rajender Kumar Sharma February 2022
6/ Name change alert: Salix fragilis L. - Name change alert: Salix fragilis L. Fact Sheet No 2 July 2018 Yulia A. Kuzovkina1 and Irina V. Belyaeva2
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