La Grue cendrée (Grus grus)

Publié le 1 Mars 2026

La Grue cendrée (Grus grus)- Photos Guy Schneller (Anab)
La Grue cendrée (Grus grus)- Photos Guy Schneller (Anab)
La Grue cendrée (Grus grus)- Photos Guy Schneller (Anab)
La Grue cendrée (Grus grus)- Photos Guy Schneller (Anab)

La Grue cendrée (Grus grus)- Photos Guy Schneller (Anab)


La Grue cendrée est bien connue dans notre région avec ses groupes en forme de V, lors de ses vols de migration. La migration  a lieu en automne et le vol retour vers le Nord et l’Est a lieu en ce moment, fin d’hiver-printemps.
Roland

 

Nom scientifique : Grus grus  (Linnaeus, 1758)

Origine du  nom: vient du saxon « brennan » qui veut dire « brûler, brûlé», en raison de son cou noir.

Nom allemand : Kranic, Grauer Kranich
Nom anglais : common crane, Eurasian crane

Observation: le 22 février  à Sarre-Union  (Bas-Rhin 67)

Famille :c’est celle  des Gruidae, une toute petite famille d’oiseaux avec 4 genres déclinés en 15 espèces.
Ils ont de très longues pattes, un long cou et un long bec.
Ce sont des oiseaux sociaux qui effectuent des danses complexes pour communiquer et se reproduire. . Leur chant caractéristique est dénommé « trompette » ; il est lié à la forme de trachée respiratoire, très longue, 1 m à 1.3 m chez la Grue cendrée et enroulée dans le cou qui amplifie le son. La plupart de ces espèces sont migratrices et vivent dans des zones humides.
Ils comptent parmi les oiseaux les plus menacés car leurs  habitats naturels ont fortement diminué avec le drainage des terres agricoles et le développement urbain.

Dimensions et poids : La longueur de cette grue est de  110 à 130 cm, et son envergure atteint 220 à 240 cm. Son poids varie de  4 à 6 kg, les mâles étant légèrement plus lourds (de 5 à 7 kg).

Longévité : 12 ans maximum dans la nature, mais jusqu’à 40 ans en captivité.

Description : mâles et femelles sont identiques d’aspect. Le plumage est gris clair sauf la queue, le cou et la tête qui sont très foncés à noir. Une longue bande blanche verticale descend de chaque côté des yeux le long du cou. La tête est marquée d’une petite calotte rouge visible seulement de près. Son bec long et pointu ressemble à une dague de 10 cm.. Les pattes sont noires.
Particularité unique, les deux yeux peuvent avoir des couleurs différentes, jaunes ou rouges.

Chant : Le chant des grues est appelé « trompette » pour sa puissance et sa résonnance. Le « grou » des vols de migration est audible à 4 km. Le chant de la grue est très varié,  sa sonorité et sa longueur sont adaptées à la vie sociale très riche de cette espèce, appel, reproduction, alerte, décollage….

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La Grue cendrée (Grus grus)- Photos Guy Schneller (Anab)
La Grue cendrée (Grus grus)- Photos Guy Schneller (Anab)
La Grue cendrée (Grus grus)- Photos Guy Schneller (Anab)
La Grue cendrée (Grus grus)- Photos Guy Schneller (Anab)

La Grue cendrée (Grus grus)- Photos Guy Schneller (Anab)

Vol: avant l’envol les grues étirent leur tête 10 à 20 secondes dans la direction à prendre. Après quelques mouvements en arcs de cercle, elles courent et prennent leur envol. Le vol est puissant une fois dans les airs, et atteint 45 à 65 km/h avec des records à 90 km/h. La grue peut voler 2000 km sans escale, bien que des étapes de 20 ou 100 km soient bien plus fréquentes.

Habitat: Durant la nuit, la Grue se réfugie sur  les plans d’eau moyens à grands. Elle est ainsi à l’abri de ses prédateurs.
La journée, elle s’envole vers ses lieux d’alimentation qui sont toujours situés à proximité.
La Grue cendrée niche en Europe du Nord et Asie du Nord-Est. On la rencontre principalement en Scandinavie et dans les états baltes, mais aussi dans les régions proches de l’ Himalaya.
Les oiseaux les plus au Nord migrent en automne vers le centre et le Sud. Ils adoptent une formation en V pour économiser de l’énergie durant leur vol.

Nourriture : en été elle se nourrit de plantes aquatiques et de celles poussant sur les bords des étendues d’eau, ainsi que de mollusques et vers. La Grue cendrée se nourrit aussi de petits rongeurs, de reptiles, de grenouilles et de poissons. En hiver elle se contente de restes de culture de maïs, blé, avoine mais aussi de baies, olives, légumes, pommes de terre, racines et tiges de plantes.

Reproduction : de mars à avril.
Les grues sont adultes vers 3 à 5 ans. La danse nuptiale a lieu toute l’année mais surtout au printemps. Le rituel est complexe et initié par une course, les ailes déployées accompagnée de cris. Les partenaires sautent, font des pirouettes, jettent des touffes herbes en l’air. La tache rouge sur la calotte semble aussi jouer un rôle puisqu’elle peut gonfler dans les moments d’excitation. Au final, pour marquer son accord, la femelle s’incline et émet des cris spécifiques. Ils chantent ensuite en duo puis lissent leurs plumes. Ce  chant se répétera pendant l’incubation et au-delà. Le couple formé restera uni pour la vie. Les chercheurs ont remarqué par l’analyse génétique des couvées que l’union reste souvent apparente (sociale)  mais pas réelle. La zone de vie s’étend sur  environ 120 hectares (de 2 à 500 hectares) selon l’abondance de nourriture.
Les grues défendent leur territoire contre un intrus de la même espèce.  Elles se font face et se menacent avec leurs becs, puis échangent de brèves attaques. Le plus faible bat en retraite, et le conflit s’arrête là dans la majorité des cas.

Nidification :
Les forêts et bords des lacs sont privilégiés pour établir un nid.
Le nid est situé sur l’eau pour une bonne protection. Pour cette raison les grues n’établissent pas de nid si la profondeur de l’eau est de moins de 60 cm.
Elles ramènent des joncs et carex depuis les berges pour construire une vaste structure de plus de 90 cm dépassant l’eau de 10 à 20 cm.
Ce nid très lourd s’enfoncera dans l’eau et sera entretenu en permanence même pendant la croissance des jeunes.
La femelle se couvre de boue pour se camoufler et pond 2 œufs. Elle les couve à tour de rôle avec son partenaire pendant 4 à 5 semaines. Les œufs pèsent environ 180 grammes chacun. Pendant les relais, le partenaire absent rapportera des végétaux pour consolider le nid.
L’échec de développement des œufs atteint 30% en moyenne. Si par malchance le niveau de l’eau vient à baisser et que le nid se retrouve à sec ou en eau peu profonde,  les œufs deviennent vulnérables : les prédateurs peuvent alors s’en emparer provoquant de lourdes pertes.
Point unique : en fin d’incubation, la grue aide le poussin à sortir de son œuf en donnant un petit coup de patte pour briser la coquille restante.
Dès leur éclosion, les poussins seront nourris avec des aliments protéinés comme des vers, des insectes, des mollusques…Ils sont capables de nager dès leur naissance et de courir 24 heures plus tard.
Les jeunes ont un plumage identique aux adultes sauf les plumes de queue. Ils peuvent voler après 9 à 10 semaines et atteignent presque la taille adulte.

Vie en société :
Les grues sans partenaire se rassemblent en communauté pendant que les couples élèvent leurs jeunes. En fin d’été, toutes les grues se regroupent avec leurs congénères formant alors d’immenses  troupes pouvant atteindre plusieurs milliers d’individus.


Migration
La Grue cendrée migre vers le Sud et l’Est en hiver car elle ne peut pas se nourrir dans les lacs gelés de l’Europe du Nord. Habituellement, elle hivernait en Espagne et Afrique du Nord. Depuis une vingtaine d’années elle hiverne aussi dans notre pays. Elle hiverne en Lorraine, au Lac de Der avec un record de 268120 individus comptés par la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux) ainsi que sur la Côte Atlantique, le Val de Loire et la Camargue.
Les vols s’effectuent en escadrilles typiques en forme de V ou en lignes diagonales pour profiter de l’effet d’aspiration, accompagnés des cris de trompette toutes les 15 à 20 secondes. Ces oiseaux comme les autres planeurs utilisent les courants ascendants pour se déplacer à une altitude de vol variant de 200 à 1500 m.
Pour ce vol migratoire les grues font des réserves. Chaque jour elles ingurgitent 300 grammes de graines et insectes et passent les 2/3 de leur temps à la quête de nourriture.
Sur les lieux d’hivernage méridionaux, elles consomment également des glands de chêne vert et de chêne-liège. Elles sont attachées à des territoires spécifiques et le défendent contre les autres membres du groupe. Elles profitent des heures de lumière, dès l’aube et jusqu’au coucher du soleil pour se nourrir.
Le départ du vol retour aura lieu si les conditions de température et de vents porteurs sont réunies. Un ou deux jours avant, le groupe montre une grande agitation, annonçant le départ imminent. Elles chantent et dansent beaucoup. Les vols retours sont plus précoces depuis plusieurs années et ont lieu dès mi-février.

Confusion possible : non


Protection et prédateurs : 
La Grue cendrée bénéficie d’une protection légale totale en France depuis 1976 et en Europe. Il existerait 220 000 à 250 000 individus.
A cela s'ajoute le nombre d’individus présents en Asie n’est pas connu.
Cet oiseau est sensible à la grippe aviaire et 15 000 à 20 000  d’individus sont morts à l’automne dernier (2025).
Les prédateurs naturels des couvées sont les renards, les corbeaux, la Corneille noire et le Pygarge à queue blanche en Amérique.
 Les grues peuvent attaquer et faire fuir les renards, les sangliers, et même les cerfs qui s’approchent trop près des nids.


Article illustré par les superbes photos de notre collègue photographe de l’Anab, Guy Schneller.



Texte  Roland Gissinger, relecture Bernard Weinzaepflen (Anab)



Bibliographie :
https://de.wikipedia.org/wiki/Kranich

 

Rédigé par ANAB

Publié dans #Oiseaux, #Biodiversité de notre région

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B
Peut-être que le nid flotte et monte avec le niveau de l'eau ?
Répondre
A
Bern@rd d'après les ornithologistes, ce nid est trop lourd pour flotter.<br /> les grues doivent le consolider en permanence le temps des couvées;<br /> Roland
T
Merci pour ce bel article, et pour les magnifiques photos de Guy.<br /> Une question: que se passe-t-il en cas d'inondations?
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A
Il existe un article qui documente le sujet "que font les grues en cas d'inondation"<br /> <br /> https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/27345214/ (jun 2016 Soriano-Redondo ) <br /> <br /> <br /> L'analyse par les spécialistes montre que :<br /> -les grues, restreignent leur zone d'alimentation aux espaces non inondés,<br /> - sont obligées d'augmenter le temps consacré à la recherche de nourriture <br /> et par conséquent leur dépense énergétique<br /> Les grues vont dans certains cas déplacer leur zones de nichage vers les endroits aux eaux plus basses.<br /> <br /> Si le sinondations ne sont pas fréquentes les conséquences sont faibles.<br /> Si elles sont répétées la vie des grues peut être en danger ou tout simpplement, , l'oiseau quitte la région pour un endroit aux fluctuations hydriques plus faibles<br /> Roland
A
merci Toll. A propos de ta bonne question, grue et inondation, je n'en connais pas la réponse. Il faudrait interroger des spécialistes de cet oiseau<br /> Roland
B
Nils Holgersson a préféré voyager sur un jars, sans doute plus confortable. 😊
Répondre
A
🕊Voler comme un oiseau reste toujours un rêve<br /> Roland
T
Regarde l'arrière train de la bête, Bern@rd! La grue est sans doute plus confortable, et a probablement meilleur caractère. Le climat, bien sûr, c'est une autre histoire.