Pesticides : plus dangereux qu’utiles ?
Publié le 10 Mars 2026
paru sur MNHN le 6/10/2025 et transmis par Christian. Merci Christian
Les pesticides ont été conçus pour tuer spécifiquement certains insectes, champignons ou plantes jugés nuisibles. Mais une fois épandus, sait-on vraiment qui ils touchent ? Considérant la balance bénéfice-risque pour le vivant et nos productions agricoles ou d’élevage, quelles sont les alternatives aux pesticides ?
Très intéressante présentation par un spécialiste du MNHN à écouter, voir le lien en fin d'article
Le mot « pesticide » regroupe un ensemble de substances chimiques utilisées pour éliminer des organismes vivants considérés comme nuisibles. Il peut s’agir d’insectes, de champignons ou de plantes. On parle alors d’insecticides, de fongicides ou encore d’herbicides. Si leur utilisation concerne principalement l’agriculture ou l’élevage, ils se retrouvent aussi dans la vie quotidienne, par exemple pour traiter les animaux domestiques contre des parasites, protéger les plantes d’intérieur ou soigner certaines mycoses.
Des substances présentes dans l’environnement
La plupart des pesticides modernes sont issus de la chimie de synthèse. Une fois répandus, ils ne restent pas confinés aux cultures et se dispersent dans l’air, l’eau et les sols. Ils s’incorporent au cycle de l’eau, voyagent des nappes phréatiques aux océans ou se retrouvent même dans les nuages ! Certaines molécules disparaissent rapidement mais d’autres persistent pendant des années, parfois même des décennies. On retrouve ainsi des résidus dans de nombreux milieux naturels, dans nos aliments et notre eau potable. Dans certains cas, comme celui de la chlordécone utilisée aux Antilles, la contamination affecte durablement les écosystèmes.
Toxicité aiguë et toxicité chronique
Les effets des pesticides peuvent être immédiats ou différés. La toxicité aiguë correspond à une exposition à forte dose qui entraîne une réaction rapide et mesurable. La toxicité chronique est plus insidieuse : elle résulte d’expositions répétées à faibles doses. Elle est plus difficile à détecter, mais peut provoquer des troubles cellulaires, neurologiques, hormonaux ou génétiques. Chez des insectes pollinisateurs comme les abeilles, certaines substances provoquent une désorientation et les abeilles ne retrouvent ainsi plus leur ruche. Chez l’être humain, des recherches ont démontré des liens entre l’exposition répétée aux pesticides et le développement de maladies dégénératives ou chroniques.
Des effets qui dépassent les cibles visées
Les pesticides sont conçus pour agir de manière ciblée, mais leur action dépasse presque toujours l’organisme visé. Le glyphosate, herbicide le plus répandu, empêche la synthèse d’acides aminés chez les plantes mais agit également sur certaines bactéries et champignons utiles. De la même manière, les semences enrobées d’insecticides peuvent intoxiquer des oiseaux qui consomment accidentellement quelques graines. Ces exemples montrent combien il est difficile de limiter les effets de ces substances à un seul organisme.
Quels enjeux pour l’agriculture ?
Depuis l’après-guerre, l’agriculture industrielle s’est construite sur l’usage massif de pesticides afin de sécuriser les récoltes. Mais cette stratégie entraîne aussi des effets secondaires : la biodiversité des milieux agricoles s’appauvrit, les sols et les nappes phréatiques se contaminent et les agriculteurs eux-mêmes peuvent être touchés par des maladies liées à l’exposition à ces substances. De plus, une part importante de la production agricole n’est pas directement destinée à nourrir les populations humaines, puisqu’une grande part sert pour les agrocarburants, les fibres des tissus ou l’alimentation animale, tandis qu’environ un tiers de la production mondiale est gaspillée.
Vers d’autres pratiques agricoles
Des alternatives permettent pourtant de réduire l’usage des pesticides. L’agroécologie et l’agriculture biologique reposent sur la diversification des cultures, l’agroforesterie, les rotations ou les circuits courts. Ces pratiques renforcent la résilience des systèmes agricoles face aux maladies et aux ravageurs tout en diminuant la dépendance aux produits chimiques. Elles impliquent aussi une évolution de nos habitudes alimentaires, notamment une consommation plus sobre en viande et davantage tournée vers des produits végétaux de saison.
Préserver la santé et la biodiversité
Réduire l’usage des pesticides présente des bénéfices multiples. C’est un moyen de préserver la santé humaine en limitant l’exposition à des substances toxiques, de protéger l’environnement en maintenant la biodiversité et la qualité des milieux naturels, et de soutenir la société en favorisant une production locale et durable. La transition repose sur l’action conjointe des pouvoirs publics, des producteurs et des consommateurs. Certaines initiatives locales, comme le plan alimentation durable de la Ville de Paris, montrent qu’un autre modèle agricole est possible.
Dans cet épisode du podcast « Pour que nature vive », Philippe Grandcolas, écologue et directeur de recherche au Muséum national d'Histoire naturelle, nous aide à y voir plus clair sur la place controversée des pesticides et leurs dangers.
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Les pesticides ou la vie
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Directeur de recherche au CNRS et au Muséum national d'Histoire naturelle (Institut de Systématique, Évolution, Biodiversité - UMR 7205)
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