Montée des eaux : les mairies rechignent à rendre le front de mer à la nature
Publié le 2 Mars 2026
paru sur Reporterre le 6/2/2026
À Biscarrosse (Landes), la promenade qui longeait la mer s’est effondrée dans la nuit du 31 janvier. Mesures impopulaires, manque de budget : alors que le recul du trait de côte est inéluctable, les municipales restent frileuses.
Un morceau d’asphalte qui dépasse du sable de la plage : c’est tout ce qu’il reste de la promenade piétonne que les habitants de Biscarrosse avaient l’habitude d’arpenter. Sous l’effet conjugué d’une tempête hivernale, de forts coefficients de marée et des pluies diluviennes du mois de janvier, la dune en front de mer s’est effondrée sur une cinquantaine de mètres. Cette spectaculaire accélération de l’érosion n’est pas isolée. Rien qu’au mois de janvier, un blockhaus a glissé de 20 mètres à Lège-Cap-Ferret (Gironde) et une route a dû être fermée à Saint-Palais-sur-Mer (Charente-Maritime).
Si l’érosion est bien un phénomène naturel, le dérèglement climatique accentue cet aléa à cause de la montée des eaux combinée à des tempêtes hivernales qui gagnent en intensité et en fréquence.
Une prise de conscience qui avance
Les événements érosifs soudains et spectaculaires de ce type ont un avantage selon Adeline Plé, chargée de plaidoyer chez l’ONG de protection des Océans, Surfrider. « C’est le moment où l’alarme s’enclenche dans les populations. À La Rochelle par exemple, beaucoup de choses ont été mises en place suite au passage de la tempête Xynthia. » Quand le littoral recule brusquement, la prise de conscience du risque, elle, avance. « Le littoral est un plaisir mais aussi une zone naturelle, sauvage. Il faut développer une culture du risque. »
À Biscarosse, des engins de chantier viennent remblayer pour conforter la dune après son effondrement.
L’association a formulé des recommandations pour les communes littorales en amont des municipales afin que le sujet s’invite aux élections de mars prochain. Pour mieux s’adapter, les scientifiques suggèrent notamment de reculer face à la mer et de restituer des espaces naturels. Sur le littoral aquitain, l’idée a fait son chemin. À Labenne (Landes), le Conservatoire du littoral est ainsi en train de renaturer un site en déconstruisant un ancien établissement de soin, l’institut Héliomarin. Objectif : limiter l’érosion côtière en rendant des dunes à la nature afin qu’elles jouent leur rôle de tampon avec l’océan.
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Le repli, une mesure impopulaire
Ce type de chantier demeure exceptionnel. La stratégie du repli garde un côté impopulaire, notamment pour les personnes qui sont déplacées. À Biscarrosse, l’évacuation en 2021 de deux villas jumelles, situées sur la dune, avait suscité l’incompréhension de ses habitants et l’ire des propriétaires. Bien que souvent conscients des enjeux, les candidats aux élections municipales éludent et ne se précipitent pas pour l’inscrire dans leur programme. Dans les débats pré-électoraux sur les communes littorales, le sujet reste assez peu abordé au regard des enjeux.
Le Cerema estime que d’ici 2028 un millier de bâtiments seront concernés par le recul du trait de côte en France métropolitaine. Si rien n’est fait, ce sont pas moins de 450 000 logements qui seront affectés en 2100. Autant de personnes qu’il faudra convaincre de se déplacer. « C’est une mesure redoutée, mais très courageuse politiquement quand elle est prise », analyse Adeline Plé. Certaines communes y sont parvenues, en impliquant les habitants concernés, comme au village du Prêcheur en Martinique qui a organisé le repli vers les terres de ses quartiers les plus menacés.
À Biscarosse, des engins de chantier viennent remblayer pour conforter la dune après son effondrement.
Des lignes commencent à bouger, constate la représentante de Surfrider : « À Biarritz, la liste citoyenne qui se présente s’interroge sur la création d’un Parlement de la mer. Cette initiative va dans le sens de notre recommandation sur la mise en place d’une gouvernance locale du trait de côte. »
Quel financement ?
Reste un autre frein, et non des moindres, que rencontrent les maires : la question du financement. Les travaux sont onéreux dans un contexte où les budgets des communes sont de plus en plus contraints. Une éphémère taxe sur les locations touristiques de courte durée avait été votée à l’automne dernier par le Parlement pour aider les communes à financer l’adaptation du trait de côte.
Présentée par la députée de Gironde, Sophie Panonacle (Renaissance), elle n’a pas été intégrée à la dernière mouture du budget 2026 par le gouvernement. Lequel a dépêché son ministre délégué de la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, dans la Manche fin janvier pour annoncer la mise en place d’une stratégie nationale intégrée du trait de côte et le sauvetage de 200 000 millions d’euros supplémentaires du fonds vert. Un fonds qui n’a cessé lui aussi de s’éroder année après année : il est passé de 2,4 milliards d’euros en 2024 à 1,15 milliard en 2025 pour tomber à 840 millions en 2026.
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