L’Aeschne printanière, Petite æschne velue (Brachytron pratense)

Publié le 22 Février 2026

L’Aeschne printanière, Petite æschne velue (Brachytron pratense), ici un mâle  et la répartition de cette espèce selon GBIF
L’Aeschne printanière, Petite æschne velue (Brachytron pratense), ici un mâle  et la répartition de cette espèce selon GBIF
L’Aeschne printanière, Petite æschne velue (Brachytron pratense), ici un mâle  et la répartition de cette espèce selon GBIF
L’Aeschne printanière, Petite æschne velue (Brachytron pratense), ici un mâle  et la répartition de cette espèce selon GBIF
L’Aeschne printanière, Petite æschne velue (Brachytron pratense), ici un mâle  et la répartition de cette espèce selon GBIF
L’Aeschne printanière, Petite æschne velue (Brachytron pratense), ici un mâle  et la répartition de cette espèce selon GBIF
L’Aeschne printanière, Petite æschne velue (Brachytron pratense), ici un mâle  et la répartition de cette espèce selon GBIF
L’Aeschne printanière, Petite æschne velue (Brachytron pratense), ici un mâle  et la répartition de cette espèce selon GBIF

L’Aeschne printanière, Petite æschne velue (Brachytron pratense), ici un mâle et la répartition de cette espèce selon GBIF

Cette Petite æschne velue est l’une des premières à apparaitre sur les eaux calmes ou les prairies inondées. Voici quelques indices pour l’identifier.
Martine et Roland

 

Nom scientifique : Brachytron pratense (O.F. Müller, 1764)

Origine du nom : du grec, «brachys», « court » et de « êtron », bas - ventre en référence à l’abdomen court et robuste de cette  espèce, la plus petite des
Æshnidae d'Europe.
« pratense» vient du latin et signifie «  pré », » prairies  humides », allusion à l’habitat préféré de cette espèce.


Nom allemand : Frühe Schilfjäger

Nom anglais : hairy dragonfly, spring hawker ou spring darner (US)

Date de observation : le 12 mai à Offendorf (Bas-Rhin - 67)

Classification :

L’Æschne printanière fait partie de la famille des Aeshnidae, une des cinq familles d’Anisoptères en Europe. Les Anisoptères, ou « libellules » aux ailes inégales forment avec les Zygoptères, ou « libellules » aux ailes égales (appelés aussi demoiselles car plus frêles) l'ordre des Odonates, qui comprend plus de 5600 espèces sur Terre

Les Aeshnidae sont apparues voici 100 millions d’années au Crétacé. Aujourd’hui on dénombre 450 espèces dans le Monde.
Les Aeshnidae sont des Anisoptères de grande taille. Leurs yeux, très développés sont accolés sur une longueur plus ou moins grande. Leurs ailes, généralement hyalines sont au nombre de quatre et de forme inégale, les postérieures étant plus larges à la base. Largement étalées au repos, elles diffèrent en cela aussi des Zygoptères ou demoiselles, aux ailes jointes au repos . Leurs pattes, toutes dirigées vers l’avant ne servent guère à la locomotion mais permettent de grimper sur des supports, par exemple au moment de la ponte. Elles servent couramment à la capture des proies. Leur abdomen long et cylindrique est coloré de vert, de jaune ou de brun sur fond sombre.
Les Aeshnidae se reproduisent principalement dans les eaux humides comme des marais ou des étangs.
Ces libellules ont un vol puissant ce qui leur permet de s’éloigner fréquemment des milieux aquatiques.
Ils ont un comportement de patrouilleurs et non de percheurs, comme d’autres libellules qui s’installent longuement sur de petits promontoires.

Identification :
L’Æschne printanière est comme son nom l’indique une libellule très précoce : on la rencontre déjà en mars /avril .
Son thorax brun est nettement duveteux/poilu, avec des bandes thoraciques vert vif chez le mâle, jaunâtre chez la femelle ; ses yeux sont souvent bleu frappant chez le mâle à bleu verdâtre à maturité, b
run à bleu lavé chez la femelle
Son abdomen plus court et trapu
que chez les Aeshnes classiques, présente chez le mâle des taches bleues sur fond noir. Chez la femelle, ces motifs sont jaunes, verdâtres avec un contraste plus doux.
Le deuxième segment abdominal porte des expansions latérales visibles dénommées oreillettes. Elles créent un effet de resserrement visuel du 3ème segment.
En regardant attentivement il est possible de remarquer une tache claire en forme de triangle sur le premier segment de l’abdomen.
Les ailes sont hyalines avec un ptérostigma fin et allongé. C’est la petite tache
sombre du bord des ailes.
La forte densité de poils forme un isolant. Sa couleur sombre (mélanisme thermique ), absorbe mieux la chaleur des rayons solaires. Ce sont deux adaptations de résistance au froid rencontrées chez d’autres insectes.

Points remarquables de l'Aeschne printanière, Petite æschne velue (Brachytron pratense)

Période de vol : mars à juillet : c’est la première aeshne de l’année à voler  !
Durée de vie de l’imago :6 à 8 semaines

Taille totale : longueur 54-63 mm pour une envergure des ailes de 70-80 mm

Biologie :
L’Æschne printanière passe 1 à 2 ans au stade larvaire dans les sédiments du fond de l'eau (ceci dans les climats doux, plutôt 2 à 3 ans chez nous ).
Le développement des larves aquatiques est très dépendant de la température de l’eau. Un seuil de 10 à 12 degrés est minimal pour le développement de la plupart des espèces.
L’hiver marque une pause nette (diapause) dans la croissance des larves.
Les larves de notre libellule s’adaptent facilement et peuvent vivre et se développer dans des eaux stagnantes.

La larve des æschnes a depuis longtemps inventé la catapulte intégrée :
Dans l'eau, ces larves sont des prédateurs et leur organe le plus efficace pour ce mode de vie est leur « masque de piégeage » typique des Anisoptères.
C’est un organe naturel fascinant : repliée sous la tête au repos, la bouche ( le labium ) a été transformée en un organe allongé et articulé qui fonctionne comme un bras préhenseur pour capturer une proie à distance  
L’ensemble se
déclenche comme une catapulte guidée par des yeux très efficaces.
Une phase d’armement emmagasine de l’énergie musculaire. Le déverrouillage et l’extension ultrarapide du masque assurent une capture instantanée de la proie.

Masque de libellule -Photo Simon Boudreault Québec


A l’extrémité, des appendices dentés accrochent la proie portée rapidement aux mandibules broyeuses.
Les larves des libellules se nourrissent d'autres larves d'insectes, mais aussi de petits vertébrés comme des têtards, des petits crustacés, des vers présents dans leur habitat…

La larve est très velue (soies) et atteint en fin de cycle une longueur de 25 à 30 mm.
Ces soies lui permettent de se camoufler en retenant les particules de vase et autres débris, l’aidant ainsi à échapper à ses prédateurs. Ils sont également des organes sensoriels très sensibles par lesquels elle peut détecter les mouvements et oscillations d’une proie qui s’approche.
Elle est munie aussi d’antennes courtes et filiformes, excellents organes tactiles et sensoriels qui lui permettent de « goûter «  l’eau, ressentir les micromouvements de l’onde et s’orienter dans l’enchevêtrement des racines de son milieu aquatique où elle passe la majeure partie de sa vie.
 Bref, de véritables radars pour surveiller son environnement  !



 

Métamorphose :
La larve après éclosion suit une succession de 11 mues dans l'eau jusqu’à l'émergence.
Ce dernier stade est celui de la sortie à l'air de l’insecte parfait ou "imago".

Il a lieu de début avril à juin.

Mue imaginale, un moment délicat
Le durée de la dernière mue dite imaginale
 (du mot imago),  est de plusieurs heures.
La libellule doit laisser durcir à l’air son squelette externe mou
Elle est à ce moment très vulnérable. Tout contact avec un végétal (par le vent), un prédateur ou un humain compromet sa survie, par exemple par atteinte et malformation des ailes.
Sur nos photos, il apparaît ce qui pourrait être le résultat d’un tel contact avec un végétal ou un animal. Une des ailes est malformée et handicapera cet insecte pour son vol et sa reproduction.

Le vol imaginal s'effectue après la fin de l'émergence et dure moins d'une heure.
Les jeunes imagos quittent le plan ou cours d'eau de naissance pour la phase dite de « maturation ».
Cette phase s’étend sur plus d’1 semaine. Il est alors possible d'observer facilement les jeunes immatures chasser au vol mouches et moustiques, principale nourriture des libellules.

Passée cette période de maturation, les imagos des deux sexes se rejoignent aux points d'eau. Les mâles volent très rapidement. Ceux de l’Æschne printanière sont peu territoriaux comparés à d’autres
æschnes.
De « sang froid « ( ectotherme ) cette
æschne ne vole que par temps chaud et ensoleillé. S’il fait froid elle volera une demi-heure au plus.

Quand une femelle arrive sur son territoire, elle est capturée par le mâle et le transfert de sperme s'effectue en cœur copulatoire, pratique unique de copulation des libellules.
Après l'accouplement, souvent pratiqué en vol ou accroché à la végétation, la femelle pond ses œufs dans les débris flottants de grandes plantes, roseaux ou potamots.

Les adultes ne vivent pas longtemps après leur reproduction, la durée de vie de l’imago étant de 6 à 8 semaines

Les larves vont éclore des œufs après un mois et le cycle recommence avec un stade larvaire de 2 à 3 ans dans l'eau.

Écologie et habitat 
L’Æschne printanière aime les eaux stagnantes, ou à faible courant, les endroits ensoleillés à la riche végétation aquatique : roseaux, massettes, carex.
Elle aime les bords d’eaux calmes comme les mares, plans d’eau artificiels, anciennes carrières ou bras morts de rivières entourés d’arbres car elle chasse à leur cime et y passe la nuit.

Les régions bocagères à réseau hydrographique dense sont idéales pour elle.

Particularités : elle vole en zigzags en rasant la surface de l’eau et se perche assez fréquemment contrairement aux autres aeschnes.


Elle est présente en Europe jusqu’au Sud de la Scandinavie et s’aventure jusqu’à l’Oural .On peut la trouver jusqu’à 1400 m d’altitude.
Depuis 1960,son domaine remonte de plusieurs km chaque année vers le Nord.

Confusion elle se distingue des autres libellules par sa précocité et différents éléments d’apparence
Si vous voyez patrouiller en avril / mai, une libellule bleue et noire  ou dorée en même temps,  courte et trapue au thorax velu,
Bingo  ! c’est l’Aeschne printanière  !


Statut et protection :
L’Æschne printanière est une espèce classée LC : préoccupation mineure dans tout notre pays et non protégée par la loi.
Leur population diminue fortement ces dernières années.
Elle est classée espèce Znieff en région Hauts-de-France
NB : les statuts Znieff des autres régions ne sont pas accessibles en ce moment par suite du défaut du site de référence INPN en réparation depuis 8 mois.

Cette espèce n’aime pas les eaux riches en azote. Elle est sensible à la pollution des eaux et disparait si elle est polluée.
Toutes les espèces des milieux humides sont en grave danger : ces étendues de zones humides ayant énormément régressé et régressent encore.


 

Textes Martine Devondel et Roland Gissinger (Anab), photos Roland, détermination des espèces Martine.



 

Bibliographie :

Pour revenir aux bases sur les libellules, consultez nos articles pédagogiques sur la biologie et la protection de ces insectes magiques :

Les Libellules Episode 1/4 : leurs habitats et cycle de vie aquatique
Libellules  Episode 2/4      Cycle de Vie Terrestre
Libellules  Episode 3/4   -Méthodes d'Observation  et d'Identification des espèces
Libellules  Episode 4/4     -Protection, Conservation des Zones Humides

 

-Photo-Guide des Libellules de France, Belgique, Luxembourg et Suisse  de Dirk Pape-Lange
-Guide des libellules de France et d'Europe. K.-D.B. Dijkstra, Delachaux et Niestlé, Paris, 2007
-
Cahier d'Identification des Libellules de France, Belgique, Luxembourg et Suisse. Grand D., Boudot J.-P., Doucet G., Biotope, Mèze, 2014
-Die Libellen Europas. H. Wildermuth,A. Martens, Quelle&Meyer, Wiebelsheim 2019

 

Webographie :
1/https://www.libellen.tv/

2/ Thermoregulation and Adaptation to Temperature in Dragonflies (Odonata: Anisoptera) Michael L May Dec 1976

3/ Tanaka & Hisada (1980s–1990s) travaux sur la cinématique du labium chez les Odonates.

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M
Très jolies photos, précises aussi qui permettent une bonne compréhension du texte. C'est pas évident, ça bouge vite ces insectes et j'en sais quelque chose. Merci
Répondre
A
Merci beaucoup Mireille de ton appréciation. Oui pas facile de trouver une bestiole qui veuille prendre la pose!<br /> Roland
T
Merci à vous, Martine et Roland, pour cette description fascinante et les magnifiques photos.<br /> <br /> Quiz de jeudi: l'apparence velue du thorax était pourtant bien évidente. Il aurait suffi de regarder de plus près 🙄
Répondre
A
Merci Toll d'avoir apprécié. de ton commentaire. Il faudrait que tu montres à Bern@rd comment reconnaître cette æschne. 👌<br /> Roland
B
Belles photos et texte complet. Merci Martine et Roland.<br /> De là, à la reconnaitre ! Vous dites, si vous regardez attentivement…. je veux bien si elle ne s'envole pas. 😊<br /> Pas dans mon livre "Les petites bêtes " de La Salamandre.
Répondre
A
Merci Bern@rd de ton commentaire. Ouvre l’œil et le bon 😜et nous sommes sûrs que tu feras la différence.<br /> Martine et Roland