Un "faux printemps" : le réveil précoce de la végétation fait craindre un épisode de gel tardif dans les vignobles et vergers
Publié le 7 Mars 2026
paru sur france3 le 2/3/2026
Des arbres fruitiers en fleurs, des vignes qui bourgeonnent : c'est déjà le printemps pour les végétaux, exposés à des températures anormalement douces. Mais attention, gare au coup de gel tardif !
Dans un verger solognot de Mont-près-Chambord, dans le Loir-et-Cher, au cœur de l'hiver, les abricotiers sont en fleurs, depuis plusieurs jours déjà. La nature a pris une avance spectaculaire, près de trois semaines, sur le calendrier habituel.
Frédéric Ozog, arboriculteur, n'en revient pas. "Une floraison pareille sur des abricotiers, ça devrait arriver autour du 10 mars. On est vraiment sur une précocité très importante, plus encore que ce qu'on a connu les années précédentes", relève-t-il. Des conditions qui font craindre le pire à l'agriculteur : "Le risque, c'est le gel printanier, des épisodes tardifs au mois d'avril, où les fruits seront carrément formés. Sur des abricotiers, cela pourrait se traduire par une perte de 100 % de la récolte."
Une situation qui inquiète certains scientifiques
Pour certains, les conditions climatiques extraordinaires du moment ont tout d'un "faux printemps". C'est le cas du docteur en agroclimatologie, Serge Zaka. "Un faux printemps est un épisode de douceur anormalement précoce en fin d’hiver qui provoque une reprise anticipée de l’activité biologique des plantes. Il survient avant la fin du risque de gel, exposant ainsi les végétaux si un gel survient", définit-il.
On se retrouve fin février avec un temps de mi-avril. Ce que certains ont appelé une vague de froid, après Noël et le nouvel an, n'en était pas du tout une, c'était juste un temps de saison. Isabelle Pangault Vigneronne
Dans un post sur le réseau social X qui date du 22 février dernier, l'agroclimatologue, affichait déjà son inquiétude quant à la situation. "Les végétaux avaient bien entamé leur dormance après la période froide observée entre Noël et le 7 janvier. Mais depuis, ils sont exposés à des conditions anormalement douces. Les sols, largement pourvus en eau, constituent un facteur supplémentaire favorable à une reprise végétative rapide. Tous les ingrédients d’un "faux printemps" sont réunis en cette fin février 2026. Et c'est extrêmement dangereux si un gel survient encore fin mars ou en avril", alerte Serge Zaka.
Après déjà 42 jours consécutifs au-dessus des normales saisonnières, les prévisions indiquent encore au moins deux semaines de douceur remarquable, avec des températures pouvant atteindre 20 à 25 °C, y compris dans le nord de la… pic.twitter.com/KktaAiOVuO— Dr. Serge Zaka (Dr. Zarge) (@SergeZaka) February 22, 2026
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La vigne pleure sur le réchauffement
Toujours dans le Loir-et-Cher, à quelques kilomètres de là, la vigneronne Isabelle Pangault constate, elle aussi, les effets de plus en plus inquiétants du réchauffement climatique : "On se retrouve fin février avec un temps de mi-avril. Ce que certains ont appelé une vague de froid, après Noël et le nouvel an, n'en était pas du tout une, c'était juste un temps de saison. Qui aurait dû se prolonger en janvier et en février. Mais finalement, depuis 45 jours, sans exception, on est au-dessus des normales saisonnières."
Avec de nouveaux records de températures, notamment dans le sud de la région Centre-Val de Loire. La vigne se réveille beaucoup trop tôt et, pour Isabelle Paingault, un coup de gel tardif sur le vignoble serait aussi désastreux que dans les vergers.
On voit les premiers signaux de sortie de dormance. Les pleurs de la vigne, c'est de la sève qui coule de la plaie de taille. Cela signifie qu'elle est en train d'envoyer des nutriments dans les bourgeons, pour qu'ils éclosent. Cela devrait arriver beaucoup plus tard, dans trois semaines ou un mois. Le développement de la plante devrait être beaucoup moins avancé, ce qui lui permettrait de mieux résister au prochain gel. On a des jours négatifs pratiquement tous les ans en avril ou même en mai. Si la végétation est avancée, cela peut tout griller et anéantir la récolte", craint Isabelle Paingault.
D'autres menaces guettent les viticulteurs, comme le mildiou, favorisé par les sols gorgés d'eau après de longs épisodes de pluie, ainsi que par la douceur du climat. Celle-ci devrait se poursuivre, selon Météo-France, au moins 10 jours, avec des températures supérieures aux normales de saison. Selon Serge Zaka, "d'ici au 10 mars, la France pourrait vivre son début d'année le plus chaud jamais enregistré, rivalisant avec 2007 et 2020."
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