Pluie, crues, un temps pourri sauf pour certains poissons qui en profitent pour se reproduire

Publié le 24 Février 2026

Un tout jeune brochet dans une rivière de Moselle

Un tout jeune brochet dans une rivière de Moselle

paru sur franceinfo le 21/2/2026

Pluies incessantes, rivières en crue, là où les humains voient les ennuis et la menace, certains poissons eux y trouvent une aubaine pour se reproduire, comme le brochet en ce moment.

En Lorraine comme ailleurs en France, les pluies du moment gonflent les cours d’eau. Les habitants de plusieurs communes redoutent les crues. Pour les poissons, c’est une autre histoire. Johan Kusmiersky, responsable du pôle développement à la Fédération de la pêche de Moselle, bat en brèche quelques idées reçues. "Les pluies et les crues sont favorables à certaines espèces."

Le brochet en profite pour se reproduire

Espèce emblématique des rivières de plaine, des rivières de 2e catégorie comme la Saône, la Sarre, l'Orne en Moselle, le brochet semble profiter pleinement de ces épisodes. "Le brochet se reproduit de février à avril ", rappelle Johan Kusmiersky. C’est d’ailleurs pour cette raison que sa pêche est fermée "de fin janvier au dernier samedi du mois d’avril ".

La clé, c’est la température. "Chaque espèce a une température idéale pour pouvoir se reproduire et pour le brochet, c’est généralement une eau entre 6 et 12 degrés." Les crues, surtout quand l’eau déborde dans les champs, permettent au brochet d’accéder à des zones avec des végétaux immergés, mais des eaux peu profondes. "On appelle cela des zones calmes ou annexes hydrauliques. Les brochets vont aller y pondre car ils ont besoin du support des végétaux. " Sans ce phénomène, certains poissons ne pourraient pas se reproduire.

Un phénomène expliqué dans ce document de la Fédération de la pêche en Île-de-France : "Les migrations des brochets vers les zones d’inondation ont lieu plusieurs semaines avant la ponte. Les prairies inondées, riches en acides humiques (produits de dégradation des végétaux morts et contenus dans le sol), apparaissent comme des sites privilégiés. En général, ce sont les mâles qui occupent les zones de ponte en premier. Les hormones qu'ils dégagent attirent ensuite les femelles. Chaque femelle est entourée de 2 à 5 mâles. Dans des conditions normales, l'occupation des frayères est peu importante. Très souvent, les couples ou groupes de reproducteurs occupent une surface importante."

Des frayères artificielles

La main de l’Homme, pour éviter les inondations, a modifié les abords de ces rivières. "La Moselle est canalisée depuis de très nombreuses années. Le brochet a plus de mal à trouver des endroits pour déposer ses œufs." La Fédération de la pêche de Moselle a donc créé des frayères artificielles. "Il y a des constructions de sites qui permettent la reproduction du brochet et d’autres espèces."

Le brochet se reproduit de février à avril

Le brochet se reproduit de février à avril

Car pour que les œufs se développent, il faut du temps et de la chaleur. "Si l’eau est à 12 degrés, il faudra 10 jours pour que les œufs puissent éclore." Les œufs, puis les larves, sont installés sur les herbiers à l’abri des courants.

D’autres espèces en profitent aussi

Le brochet n’est pas seul à tirer parti des crues. "Cela concerne d’autres espèces : le chabot, la lotte de rivière, la truite." Mais leur période de reproduction et leurs habitats diffèrent : rivières de première catégorie, qui sont beaucoup plus oxygénées, etc.

Les crues, autoroutes temporaires pour poissons bloqués

Les pluies ouvrent aussi des passages. "Certaines espèces de poissons n’ont pas la possibilité de remonter ou de redescendre la rivière parce qu'il y a des obstacles au franchissement, des barrages, des zones hydroélectriques. Les fortes pluies et la montée de l'eau aident les poissons. Ils sont poussés par le débit et peuvent ainsi franchir les difficultés surtout quand il s'agit de descendre la rivière.

Sans ces épisodes, certaines populations de poisson finiraient isolées. "Il y a des risques de consanguinité et d'autres problématiques quand les poissons restent bloqués à un seul endroit. Le développement des populations de poisson peut être compromis." Là aussi, ce sont les eaux des crues et des pluies qui permettent de les disperser en les faisant voyager un peu.

Un cycle naturel, mais pas sans risques

Les crues ne sont pas toujours bénéfiques. Tout dépend de leur durée. "Si ces périodes de crue ne durent pas suffisamment, les œufs ne sont pas immergés assez longtemps, la fraie n’ira pas jusqu’au bout. C’est le risque. "

Les brochets peuvent même se retrouver piégés "dans les champs, dans des trous d’eau ". D’autres espèces, comme le gobie ou le goujon, sont plus vulnérables encore : " Ce sont des poissons de fond. Ils ne peuvent pas se déplacer dans les zones à courant. Ils vont être poussés loin de leur habitat. "

Malgré ces aléas, Johan Kusmiersky est philosophe : "Cela fait partie du cycle de vie de ces espèces" Les poissons s’adaptent. Certains carnassiers profitent de la désorientation des autres poissons pour les chasser. D’autres trouvent enfin des zones de reproduction. "Et c'est comme cela depuis très longtemps", conclut-il.

Les annexes hydrauliques de la Moselle -durée 24 minutes

Rédigé par ANAB

Publié dans #Biodiversité de notre région, #Protection animale

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Commenter cet article
B
Le malheur des uns fait le bonheur des autres !
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A
🙄
T
À quelque chose malheur est bon<br /> L’expression anglaise est plus jolie: “every cloud has a silver lining”
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A
Joli. Merci Toll😁<br /> Roland