L’Eristale des arbustes (Eristalis arbustorum). Les syrphes marqueurs de biotopes.
Publié le 1 Février 2026
Eristale des arbustes (Eristalis arbustorum) yeux rapprochés = mâles et sa répartition selon GBIF - Photos Roland Gissinger ANAB
Mouche à allure d’abeille, ce syrphe, est parfaitement inoffensif. La biodiversité des syrphes est immense si bien qu’il existe une méthode scientifique pour évaluer le degré de dégradation de nombreux habitats et donc de prendre les mesures pour les restaurer.
Roland
Nom scientifique : Eristalis arbustorum (Linnaeus, 1758)
Eristale est un nom du genre masculin en français d’après le Petit Robert , même si de nombreux entomologistes et sites l’utilisent au féminin.
Nom allemand : Gewöhnlicher Honigwespenfliege" ou "Gewöhnlicher Bienenfliege
Nom anglais : l’adulte « plain-faced dronefly or European drone fly» et la larve « rat-tailed maggot » (littéralement « asticot à queue de rat »)
Origine du nom :incertaine, soit provient du grec« eristalis », « pierre précieuse » ou de « eristes » , querelleur, qui rappelle le comportement du mâle, territorial et agressif envers toute intrusion dans son territoire ou bien encore du grec « eris », beaucoup et de « stalan », couler goutte à goutte.
Son petit nom « arbustorum » signifie «des arbustes», son milieu de vie.
Observation : le 13 juin à Weyer (Bas-Rhin - 67)
Classification : cet éristale appartient à la famille des Syrphidae et à l’ordre des Diptera ( du grec di, deux et pteron, ailes )
Ce groupe comprend les insectes au nom vernaculaire de mouches, syrphes, taons, moustiques.
Il existe 500 espèces différentes de syrphes en France. Plus de 6000 ont été déjà décrites au niveau mondial par les entomologistes spécialistes de ce groupe d’insectes.
Espèces floricoles à vol bourdonnant et coloration vive ( jaune et noir ou à éclat métallique), ils imitent souvent par la forme et les couleurs , les insectes piqueurs que sont les abeilles, guêpes et bourdons Par ce camouflage que l’on désigne du nom compliqué d’ « aposématique », ils se mettent à l’abri des attaques de nombreux prédateurs.
Le genre Eristalis comprend une centaine d’espèces qui ressemblent, de loin, à des abeilles domestiques
Famille et genre se définissent exclusivement par ses caractéristiques alaires : la famille des Syrphidae se reconnait par la présence d’une fausse marge au bord postérieur de l’aile ( cfr les deux veines MP1a et CuA1a plus ou moins parallèles à ce bord postérieur ) , le genre Eristalis se reconnait à la présence d’une encoche dans une des cellules terminales ( cellule r5 ).
/image%2F1479375%2F20260127%2Fob_ac7e56_syrphe-vena-spuria.png)
Pour ceux qui veulent tout savoir sur les éristales, ils peuvent lire la thèse de 359 pages d’une française Sabine Bressin faite à l’Université St Andrews en Ecosse.
Dimensions : 11 à 14 mm
Durée de vie : mars à septembre, et février à novembre.
Cet éristale produit 2 à 3 générations annuelles. Il hiberne souvent à l’état adulte et à l’état de larve.
Description : mouche de taille moyenne à grande, au corps robuste, elle ressemble à une abeille. C’est un bon pollinisateur.
Ses yeux entièrement velus sont énormes par rapport à la taille de son corps. Les yeux sont séparés chez les femelles et se touchent chez les mâles.
Sa tête est triangulaire. Il a une bande verticale entre les yeux jusqu’à la trompe. Cette bande dite « faciale » est bien développée et comprend une large zone claire traversée par une fine ligne noire médiane
Les antennes sont courtes et prolongées par un long cil dénommé arista. Cette arista est fortement plumeuse contrairement à d’autres espèces.
Les ailes ont une petite tache courte ou pterostigma sur la bordure supérieure, entre les nervures. Le thorax est sombre et couvert de poils. L’abdomen est large et ovale. Il est sombre barré de fines bandes orange et de 2 grosses taches orange en forme de diabolo au centre qui dépassent quelquefois le deuxième segment.
Ses ailes sont transparentes, légèrement fumées. La bande faciale bande claire satinée est sans ligne noire chez E arbustorum, c’est le point diagnostic de cette espèce. Il comporte une ligne noire médiane chez les autres éristales. L’aspect des pattes jaune est limité à la base du tibia postérieur chez E arbustrorum
A noter que la distinction sur photos peut être délicate et que la Nature parfois fait fi des clés de détermination !
Différences d'aspect chez l'Eristale semblable, nom scientifique Eristalis similis (Fallén, 1817)
L'Eristale semblable est un peu plus grand (11-17 mm) et sa tache ou pterostigma est 4 fois plus longue que large et de couleur claire. Ce ptérostigma allongé chez E similis est le critère le plus différenciant entre ces 2 espèces.
Les fémurs postérieurs sont noirs, non dilatés et les tibias postérieurs bicolores. Les tarses sont en partie noirs.
Nourriture des larves : à l’état de larve, cet éristale vit comme les autres éristales dans les eaux usées et joue un rôle d’épurateur.
Il filtre l’eau riche en substances organiques, mange les bactéries et contribue ainsi à sa purification.
Pour vivre dans de tels milieux il est facile de comprendre que la larve est très résistante à la pollution comme le sont tous les autres organismes dépollueurs. Ceci peut, pour l’avenir d’ailleurs, être source de recherches et découvertes sur son immunité vis-à-vis des bactéries et virus pathogènes de ces milieux très pollués voire toxiques.
Elle est également capable de vivre dans un milieu sans oxygène.
Nourriture des adultes : l’insecte adulte ailé, se nourrit du pollen et du nectar de diverses fleurs C’est un auxiliaire de pollinisation important. Il fréquente en particulier les Apiacées (famille de la carotte, du céleri…), les Astéracées (celle de la marguerite…), Brassicacées (celle du chou...), et les Caprifoliacées (knautie…).
Biologie et activité : la femelle éristale pond de nombreux œufs à la surface d’eaux stagnantes , et comme on l’a vu, riches en matières organiques L’éclosion des œufs se fait après 2 à 4 jours La larve ( « ver à queue de rat « ) reste dans le milieu aquatique et respire grâce à une « pipe « ou siphon respiratoire qui est une extension postérieure télescopique de l’abdomen Une sorte de tuba reliant les trachées à l’air libre Ce stade se déroule en 10 à 20 jours au cours desquels la larve évolue en trois stades La larve quitte ensuite le milieu aquatique mais reste en milieu humide et se nymphose en formant un puparium brun, cette nymphose peut durer 7 à 14 jours L’imago ( insecte adulte ) émerge alors et atteint la maturité sexuelle en quelques jours
Particularité : l’éristale est capable de faire du vol stationnaire comme un hélicoptère et des acrobaties. Cette capacité explique son nom anglais de « fly drone », mouche drone. C’est facile à observer quand il recherche sa nourriture sur les fleurs. En vol normal, il vole les ailes allongées le long du corps
Reproduction : l’accouplement a lieu en vol. Les mâles peuvent être agressifs pour défendre leur territoire mais sans aucun danger car ils ne piquent pas. C’est le cas également des femelles.
Habitat : l’Eristale des arbustes, Eristalis arbustorum, est très commun en Europe, du Sud de la Méditerranée au Cercle Polaire et au milieu de l’Asie. Il est présent en Amérique du Nord. Les adultes de cet éristale sont forestières. Ils fréquentent les milieux humides des forêts, et les haies jusqu’en montagne. On le trouve également dans les parcs, les jardins riches en fleurs. Il est présent dans les eaux froides riches en nutriments. Les chercheurs (7) ont remarqué une grande plasticité de formes et de couleurs, signes de facilités d’adaptation. Une robe de couleur sombre lui permet d’absorber plus de chaleur en climat froid. Une couleur claire permet de réfléchir la lumière et la chaleur. Son hibernation au stade adulte lui permet de redémarrer son activité quelquefois très tôt au printemps. Il supporte aussi les gels et dégels.
Au contraire, l’Eristalis semblable, Eristalis similis, est rare et seulement présent en Europe occidentale, de la Méditerranée au sud de la Scandinavie. La comparaison de répartition de ces deux espèces (voir cartes) révèle bien leurs différences de biologie et de résistance au froid.
Il disparait des milieux de vie dès que la température s’abaisse et est nettement plus thermophile que l’Eristale des arbustes. Les larves d'E. similis vivent dans les eaux putrides et les lieux humides riches en azote comme le fumier, le lisier, dans les étables, et dans les mares riches en nitrates.
Confusion : il est facile à confondre ces 2 éristales entre eux et aussi avec Eristalis tenax et pertinax
De loin il est aisé également de les confondre avec un bourdon ou une abeille. Les caractères distinctifs des syrphes : antennes avec arista, gros yeux, pilosité, devraient permettre leur identification pour peu que l'on regarde de près ces insectes, inoffensifs.
Analyse écologique par Syrph the Net « StN » est une méthode d'évaluation de l'intégrité écologique des habitats naturels fondée sur l'étude des syrphes ( Diptères Syrphidae), développée depuis 1990 par Martin C. D. Speight.
Cette méthode repose sur la comparaison statistique entre les observations réelles sur le terrain et une immense base de données de référence, StN, des espèces et de leurs habitats.
1-La liste des espèces prédites (ou attendues) pour un habitat donné, établie à partir de la description des habitats présents et de la base de données StN.
2-La liste des espèces observées, obtenue par piégeage passif à l’aide de tentes spéciales de collecte type « Malaise » installées sur le terrain, si possible sur 3 années consécutives, en ciblant différents types d’habitats.
3-Le pourcentage d’espèces « au rendez-vous » par rapport aux espèces prédites.
Il permet de chiffrer l’intégrité écologique du site c’est-à-dire d’identifier les zones de « sous-performance » (déficits en espèces indicatrices) et celles en bon état, offrant ainsi un outil puissant pour la gestion et la restauration des milieux naturels.
Prédateurs : araignées, chauve souris, oiseaux
Protection : insecte commun, non protégé par la loi.
Texte : Martine Devondel et Roland Gissinger (ANAB)- Détermination des éristales sur les photos: Martine, Photos : Roland
Bibliographie; voir index-annuaire des fiches biodiversité
Articles de référence et bibliographie :
1/https://www.baladesentomologiques.com/article-eristales-de-la-fosse-d-aisance-aux-fleurs-122382045.html
2/European syrphidae 2011
3/Guide technique de mise en œuvre d’une étude Syrph the Net Retours d’expérience de l’Atelier du groupe inter-réseaux Syrphes 2020
4https://analyticalsciencejournals.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/jemt.22239/SEM studies on immature stages of the drone flies (diptera, syrphidae): Eristalis similis (Fallen, 1817) and Eristalis tenax (Linnaeus, 1758) Celeste Pérez-Bañón
5 Syrphidae, Lucien Verlinden, Faune de Belgique
6 Guide des Mouches et Moustiques, J et H Haupt, delachaux et niestlé
7/ Geographic variation in plasticity in Eristalis arbustorum Mart M. Ottenheim 14Jan 2008
8/ https://jessica-joachim.com/insectes/dipteres/syrphidae/eristalis-similis/
/image%2F1479375%2F20220420%2Fob_7fe25c_4246660298920266123.jpg)
/image%2F1479375%2F20260127%2Fob_0b6bf0_eristalis-similis-20180724-det-m-devo.jpg)
/image%2F1479375%2F20260127%2Fob_c53080_eristalis-arbustorum-male-su-nord-terr.jpg)
/image%2F1479375%2F20260127%2Fob_8f0ec0_eristalis-arbustorum-20160613-oi100p.jpg)
/image%2F1479375%2F20260127%2Fob_3015f7_eristalis-arbustorum-male-su-nord-terr.jpg)
/image%2F1479375%2F20260127%2Fob_30cf60_eristalis-arbustorum-20160613-oi100p.jpg)
/image%2F1479375%2F20260127%2Fob_37369d_eristalis-similis-mal-su-nord-terrain.jpg)