Le Psithyre sylvestre (Bombus sylvestris)

Publié le 22 Mars 2026

Le Psithyre sylvestre  (Bombus sylvestris)

Le Psithyre sylvestre (Bombus sylvestris)

Voici un bourdon qui n’élève pas d’ouvrières comme le font les vrais bourdons et les abeilles. Il contraint d’autres bourdons à l’élevage de ses larves. Ce Psithyre sylvestre est un parasite, « un bourdon coucou ».
Roland.


Nom scientifique : Bombus sylvestris (Lepeletier, 1832)
Anciens noms : Psithyrus sylvestris ou  P. norvegicus

Origine du nom  :
Vient du latin  « bombus » , « le bourdonnement » et du latin « sylvestris », « forestier, sylvestre, de la forêt ».

Nom Allemand: Wald-Kuckuckshummel
Nom anglais : forest cuckoo bumblebee or four-coloured cuckoo bee

Classification :  détails voir en fin d‘article.
Ce bourdon appartient à la famille des
Apidae (les « abeilles » ) qui  compte 5 800 espèces dans le Monde et 983 en France au tout dernier recensement de février 2025 (7).

Observation : le 4 juillet à Sarre-Union  (Bas-Rhin - 67).

Dimensions: les femelles mesurent 14 à 16 mm pour une envergure de 32 à 35 mm et sont légèrement plus grandes que les mâles (13 à 15 mm) dont l’envergure est de 27 à 30 mm.

Durée d’observation: d’avril à fin juillet.

Description: Son aspect est celui des bourdons qu’elle parasite avec un dimorphisme sexuel généralement marqué.
Sa coloration est noire avec une large bande transversale jaune derrière la tête et des bandes blanches de longs poils hirsutes à l’arrière de l’abdomen mais l’extrémité est noire. il apparait moins velu que les vrais bourdons, de type  Bombus. Les ailes sont plus sombres que celles des bourdons vrais.
La tête est arrondie, ne comporte pas de poils clairs et la trompe, l’organe suceur de nectar, est courte.
A souligner également que ce Psithyre n’a pas de scopa sur ses pattes, cette corbeille de ramassage de pollen, vous avez sans doute déjà compris pourquoi.  A noter qu’il émet en vol, un bourdonnement grave alors que son hôte, l’espèce parasitée, le Bourdon des prés, Bombus pascuorum, émet un bourdonnement aigu.


Nourriture:

Les adultes se nourrissent uniquement de nectar. Avec leur langue courte, ils  préfèrent les fleurs ouvertes, très accessibles. Les deux genres se trouvent souvent sur des knauties et scabieuses. Les femelles ont comme autre préférence les pissenlits, les brassicacées, les lamiers,  tandis que les mâles aiment les centaurées, les chardons, les ronces et framboisiers.
Le nectar des fleurs riche en sucres rapides est une source d’énergie analogue au carburant pour un avion. Il est suffisant pour voler, survivre, s’accoupler et rechercher les nids de Bombus. Ces bourdons parasites ne collectent pas le pollen, apport en protéines essentiel pour le développent des larves. Elles n’en ont pas besoin, leur mode de vie parasitaire ayant rendu cette fonction inutile. Dès lors la morphologie des adultes s’est adaptée au fil des temps avec la perte des soies collectrices (brosses et corbeilles à pollen).

Cycle biologique et activité: une  génération par an  (on dit ,espèce univoltine).

Le Psithyre sylvestre  (Bombus sp sylvestris) sur une Knautie des prés en compagnie d'un petit hyménoptère
Le Psithyre sylvestre  (Bombus sp sylvestris) sur une Knautie des prés en compagnie d'un petit hyménoptère
Le Psithyre sylvestre  (Bombus sp sylvestris) sur une Knautie des prés en compagnie d'un petit hyménoptère

Le Psithyre sylvestre (Bombus sp sylvestris) sur une Knautie des prés en compagnie d'un petit hyménoptère

Reproduction:
Le Psithyre sylvestre, un « bourdon  coucou », pratique un parasitisme comportemental reproductif et donc social : les femelles pondent leurs œufs dans le nid des abeilles-hôtes. Leurs larves sont ectoparasites au sens strict ( kleptein = voler, parasitos = qui vit au dépens de . Elles vivent aux dépends de l’abeille hôte en consommant ses provisions de pollen.
Les spécialistes parlent d’espèces inquilines (j’ai encore appris un nouveau mot).
Les espèces parasitées par le bourdon du jour sont
surtout le Bourdon des prés, Bombus pascuorum, mais aussi ceux de Bombus jonellus, Bombus hypnorum et Bombus monticola.

La femelle du Psithyre sylvestre sort de son hibernation au printemps. Elle est déjà fécondée et recherche immédiatement des colonies de bourdons avec ouvrières. Ce sont elles qui vont nourrir ses larves. Sa sortie d’hibernation est toujours plus tardive que celle des bourdons sociaux parasités. Ce n’est pas un hasard. Son réveil est synchrone avec la pleine activité des colonies de bourdons parasitées.
Trop tôt la reine parasitée, par exemple, celle du Bourdon des prés, n’aurait pas encore pondu et élevé des ouvrières.  La femelle repère à vue les bourdons, ou avec ses nombreux poils sensoriels l’odeur du couvain et celle des réserves de pollen. Elle s’introduit dans une colonie par effraction et tue la reine bourdon parasitée ou la soumet.

La femelle de ce bourdon a une armure et une arme puissante :
Pour perpétrer son forfait la psithyre est équipée d’un dard plus efficace (1) que celui de la paisible reine Bourdon des prés. Sa cuticule, son armure, est également bien mieux renforcée et résiste aux tentatives d’attaque avec un dard.

Le Psithyre pratique l’attaque chimique en utilisant le mimétisme chimique
Après son entrée, la pondeuse parasite va s’imbiber de l’odeur du nid. Elle se frotte aux parois. Elle reste à la périphérie du couvain sans agressivité puis se rapproche peu à peu pour prendre l’odeur des ouvrières.. Elle est aussi capable de secréter les signes spécifiques de reconnaissance propres à l’espèce. Ce sont des composants de la surface (4) de la cuticule, des hydrocarbones cuticulaires ou CHCs. Pour cette raison, un bourdon parasite aura une préférence (acquise après des milliers d’année d’évolution commune), pour un hôte déterminé comme ici le Bourdon des prés. Il va copier chimiquement ses odeurs. Il lui serait bien plus difficile de copier les odeurs spécifiques de plusieurs espèces de bourdons.

Il utilise si nécessaire un arsenal de substances répulsives
Les mâles et ouvrières quand ils émergent de leur métamorphose naissent sans substances de reconnaissance. Il s’agit d’une stratégie « d’insignifiance chimique » qui ne déclenche aucune réaction agressive des nourrices-gardiennes de la colonie parasitée.
Les mâles n’ont pas de dard pour se défendre. Assez rapidement ils vont produire des phéromones sexuelles, spécifiques à leur espèce qui elles sont facilement reconnues comme « étrangères » par les bourdons sociaux. Patrick Lhomme (6) a trouvé des substances répulsives sur la tête des bourdons d’une espèce voisine (Bombus terrestris). Avec leurs odeurs étrangères de mâles matures, la sécrétion de ces substances leur permet de tenir à distance les ouvrières parasitées.

Les femelles de leur côté, produisent des substances qui induisent des comportements paisibles des ouvrières-gardiennes, on parle d’allomones.

Le développement de la colonie est entravé :
Sur des bourdons parasites, des chercheurs (6) ont montré qu'ils peuvent empêcher le développement des ovaires des ouvrières du nid infesté et donc la ponte de nouveaux individus ; Dans certains cas, les parasites tuent les ouvrières aux ovaires trop développés. La concurrence est éliminée...

Dans le nid, les ouvrières vont élever les œufs du parasite comme les œufs de leur reine. La
Psithyre va aussi manger ou détruire les œufs des bourdons sociaux.  Au bout de quelques semaines ses adultes vont éclore, les mâles toujours en premier. Il est à noter que dans certaines colonies, des œufs des deux espèces peuvent survivre selon des comportements différents, des parasites et des hôtes et propres à chaque colonie.
Des bourdons, comme Bombus hypnorum, le Bourdon des arbres, sont génétiquement, plus agressifs et défendent âprement leur nid contre ce bourdon et d’autres intrus.

Reproduction
Les adultes du
Psithyre vont se reproduire au cours d’un vol nuptial. Les mâles vont mourir quelques jours après tandis que les femelles, fécondées, les spermatozoïdes à l’abri dans leur spermathèque, vont chercher un abri sous terre pour hiberner jusqu’au printemps suivant.

Habitat: lisières forestières, vergers, prairies dans toute la France.
Ce bourdon est présent dans toute l’ Europe jusqu’en Sibérie sauf dans le Grand Nord. Il est plutôt montagnard dans les régions du Sud.

Prédateurs et dangers pour ce bourdon:

Au nid, certains prédateurs sont des parasitoïdes des nids comme les mouches conopides. Des champignons pathogènes infectent également ces larves dans les endroits humides.
Au stade adulte, les bourdons  sont exposés à la férocité d’insectes comme  les mouches asilidae, les mantes religieuses et des araignées, les Thomisidae ( araignées- crabes ) ou des Araneidae (araignées -orbitèles). Les oiseaux aussi sont des prédateurs tels les guêpiers, les Pie-grièches. Bien sûr, sont très impactants, les pesticides de l’agriculture intensive. Ils tuent directement ou indirectement les insectes. Les néo-nicotinoïdes produisent chez les hyménoptères les mêmes effets dévastateurs que chez les abeilles à miel domestiques.

Statut de protection : espèce commune non protégée par la loi.


Photos et texte Roland Gissinger (ANAB)
Détermination sur les photos: Martine
- attention identification de certaines photos sous réserve, tous les détails nécessaires n’étant pas visible

1/ Cuckoo bumblebee chemical weapons  Aug 2010 Africa Gomez

2/ Social parasitism in bumble bees (Hymenoptera, Apidae): observations of Psithyrus sylvestris in Bombus pratorum nests G. Küpper apidologie 26  1995
3/ Internet images reveal bumblebee-mimicking hoverflies follow models in preferring blue flowers, but retain the typical hoverfly attraction to yellow James D J Gilbert Nov 2025

4/Specialist Bombus vestalis and generalist Bombus bohemicus use different odour cues to find their host Bombus terrestris  Kirsten Kreuter Au 2010

5/Bumblebee inquilinism in Bombus (Fernaldaepsithyrus) sylvestris (Hymenoptera, Apidae): behavioural and chemical analyses of host-parasite interactions  Stéphanie Dronnet Apidologie 36 -2005
6/Born in an Alien Nest : How Do Social Parasite Male Offspring Escape from Host Aggression Patrick Lhomme sep 2012
7/ Mise à jour de la liste des abeilles de France métropolitaine (Hymenoptera : Apocrita : Apoidea)- Lise Ropars fev 2025



Classification :  Le Psithyre sylvestre  fait partie de l’ordre des Hyménoptères, 156 000 espèces dans le Monde  (abeilles, guêpes, fourmis…) !
Pour rappel, l’ordre des  Hyménoptères comprend  des insectes ayant 2 paires d’ailes membraneuses et des  pièces buccales de type broyeur-suceur. Ils  seraient environ 130 000 espèces sur notre planète dont 8000 en France.
Ce sont des insectes à métamorphose complète comme les coléoptères et les papillons. Ils ont par conséquence des stades larvaires et un stade nymphal morphologiquement et biologiquement différents du stade adulte.
Les adultes (imago) se distinguent par leurs pièces buccales broyeuses-lécheuses et leurs 2 paires d’ailes membraneuses, sans écailles. Ces 2 paires d’ailes se différencient nettement par leur taille. L’aile antérieure, plus grande est rabattue en une gouttière sur son bord postérieur où vient s’engager une série de petits crochets (hamules) situés sur le bord antérieur de l‘aile postérieure couplant ainsi les 2 ailes en vol. 

A remarquer, le cas des fourmis également classées parmi les hyménoptères. Dans cette famille, toutes les fourmis ailées sont des reines et des mâles qui s’accouplent la plupart du temps hors de la fourmilière. Une fois fécondée et à l’abri, la reine arrache ou coupe ses ailes devenues gênantes.
Parmi les pièces buccales des abeilles, les mandibules n’ont qu’une importance secondaire pour l’alimentation mais sont utilisées pour le ramassage du pollen, le nettoyage des pattes, le malaxage de la cire et  la confection du nid (chez les abeilles non cleptoparasites).
D’autres pièces buccales ( le labium et les maxilles ) forment un tube lécheur- suceur permettant l’alimentation mais de type liquide uniquement.
Du point de vue génétique, l’hyménoptère  femelle pond 2 types d’œufs : des œufs à 2n chromosomes issus de la fécondation de l’ovule par un spermatozoïde, qui donneront des femelles et des œufs à n chromosomes issus d’ovules non fécondés qui donneront des mâles.
C’est la femelle qui choisit si l’ovule sera fécondé ou non.  C'est en déclenchant l'ouverture du couvercle de la spermathèque qu'elle permet l'arrivée de spermatozoïdes pour féconder un œuf.  Si elle ne déclenche pas l'ouverture, l'œuf non fécondé donnera naissance à un insecte mâle.


 

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Commenter cet article
T
Merci pour cet article très instructif et les belles photos (même si, pour Martine, tous les détails nécessaires ne sont pas visibles)<br /> La bestiole est carrément antipathique. <br /> En vérité, son comportement nous renvoie au parasitisme chez les humains. <br /> Si la préférence de ces bestioles est acquise après des milliers d’année d’évolution commune, il doit en être de même chez les humains. <br /> Si le comportement parasitique du petit nombre d'ultra-riches qui gouvernement ce monde est légitime, force est de se demander à partir de quel moment le parasitisme entre dans le domaine de la criminalité.<br /> <br /> Hors-sujet? Peut-être, mais c'est ce qu'évoque en moi cette bestiole parasite.
Répondre
A
Merci Toll de ton commentaire que je rejoints.<br /> <br /> Le parasitisme comme tu le décris chez les humains, existe au moins depuis l'homme préhistorique puisque l'on a retrouvé des écrits avec mention d'esclaves en Mésopotamie à Uruk datant de plus de 5000 ans . <br /> Des tombes du Néolithique, -4000av JC comportent des squelettes indiquant une usure intensive liée au travail forcé.<br /> La pratique du parasitisme va sans doute plus loin mais il devient difficile de trouver des preuves. C'est une trace d'animalité.<br /> <br /> Ce qui serait humain et de notre temps, ce serait justement d'avoir des rapports équilibrés entre tous et non des rapports de domination ou de parasitisme.<br /> Roland