La Renoncule peltée (Ranunculus peltatus)

Publié le 8 Mars 2026

La Renoncule peltée (Ranunculus peltatus)
La Renoncule peltée (Ranunculus peltatus)
La Renoncule peltée (Ranunculus peltatus)
La Renoncule peltée (Ranunculus peltatus)
La Renoncule peltée (Ranunculus peltatus)

La Renoncule peltée (Ranunculus peltatus)

Cette plante aquatique est rare chez nous. Sa découverte signifie que vous êtes en terrain acide et que l’eau est non polluée ou peu polluée.
Roland


Nom scientifique : Ranunculus peltatus Schrank, 1789
Synonyme : Ranunculus aquatilis var. peltatus (Schrank) DC.


Origine du nom : renoncule vient du mot latin "rana" c'est à dire "la grenouille", car de nombreuses renoncules poussent près de l’eau ou dans l’eau et les rivières, et de « culus », qui  est un  diminutif signifiant petit. Ranunculus signifie donc littéralement « petite grenouille ». A noter que certains sites et l’Atlas des plantes de Lorraine donne une étymologie en lien avec le mot  « colere » habiter, et donc signifierait «habitat de la grenouille ».
« peltatus » vient du latin « en forme de bouclier »


Autres noms communs :

Nom allemand et dialecte: Schild-Wasserhahnenfuß
Nom anglais : pond water-crowfoot

Date et lieu de l’observation : le 13 juin à Marsal (Moselle - 57)  et le 22 avril dans le Massif des Maures (Var - 83) 

Famille de plantes
: celle de l’anémone et du bouton d’or (Renonculacées). Cette famille contient 56 genres et plus de 2100 espèces dont plus de 600 pour le genre « Ranunculus » qui signifie la petite grenouille, type Bouton d’or. La plupart des plantes de cette famille sont toxiques car ils contiennent des alcaloïdes comme la proto-anémonine, une cardiotoxine. Certaines sont mortelles et portent bien leur nom comme l’Aconit tue-loup.
Ce sont pour l’essentiel des plantes herbacées avec de rares espèces ligneuses et plutôt réparties dans l’hémisphère Nord.
Les généticiens-botanistes les ont identifiées comme étant des plantes primitives en raison du grand nombre d’étamines disposées en hélice et de leurs carpelles libres.
Beaucoup de renonculacées ont une symétrie 5, avec des fleurs à 5 pétales et 5 sépales libres, mais leurs formes peuvent être très variées :
En apparence, il n’y pas grand-chose  de commun entre l’aconit et les anémones ou avec les hellébores et les clématites. Pourtant toutes ces plantes s’enchaînent dans leur histoire évolutive. Elles sont reliées les unes aux autres par des espèces intermédiaires. Un des rares points communs est l’embryon qui est petit avec un albumen charnu contenant les réserves.

 

Catégorie : plante aquatique vivace, ou annuelle. Elle est enracinée dans la vase mais son système racinaire est faible comparé à sa biomasse totale.
Elle n’a pas vraiment besoin de ses racines.
Cette plante a de plus grosses racines en automne et hiver. Les autres saisons elle est moins compacte, bien plus allongée et les racines sont moins importantes. (4)


Longueur : 10 à 100 cm (et jusqu’à 3 mètres), en hauteur ne dépasse pas  30 cm

Tige : glabre, non ramifiée. Elle est issue d’un rhizome.


Feuilles : elles sont de deux types, on parle alors de plante hétérophylle. Les fleurs de surface (3-5 cm) sont longuement pétiolées et de couleur vert gai. Elles sont arrondies, découpées en 3 à 7 lobes en coin crénelés par des dents plus larges que longues. Ces feuilles sont dédiées à la photosynthèse et donc à produire l’énergie, les sucres éléments de construction la matière végétale de la plante.  Les stipules, ces petites feuilles à la base du pétiole sont collées au pétiole sur une grande longueur.
Les feuilles immergées sont découpées en fins segments rigides et divergents. Ces feuilles sont avec leur grande surface adaptée aux échanges gazeux.
La longueur des feuilles est plus courte que celles des entre-nœuds. Cet aspect les distingue d’autres renoncules aquatiques aux segments mous à allure de pinceau et très longs.  


Floraison : avril à  août

La Renoncule peltée (Ranunculus peltatus) et sa répartition selon GBIF
La Renoncule peltée (Ranunculus peltatus) et sa répartition selon GBIF
La Renoncule peltée (Ranunculus peltatus) et sa répartition selon GBIF
La Renoncule peltée (Ranunculus peltatus) et sa répartition selon GBIF

La Renoncule peltée (Ranunculus peltatus) et sa répartition selon GBIF

Fleurs: fleurs blanches à symétrie radiale de 12 à 30 mm de diamètre et donc de taille  moyenne. Elles sont hermaphrodites et possèdent de nombreuses étamines (15 à 30)  et carpelles (jusqu’à 45) au centre. A noter qu’elles possèdent des glandes nectarifères à la base des pétales en forme de poire ou de croissant pour certaines sous-espèces. Elles ont des sépales de 3 à 6 mm rapidement caducs.
Le réceptacle floral est ovale, conique et finement velu.
Le pédoncule floral mesure plus de 5 cm. Il est plus long que le pétiole de la feuille opposée.


Pollinisation : cette fleur est pollinisée par de petites abeilles solitaires et petits coléoptères attirés par son cœur jaune flashy. Elle est capable de s’autopolliniser.

Confusion : très possible car il existe plusieurs renoncules aquatiques de couleur blanche. Selon son stade de floraison, Il est très difficile de distinguer cette espèce Ranunculus peltatus, d’autres renoncules aquatiques, comme Ranunuculus aquaticus et Ranucunculus penicillatus.

Habitat : cette Renoncule peltée est présente dans les rivières à cours lent ou bras morts, les lacs et les mares peu riches en éléments nutritifs.
C’est une plante demi-ombre et subcontinentale dans les terrains granitiques et gréseux, peu acides . On la trouve dans les eaux comprises entre 10 cm et 1 m de profondeur.
Son aire de répartition hors France va de l’Ecosse à la Scandinavie et jusqu’au Danube et jusqu’à 1400 m d’altitude. Il existe des populations en Asie Centrale et Nouvelle Zélande (néophyte).


Fruits : ses fruits ressemblent à ceux des « boutons d’or » classiques. Ce sont des akènes. Elle se multiplie aussi par bouturage, par fragmentation des tiges
ou d’autres parties de l’appareil végétatif.


Protection : la Renoncule peltée est sur la liste des espèces protégées  dans la région Nord-Pas-de-Calais. Elle est répartie sur tout le territoire mais considérée comme très rare ans certaines régions comme chez nous en Lorraine et Alsace.

Ecologie
cette plante est un abri pour les petits invertébrés aquatiques et pour la ponte de certains insectes. Elle stabilise les sédiments fins.
C’est une indicatrice d’eaux de bonne qualité. Si l’eau se trouble, elle disparait et reste pour cette raison rare.
Elle est appréciée des amateurs de jardins car très décorative dans de petits bassins.


Alimentation : aucun usage alimentaire. Toute cette plante est très toxique y compris les graines. Rappelez-vous, elle fait partie de la famille des Renonculacées. Cette famille comprend de nombreuses espèces de plantes à poison violent.

Médecine :

Plante toxique  à l’état frais
La sève de cette plante est très allergisante Elle provoque des rougeurs, des cloques et quelquefois des ulcères. Le pollen provoque des inflammations du nez, des yeux. En cas d’ingestion par les humains les effets vont des vomissements, diarrhées, crampes jusqu’à une diminution du rythme cardiaque et une paralysie.
Principes actifs : des lactones toxiques, des renonculosides (3) comme la ranunculine qui  libère après hydrolyse des tanins, des saponines et de la protoanémonine (environ 0.05%). Cette dernière est issue de l’hydrolyse et de la déshydratation de la ranunculine.  Celle-ci a des propriétés vésicantes et allergisantes pour la peau.  Cette substante est secrétée par la plante pour se défendre du broutage par les animaux. A l’état sec, sous forme de foin ou plante séchée, cette substance se transforme en dimère d’anémonine inactive et presque inoffensive.

Les renoncules contiennent plus d’une cinquantaine de composants actifs : des flavonoïdes, des saponines, des coumarines, des stérols, des glycosides. Leurs activités séparées sont diverses : anti-inflammatoires, antibactériennes, antivirale, antioxydantes, cicatrisante.
Tous ces effets ont été obtenus par des tests in vitro au laboratoire sur les molécules purifiées. Il n’existe pour l’instant aucun médicament issu de cette plante.
A certaines doses elle a un pouvoir anti-inflammatoire selon des études anciennes (2).


Attention, cette plante est dangereuse. Toute utilisation doit être supervisée par un médecin ou pharmacien qualifié ou bannie. Tout dans cette plante est toxique ce qui explique pourquoi elle est délaissée par le bétail dans les prairies.


Texte et photos : Roland Gissinger (ANAB)



Bibliographie

Voir article index plantes
1/ Philogénie des renoncules
2 In vitro and in vivo effects of Ranunculus peltatus subsp. baudotii methanol extract on models of eicosanoid production and contact dermatitis 2008 Prieto,

3/The genus Ranunculus L. (Ranunculus) in Asia: a review of its botany, traditional uses, phytochemistry, pharmacology, toxicity, and pharmaceutical preparations Yun-Lei Dai ,June 2024
4/ Plasticité phénotypique et compétitivité chez les hydrophytes : étude expérimentale et de modélisation de Ranunculus peltatus Schrank 2003-  29March2018 Cendrine Garbey (231 pages

 

Autres renonculacées déjà décrites sur notre blog :
 

Aconit napel, Casque de Jupiter

Aconitum napellus

Ancolie vulgaire, Clochette

Aquilegia vulgaris

Anémone  des Alpes

Anemone alpina subsp. Alpina

Anémone hépatique, Hépatique à trois lobes

Anemone hepatica

Anémone pulsatille, Pulsatille commune

Anemone pulsatilla

Anémone Sylvie/sylvestre /des bois

Anemone nemorosa

Bouton d'or, Pied-de-coq

Ranunculus acris

Clématite des haies, Herbe aux gueux,  Clématite vigne blanche

Clematis vitalba

Éranthe d'hiver-Hellébore d'hiver

Eranthis hyemalis

Ficaire à bulbilles, Ficaire fausse renoncule

Ficaria verna

Hellébore fétide, Pied-de-griffon

Helleborus foetidus

Populage des marais, Sarbouillotte

Caltha palustris

Queue de souris naine, Ratoncule

Myosurus minimus

Renoncule à tête d'or, Renoncule Tête-d'or

Ranunculus auricomus

Renoncule âcre de Fries

Ranunculus acris subsp. Friesianus

Renoncule bulbeuse

Ranunculus bulbosus

Renoncule des champs, Chausse-trappe des blés

Ranunculus arvensis

Renoncule flammette, Petite douve, Flammule

Ranunculus flammula

Renoncule peltée

Ranunculus peltatus

Renoncule rampante

Ranunculus repens

Renoncule scélérate, Renoncule à feuilles de Cèleri, Mort aux Vaches

Ranunculus sceleratus

Trolle d’Europe

Trollius europaeus

 

 

Rédigé par ANAB

Publié dans #Fleurs blanches, #Biodiversité de notre région

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T
“Primitives” en raison de leur grand nombre d’étamines 🤔🤔.<br /> Merci pour cet article très instructif et les magnifiques photos.
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A
Merci Toll. <br /> Beaucoup d'étamines = beaucoup d'énergie dépensée par la plante pour les construire. Peu d'étamines, = peu d'énergie gaspillée grâce à une pollinisation plus efficace via les insectes et des signes ou systèmes attractifs pour les insectes, comme des nectaires, des pétales de couleur vive...
B
Pas facile, non plus cette famille.
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A
🧐😎