Les pollens des arbres et les allergies en ville
Publié le 31 Mars 2026
Paru sur MNHN le 25/2/2026 et transmis par Christian. Merci Christian.
Dès le mois de février dans nos régions tempérées, avec l’augmentation de la durée du jour, les premiers arbres commencent à développer leurs inflorescences et à produire du pollen, ce qui marque le début des risques d’allergies pour les personnes sensibles. Quelles espèces d’arbres ont des pollens particulièrement allergisants, et pourquoi certaines personnes souffrent-elles du fameux « rhume des foins » ?
Les arbres procurent de nombreux services écosystémiques qui sont largement appréciés par les habitants des villes, que ce soit la qualité et le rafraîchissement de l’air, la biodiversité ou, de manière plus générale, notre bien-être. Mais les arbres peuvent également être, par rapport aux activités humaines, à l’origine de contraintes, de risques et d’impacts négatifs, qui sont parfois identifiés comme des « desservices ». Parmi ceux-ci, les grains de pollen comme éléments allergènes ou allergisants constituent certainement la nuisance la plus importante des arbres pour les populations citadines.
Que sont les grains de pollen ?
Les grains de pollen sont les organes mâles de la reproduction des plantes. Ils jouent donc un rôle essentiel dans leur reproduction sexuée. La plupart des espèces d’arbres des régions tempérées sont monoïques, c’est-à-dire que les organes mâles et femelles sont portés par les mêmes individus. C’est le cas des tilleuls, des chênes, du hêtre, du charme, des bouleaux, des platanes, des micocouliers, de la plupart des conifères… Seul un petit nombre d’espèces d’arbres sont dioïques, c’est-à-dire que les fleurs mâles et femelles sont portées par des individus différents. C’est le cas d’espèces comme les saules, les peupliers, le ginkgo, l’if, le houx, le chicot du Canada, l’érable rouge, l’érable negundo, etc. Certaines espèces, comme l’érable plane et le frêne commun, peuvent même être monoïques ou dioïques selon les individus.
Les grains de pollen peuvent être disséminés et assurer la fécondation des plantes de diverses manières, en particulier par :
- le vent (anémogamie),
- l’eau (hydrogamie),
- les animaux (zoogamie), surtout les insectes dans nos régions.
En ville, ce sont les arbres pollinisés par le vent, produisant un pollen léger et en grande quantité qui constituent la cause principale des allergies saisonnières.
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Pourquoi certains pollens d’arbres sont-ils allergisants ?
En France, on considère qu’un Français sur trois souffre d’allergies au pollen. Les symptômes les plus courants sont la rhinite et la conjonctivite ainsi que la toux et l’asthme, mais d’autres parties du corps comme la peau ou les yeux peuvent également être affectées. En effet, lorsqu’ils sont émis dans l’air et transportés par le vent, les grains de pollen de certaines espèces peuvent entrer en contact avec les muqueuses respiratoires et oculaires et provoquer des allergies appelées « pollinoses », consécutives à la présence dans ces pollens de protéines allergènes. L’organisme, en cas d’allergie, réagit alors de façon anormale face à ces substances extérieures : alors que ces pollens devraient être tolérés, un organisme hypersensible déclenchera une réaction importante face aux protéines intruses. C’est la nature même des protéines contenues dans le pollen qui pose alors problème, ainsi que sa taille : plus il est petit, plus il restera longtemps dans l’air et pourra être inspiré.
Les grains de pollen les plus allergisants de nos régions tempérées sont produits par les espèces d’arbres à dissémination du pollen anémophile de la famille des Bétulacées (aulnes, bouleaux, noisetier, charme), ainsi que des Cupressacées (cyprès commun et d’Arizona), Moracées (mûrier à papier) et Oléacées (frênes et olivier). Pour d’autres espèces (platanes, chênes, hêtres, saules, érables, etc.), les effets, sans être nuls, sont plus modérés.
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Pour les platanes, s’y ajoutent aussi les irritations au nez et aux yeux causées par des poils microscopiques provenant de leurs feuilles et fruits, ces poils étant disséminés à la fin du printemps.
En ville, les principales espèces problématiques sont donc les platanes, bouleaux, charmes, frênes, aulnes, érables, etc. Du fait de la pollution de l’air, les citadins sont particulièrement sensibles aux allergies liées au pollen car leurs organismes sont plus fragiles, n’étant pas habitués à la présence de cette végétation. Qui plus est, les arbres sont également stressés par la pollution et pollinisent alors bien plus qu’à la normale pour certaines espèces.
Quelles sont les périodes à risque allergènes ?
En fait, les premières espèces à pollen allergisant fleurissent dès la fin de l’hiver, noisetiers et aulnes parfois dès le mois de février, suivis par les bouleaux et charmes en mars, les frênes et les platanes principalement en avril. Après le mois de mai, il n’y a plus guère de pollens d’arbres qui sont disséminés, mais le relais est alors pris par d’autres espèces, des graminées en mai/juin, puis les ambroisies en été.
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Depuis 1996, des organismes étudient en France au quotidien le contenu de l’air en particules biologiques (notamment des pollens) qui pourraient avoir une incidence sur le risque allergique pour la population. Aujourd’hui c’est Atmo-France qui se charge de ce suivi. Cet organisme a en particulier défini un indice pollen basé sur les 6 taxons les plus allergènes : l’ambroisie, l’aulne, l’armoise, le bouleau, les graminées et l’olivier. Sur cette base, Atmo-France publie tous les jours sur son site Internet une carte des valeurs de cet indice pollen, selon six catégories allant de très faible à extrêmement élevé. La consultation de cette carte peut être très utile pour les personnes sensibles aux pollens.
Que faire en ville pour réduire les allergies au pollen ?
Les arbres plantés en ville présentent donc des impacts allergènes très différents selon les espèces, les genres et les familles. Pour certaines espèces dioïques, il est alors possible de privilégier dans les plantations les individus femelles, qui ne produiront pas de pollen. Mais ces espèces sont rares et leurs fruits peuvent également être des sources de désagréments ou de nuisances, à l’image des ovules de Ginkgo à odeur nauséabonde. Par ailleurs, les principaux arbres responsables des allergies respiratoires restent en majorité des arbres monoïques (comme les aulnes, bouleaux, chênes, cyprès, frênes, noisetiers, platanes, tilleuls, etc.).
Il est alors évident que ces impacts négatifs des grains de pollen doivent être pris en compte dans les projets de végétalisation des villes. Les services municipaux devront encourager la diversité dans les plantations, ce qui limitera la quantité de pollen dans l’air pour les espèces avec un fort potentiel allergisant. La plantation d’espèces de substitution non ou peu allergisantes (arbre aux mouchoirs, févier, catalpas, cerisiers, charme-houblon, châtaigner, chênes, copalmes, érables, micocouliers, noyers, ormes, sophoras, sorbiers, thuyas, …) limiterait la présence des espèces allergisantes et en particulier du platane, aujourd’hui surreprésenté dans nos villes. Cela permettrait par la même occasion de limiter la sensibilité des arbres aux épidémies qui peuvent ravager tous les individus d’une même espèce dans une ville ou un territoire, comme on le voit actuellement avec le chancre coloré du platane. Ce problème semble encore trop peu pris en compte dans les plans de végétalisation des villes aujourd’hui.
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