La chute du faucon pèlerin dans les Vosges : à quoi ou à qui la faute ?

Publié le 23 Mars 2026

Le faucon pèlerin est l’animal le plus rapide : il peut atteindre une vitesse de 390 km/h en piqué.   Photo Christelle Didierjean

Le faucon pèlerin est l’animal le plus rapide : il peut atteindre une vitesse de 390 km/h en piqué. Photo Christelle Didierjean

Selon Sébastien Didier, coordinateur du pôle conservation à la LPO, le château de l’Ortenbourg, où niche fréquemment des faucons pèlerins, concentre de nombreux facteurs de dérangement : drone, randonnée, activités de restauration

Selon Sébastien Didier, coordinateur du pôle conservation à la LPO, le château de l’Ortenbourg, où niche fréquemment des faucons pèlerins, concentre de nombreux facteurs de dérangement : drone, randonnée, activités de restauration

paru sur l'alsace le 15/3/2026 et sélectionné par Bernard. Merci Bernard.


Après avoir repris du poil de la bête dans les années 1990 à 2010, l’animal le plus rapide du monde est en perte de vitesse en Alsace et dans le massif vosgien. Un faisceau de plusieurs causes semble aujourd’hui expliquer ce tassement alors que le rapace a trouvé un nouveau havre en plaine.

La tour de chimie à Strasbourg, le temple Saint-Étienne à Mulhouse, l’église d’Illkirch ou encore le château de l’Ortenbourg au-dessus de Scherwiller ont en commun d’avoir accueilli des faucons pèlerins ces dernières années. Manière d’illustrer le fait que, depuis 1999, l’espèce a recherché de nouvelles opportunités de nidification dans la plaine d’Alsace alors qu’elle est inféodée aux milieux de montagne.

 

Mais le massif vosgien étant plutôt chiche en falaises, les flèches des cathédrales alsaciennes ont pris le relais et lui ont fait de l’œil. Aujourd’hui, un quart des faucons pèlerins d’Alsace nichent en plaine. Mais cette population semble avoir atteint un plafond de verre.

Dans le massif vosgien, les naturalistes ont également décelé un plateau dans les années 2010, avant de constater un déclin prolongé du pèlerin, depuis une dizaine d’années - déclin qui ne se vérifie pas ailleurs, en France. Sans pour autant revenir à la situation des années 1970, lorsque le rapace était au bord de l’extinction. L’interdiction du DDT, un puissant insecticide, en 1972, puis la mise sous protection de l’oiseau en 1976 l’avaient remplumé et lui avaient donné la capacité de repartir à la conquête des falaises vosgiennes.

 
Habituellement très sensible au dérangement, le faucon pèlerin occupe aussi certains sites très dérangés. Peut-être une question d’habitude ?

Habituellement très sensible au dérangement, le faucon pèlerin occupe aussi certains sites très dérangés. Peut-être une question d’habitude ?

« En cas de gros dérangement, le faucon abandonne son nid »

En 2023, l’Alsace comptait 30 à 60 couples, il y a eu des années plus fastes. « Le faucon pèlerin a d’abord eu affaire à son unique prédateur, le hibou grand-duc. En progression dans les Vosges vers 2010, ce dernier a écrêté une partie de l’accroissement naturel de l’espèce en prédatant les jeunes avant leur envol », commente Sébastien Didier, coordinateur du pôle conservation à la LPO (Ligue de Protection des Oiseaux). Les années 2020 ont ensuite propagé une nouvelle plaie : la grippe aviaire. « En 2022, deux faucons pèlerins ont été infectés à Strasbourg. Mais en montagne, aucun cas n’a encore été décelé ». La famine aussi : le faucon pèlerin consommant exclusivement des oiseaux, il a forcément pâti de leur effondrement.

Mais le facteur le plus marquant reste certainement… humain. « C’est un rapace très farouche qui est parfois habitué au dérangement , comme en plaine, mais qui ne l’est généralement pas du tout, poursuit Sébastien Didier. Il arrive qu’un faucon qui nidifie s’enfuie après avoir vu quelqu’un à 300 mètres de distance, déjà. En cas de gros dérangement, la femelle abandonne son nid sans refaire de nouvelle ponte ensuite. Si cela se produit lorsque les jeunes ont déjà éclos, ils risquent de ne pas survivre voire d’être définitivement abandonnés. »

La quiétude se fait rare

La Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) vient très récemment de caractériser les pressions anthropiques sur les sites de reproduction vosgiens du faucon pèlerin : randonneurs, grimpeurs, drones, géocacheurs ou photographes sont autant d’empêcheurs potentiels. « Il apparaît que très peu de sites bénéficient de quiétude : plus de la moitié d’entre eux sont confrontés à une conjonction de plusieurs sources de dérangement potentielles. Un seul dérangement qui survient au mauvais moment peut faire échouer la nidification. » Des chartes ont été signées avec les fédérations de randonneurs et de grimpeurs, des chemins débalisés, des voies déclassées et des sites fermés pendant la période de nidification, entre février et juillet. En dépit de ces améliorations récentes, le nombre de jeunes à l’envol a plongé après 2020.

Ainsi, un tiers des 96 sites de nidification étudiés abritent des géocaches dans un rayon de moins de 300 mètres (il y en a 25 000 dans le massif vosgien). Sur un quart des sites, un sentier est balisé au pied de la falaise (et un sentier non balisé sur la moitié) : seul un dixième des sites n’est pas connecté à un sentier dans un rayon de 300 mètres. Au moins 12 % des sites de reproduction accueillent la pratique de l’escalade, qu’elle soit autorisée ou sauvage. Enfin trois quarts des sites abritent un belvédère ou un panorama, répertorié ou non, mais accessible. Dont de nombreux châteaux forts.

Autant de jalons de ce dérangement souvent fatal aux nichées, que ne contrebalance pas la mise sous protection des sites les plus courus par les faucons. Depuis 40 ans, Claude Kurtz , l’énergique président de l’association SOS Faucon pèlerin et lynx, milite pour cette protection. « Mais il suffit de peu pour qu’il y ait un échec total de la reproduction, comme ce qui a été observé en 2025 dans les Vosges centrales mosellanes », déplore-t-il. Il reconnaît toutefois un mieux, du moins tant que les aménageurs ne s’enhardissent pas à greffer via ferrata et tyroliennes, fossoyeurs reconnus du genre aviaire, sur les territoires sensibles.

Rédigé par ANAB

Publié dans #Oiseaux, #Biodiversité de notre région

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B
Les seules Tyroliennes sympathiques, sont les habitantes du Tyrol. 😊<br /> Le Tyrol a donné son nom à ce moyen de déplacement.
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T
Tout à fait d'accord avec toi, Bern@rd! 😁
T
Espérons le meilleur!<br /> Il est difficile d’imaginer que les férus de via ferrata et surtout de tyroliennes sachent vivre en harmonie avec la Nature. Dans la recherche perpétuelle de sensations fortes, c’est l’ego qui prime. La Nature est un parc d’attraction et un bien de consommation.
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A
Oui espérons Toll.<br /> Certains sont sans gêne ni intérêt pour la vie animale et végétale. Mais tous ne sont pas sans respect de la nature.<br /> Une vidéo est associée à cet article . Sébastien raconte, dans cet interview, avoir de bons contacts avec les alpinistes.<br /> Roland