Le Royaume-Uni alerte : le déclin de la nature menace la sécurité du pays
Publié le 23 Février 2026
paru sur rtbf le 3février2026
C’est un rapport qui n’a pas fait grand bruit et qui pourtant détonne : un document de 14 pages publié officiellement par le Ministère britannique de l’Environnement, de l’Alimentation et des Affaires rurales conclut que le déclin et la dégradation des écosystèmes menacent directement la sécurité et la prospérité du Royaume-Uni en mettant "à l’épreuve la sécurité alimentaire" du pays. D’après la BBC, ce rapport a été élaboré par le Comité mixte du renseignement, qui supervise les services de sécurité (le MI5 et MI6).
Avec un niveau de confiance indiqué comme "élevé", ce rapport pointe surtout le fait que la dégradation globale des écosystèmes et leur effondrement menacent la sécurité nationale et la prospérité du Royaume-Uni. "Sans intervention majeure pour inverser la tendance actuelle, il est très probable que cela se poursuive jusqu’en 2050 et au-delà", pointe ce document, qui souligne l’impact de cette situation sur l’approvisionnement du pays en ressources alimentaires.
Sans une augmentation significative de la résilience du système alimentaire et de la chaîne d’approvisionnement au Royaume-Uni, il est peu probable que le pays soit en mesure de maintenir sa sécurité alimentaire si l’effondrement des écosystèmes entraîne une concurrence géopolitique pour l’accès à la nourriture.
Le rapport souligne cependant le fait que "tous les pays sont exposés aux risques d’effondrement des écosystèmes", au-delà des frontières.
Les conséquences systémiques
La perte de biodiversité est une menace globale, soulignent les auteurs de ce document, parmi lesquels, estime la BBC, figurent des membres des services de sécurité (MI5 et MI6) qui ont apporté leur contribution aux services gouvernementaux.
"La nature est un pilier de la sécurité nationale", pointe le rapport, car la perte de biodiversité a des conséquences globales sur l’approvisionnement en eau, en nourriture, en air pur et en ressources essentielles.
Mauvaises récoltes, catastrophes naturelles plus intenses et plus fréquentes, augmentation des épidémies et conflits, ces conséquences s’ajoutent à l’instabilité politique et à l’érosion de la prospérité économique mondiale. Car manquer de ressources naturelles ne fera qu’exacerber les conflits entre les acteurs qu’ils soient des États ou non et menacer la sécurité et la prospérité mondiale. Des risques systémiques que les scientifiques pointent depuis bien longtemps, mais exprimés cette fois par la voix gouvernementale au pays de Sa Majesté.
La dépendance alimentaire
Le document précise que le Royaume-Uni importe 40% de ses denrées alimentaires, dont un quart provient d’Europe. Le pays "n’est actuellement pas en mesure d’assurer son autosuffisance alimentaire", étant fortement dépendant des importations de fruits frais, de légumes et de sucre. Quant à l’élevage, il dépend aussi des importations de soja d’Amérique du Sud. Il n’y a d’ailleurs pas assez d’engrais produit localement pour améliorer les rendements.
Marc Dufrêne enseigne l’Écologie comme discipline scientifique à la Faculté de Gembloux Agro-Bio Tech de l’ULiège. Par transparence, on précisera qu’il n’est pas membre du parti Ecolo mais qu’il a accepté d’être un candidat d’ouverture aux dernières élections communales à Ottignies-Louvain-la Neuve. C’est un expert scientifique renommé en matière de biodiversité. Pour lui, "ce qui est surprenant, c’est le fait que ce soit acté comme un enjeu national, au même titre que le terrorisme. C’est une traduction claire de l’enjeu que représente la biodiversité à l’échelle mondiale, en disant que ça risque d’impacter non seulement l’Etat, mais les citoyens anglais, et donc aussi les citoyens européens. Il n’y a pas de raison que le Royaume-Uni soit plus vulnérable que le reste de l’Europe ou que tous les citoyens du monde. On est tous concernés par ces enjeux liés à l’extinction de la biodiversité et à l’effondrement du fonctionnement des écosystèmes."
D’après le quotidien britannique The Guardian et son chroniqueur George Monbiot, cette évaluation de la sécurité nationale concernant la perte de biodiversité et l’effondrement des écosystèmes aurait dû être publiée bien plus tôt, en octobre 2025, mais "ses conclusions étaient jugées 'trop négatives'", affirme-t-il dans sa chronique. Il cite un autre quotidien, le Times, qui a, lui, rapporté que le document finalement publié suite à une demande d’accès à l’information déposé par le groupe de réflexion écologique britannique Green Alliance, avait été considérablement "tronqué" en omettant les conclusions les plus alarmantes.
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