La Coccinelle à sept points (Coccinella septempunctata )
Publié le 8 Avril 2026
Les insectes sont les mal-aimés des Français à part les coccinelles qui partagent avec les Rhopalocères ( papillons de jour ) le rare privilège de susciter à la fois respect, admiration et sympathie Retour sur leur biologie particulièrement riche.
Martine et Roland.
Nom scientifique : Coccinella septempunctata Linnaeus, 1758
Quelques noms communs, très nombreux : bête à bon Dieu, poulette de la Madone…
Origine du nom : Coccinella dérive du grec « kokkinos» qui signifie «écarlate» en référence à sa couleur de fond et du latin « septempunctata », « 7 points ».
Nom allemand : Siebenpunkt-Marienkäfer oder Siebenpunkt
Nom anglais : seven-spot ladybird, seven-spotted ladybug, seven-spotted lady beetle, C7
Observation :: le 3 avril à Sarre-Union (Bas-Rhin – 67)
Famille : les coccinelles font partie de l’ordre des Coléoptères, l’un des plus riches sur Terre : 400.000 espèces décrites sur 1.500.000 probables.
Les coléoptères sont, rappelez-vous, des insectes à métamorphose complète qui regroupent tous les insectes dont la première paire d’ailes ne participe plus au vol, ayant évolué en organes de protection. Il ne s’agit plus d’ailes membraneuses, mais de structures épaisses, rigides et renforcées de chitine : les élytres. Lorsque le coléoptère ne vole pas, les deux élytres recouvrent en général complétement l’abdomen en se rejoignant au niveau de la ligne médiane du dos. Ils forment une solide carapace protectrice de l’abdomen. Au moment de s’envoler, le coléoptère soulève ses deux élytres vers l’avant puis déploie sa deuxième paires d’ailes , membraneuses cette fois
Tous les coléoptères ont en outre des pièces buccales broyeuses et des antennes qui comptent en général moins de 11 articles, sauf les Cerambycidae et autres .
Ils sont partout et ont colonisé tous les milieux sauf la mer.
La Coccinelle à 7 points appartient à la famille des Coccinellidae, dont on connait plus de 6.000 espèces.
C’est une famille très ancienne apparue voici plus de 140 millions d’années.
La plupart des coccinelles sont très colorées. Le nom «coccinelle vient, rappelez- vous, de « coccinos », écarlate.
Les coccinelles sont classées selon leur régime alimentaire. S’il est connu qu’elles mangent des pucerons, vous apprendrez peut-être que certaines ont la spécialité de dévorer des acariens, d’autres des aleurodes (mini « mouches blanches» de l’ordre des Hémiptères), d’autres des cochenilles.
Certaines d’entre elles sont végétariennes ou mycophages (elles apprécient les champignons).
La taille des coccinelles varie de 1 à 10 mm.( eh oui, 1 mm ! ).
Leur tête est peu visible et porte deux antennes de 8 à 11 articles, les 3 derniers étant en forme de massue aplatie
Sur la face dorsale, juste derrière la tête, s’étend une sorte de plaque rigide souvent de forme rectangulaire, trapézoïdale ,c’est le pronotum. Il joue le rôle de bouclier protecteur pour la partie antérieure du thorax et l’arrière de la tête.
Sur le bord postérieur du pronotum, on note une petite plaque triangulaire, très peu visible, le scutellum.
Le reste de la face dorsale de la coccinelle est occupée par deux élytres qui, au repos, forment ensemble une coque protectrice dissimulant en grande partie le thorax et entièrement l’abdomen.
Pour tout un chacun, le signe distinctif le plus évident des coccinelles est l’ornementation des élytres qui consiste souvent en taches noires plus ou moins nombreuses sur fond rouge ou orange. Mais on ignore en général qu’il existe aussi des coccinelles avec des taches blanches, sans taches du tout, ou encore avec des élytres jaunes, roses, bruns ou entièrement noirs.
Ce qui est stupéfiant aussi , c’est qu’une même espèces peut présenter deux ou plusieurs types de coloration, parfois totalement opposés et ce au sein d’un même biotope et d’une même population.
En résumé donc, le nombre de points n’a rien à voir avec l’âge contrairement à certaines idées fixes.
La métamorphose des coccinelles comprend 4 stades depuis l’œuf, la larve, la nymphe et l’adulte ou imago.
Dimensions: de notre coccinelle, Coccinella septempunctata : 6 à 8 mm
Période d’observation : avril à août.
Description
De forme ronde, sa couleur est rouge sombre. Les élytres portent chacun trois taches noires et se partagent une septième tache noire à proximité du scutellum. Sa tête de petite taille est noire avec deux taches blanches près des yeux ; le pronotum noir également est orné de deux taches blanches latérales. Les antennes et les pattes au nombre de six sont noires.
Reproduction :
Ces coccinelles peuvent se reproduire 10 à 15 jours après leur émergence de la nymphe Les femelles secrètent des hormones volatiles qui attirent les mâles.
Chez les insectes, les phéromones remplissent diverses fonctions dans la communication intraspécifique, notamment l'identification des congénères, le regroupement, l'alarme et la recherche de partenaires.
Pour diffuser ces hormones, la femelle lève l’abdomen et bat des ailes. La durée d’émission des phéromones est de 20 secondes toutes les heures. Elle est plus courte que chez les autres coléoptères. Les chercheurs expliquent que la mobilité des femelles de cette coccinelle est importante et que pendant cet « appel » aux mâles, ou « sexual calling », elle ne se nourrit pas. La durée d’émission est donc un compromis entre efficacité pour la reproduction, dépense énergétique et alimentation.
Ce comportement était connu chez la Coccinelle asiatique, Harmonia axyridis, très étudiée. Il a été découvert très récemment (3) chez la CC à sept points.
Les femelles sont polyandres. Après fécondation le nombre d’appel par émission d’hormones diminue brutalement.
Ponte
Le mâle et la femelle s’accouplent au début du printemps. La femelle va pondre par groupes de 10 à 30, plusieurs centaines d’œufs oranges ou jaunes.
Ils mesurent 1.3 mm et sont pondus à proximité des ressources alimentaires indispensables au régime larvaire
CC à 7 pts n’a pas de préférence particulière si ce n’est qu’elle exploite de grosses colonies de pucerons sur des plantes herbacées telles que les orties, les Circium ou les Gallium.
Les larves éclosent au bout de 3 à 7 jours
La larve de la CC à 7 points. est gris foncé avec de petites taches orangées peu vives, elle est couverte de petits tubercules peu saillants.
En comparaison, la larve de la CC axyridis ( CC asiatique ) est noire, plus contrastée avec des marques orange vif très visibles, ses tubercules sont bien développés , parfois légèrement pointus, lui donnant un aspect rugueux.1
Pendant leur vie larvaire qui comporte 4 stades, ces dernières dévorent de grandes quantités de pucerons, jusqu’à 8000 pendant les trois semaines de leur développement.
Pas étonnant que ces espèces soient utilisées comme agent biologique pour réguler ou faire disparaître les pucerons.
A la fin du quatrième stade larvaire, la larve se fixe, tisse quelques fils pour s’accrocher au revers d’une feuille, se recroqueville comme si elle faisait le gros dos, sa peau se déchire et voici la nymphe. Un regard exercé reconnaît déjà la forme des élytres et des ailes du futur adulte. Après 8 jours, la cuticule dorsale de la nymphe se fend longitudinalement et le nouvel adulte apparaît.
Larves et adultes n’ont aucune ressemblance morphologique. Au moment de la nymphose, les coccinelles subissent donc une métamorphose complète, comme tous les coléoptères mais également comme d’autres insectes évolués, par exemple les papillons, les guêpes et les abeilles.
La coccinelle replie ses ailes après la fermeture des élytres, d'abord longitudinalement, puis plusieurs fois transversalement. Ce repliement s'effectue par une suite de pliures de l'aile appliquées par les élytres. La courbure des ailes permet le pliage le long des nervures. Les ailes sont souples en dehors de ces renforts que sont les nervures. Il faut imaginer un grand parachute qui aurait des armatures comme un parapluie. Il se plierait bien proprement le long de ces armatures. Le repliage des ailes n’est pas instantané, il dure quelques secondes.
Selfdéfense : la Coccinelle à sept points secrète en cas de danger des substances toxiques : divers alcaloïdes tels que le N-oside coccinelline et précoccinelline. Cette l’hémolymphe qui s’écoule des bords de sa carapace présente un goût très amer et s’avère répulsive pour les oiseaux et autres prédateurs éventuels.
Autre technique utilisée, faire la morte en cas de danger (thanatose). La plupart des prédateurs ne mangent que de la nourriture fraîche et pas de cadavres, cibles des charognards.
Nourriture :
Les larves et les adultes de toutes les espèces de coccinelles ont un régime alimentaire similaire, carnivore ( adéphage ) et polyphage.
La Coccinelle à sept points se nourrit principalement de pucerons (Aphididae) et occasionnellement de larves de chrysomèles et autres petites bestioles ainsi que des œufs de coléoptères et de papillons.
Cette coccinelle est capable de détecter les phéromones d’ »alerte prédateur » des pucerons et les phytohormones des plantes attaquées par les pucerons. A défaut de pucerons, elle peut se nourrir également de pollen et de nectar d’apiacées et d’astéracées ou de spores de champignons
Dans ce cas, elle survit mais n’est plus capable de se reproduire , certains éléments nutritifs essentiels étant absents ou en quantité insuffisante.
De par leurs exigences spécifiques, les Coccinelles sont de très bons bio-indicateurs, donnant des informations précieuses sur la qualité d’un écosystème, c-à-d la qualité du milieu,( peu de pesticides ) , sa richesse biologique ou l’impact des activités humaines sur ce milieu.
Hibernation : cette coccinelle comme beaucoup d’autres hiverne en groupes à l’état adulte pour se réchauffer mais aussi s’assurer d’un partenaire. Le signal chimique, la phéromone qui invite au regroupement a été identifiée : c'est le 2-isopropyl-3-méthoxypyrazine. Elles se cachent alors dans la litière et les fissures des arbres.
Confusion : il existe de nombreuses coccinelles proches. La distinction se fait par l’examen de critères morphologiques précis ( coloration et motif des élytres et du pronotum ) à l’aide d’une loupe de botaniste et de carnets de terrain divers (tels celui de la Salamandre ou les Carnets du Naturaliste des CNB ).
Habitat : on la trouve souvent dans les forêts de résineux ( pins, épicéas ), de feuillus (chênes, érables, bouleaux ), mais aussi dans les prairies, les parcs et jardins, de la plaine à la montagne.
Elle est native de l’ Eurasie tempérée ( Europe et certaines régions de l’Asie tempérée ) et est présente dans tout l’Hémisphère Nord. Elle a été introduite en Amérique du Nord pour lutter contre les infestations de pucerons et y est très commune depuis.
Protection pas de protection spéciale ou légale pour ce coléoptère très commun.
Écologie
Souvent nous nous plaignons de la Coccinelle asiatique, trop présente. Il faut savoir qu’en Amérique du Nord, notre Coccinelle à sept points a été utilisée pour la lutte biologique. Elle s’est à ce point répandue qu’elle en est devenue invasive. Elle y occupe avec d’autres coccinelles invasives 90% des populations de coccinelles.
Les espèces locales ont beaucoup régressé ce qui a affaiblit les écosystèmes locaux.
En grand nombre dans les vignes, la coccinelle peut altérer le vin si trop d’individus y sont broyés avec le raisin.
Il se développe alors dans le vin ,un goût vert de poivron ou "goût de coccinelle". Les viticulteurs dès lors sont donc très attentifs à ces invasions de coccinelles qui constituent un danger pour la qualité de leur vin ;
En 1976 des milliards de coccinelles se sont développées au Royaume Uni (RU) après une infestation de pucerons liée aux conditions climatiques. Ces coccinelles affamées n’ont pu émigrer et sont restées sur place.
Cette année 1976 est devenue « l’année à coccinelles », .comme l’année 2025,baptisée aussi année à coccinelles au RU.
Prédateurs :
Malgré ses défenses naturelles, la Coccinelle à 7 points est prédatée par exemple par des insectes comme la Mante religieuse, des réduves ou par des araignées (Thomises), certains oiseaux et chauve-souris peuvent également la consommer bien que ses couleurs vives les préviennent de son goût amer.
Autre risque, la Coccinelle à sept points peut être parasitée par des guêpes parasitoïdes (dont Dinocampus coccinellae ) qui pondent leurs œuf dans l’abdomen de la coccinelle pour s’y développer et s’alimenter de ses corps gras, c’est-à-dire du tissu contenant les réserves métaboliques de son hôte.
Les produits toxiques provenant de plantes ou d’animaux ingérés sont aussi une menace pour elle.
Last but not least, introduite dans le cadre de la lutte biologique contre les pucerons, la Coccinelle asiatique, Harmonia axyridis plus prolifique et plus vorace est une espèce nuisible, un danger pour nos coccinelles régionales dont elle envahit les terrains de chasse, dévore les larves et tend ainsi à les éliminer.
Petit truc facile pour repérer une Coccinelle asiatique : elle a toujours les pattes orange-clair, les nôtres ont les pattes noires !
Composez un jardin favorable à la vie des coccinelles (copie de Ouest-France du 27/5/2024)
Pour favoriser la présence de pucerons, rien de tel que des rosiers et des lauriers roses. La capucine et les fèves sont également des végétaux qui attirent les pucerons, et donc les coccinelles. Ces dernières aiment se reproduire et pondre dans les orties. Vous pouvez également planter une prairie fleurie composée d’achillées, d’anthémis, de centaurées, de bourrache, de carottes sauvages et d’absinthe.
Nous avons jusqu’ici évoqué l’importance d’offrir le couvert aux coccinelles. Mais il ne faut pas oublier le gîte ! Il est particulièrement utile aux coccinelles pour passer l’hiver, saison pendant laquelle elles hivernent, c’est-à-dire qu’elles vivent au ralenti. Elles seront ainsi présentes dans votre jardin dès leur réveil et ne perdront pas de temps pour révéler leur utilité.
Elles apprécient naturellement les fissures de murs, les écorces et les trous d'arbre, les amas de feuilles sèches, les interstices entre des pierres. Si vous avez l’âme bricoleuse, vous pouvez également construire un hôtel à insectes. Les pommes de pins et la laine de bois en petits morceaux sont alors des matériaux à privilégier. Pensez ensuite à l’installer à 30 cm du sol, à l’abri du vent et de la pluie, dans un endroit ensoleillé. Et si vous en avez la possibilité, multipliez ces abris en différents points du jardin.
Légende (copié de wikipedia)
Le surnom de « Bête à bon Dieu » remonte au Xe siècle. Condamné à mort pour un meurtre commis à Paris, un homme, qui clamait son innocence, a dû son salut à la présence du petit insecte. En effet, le jour de son exécution publique, le condamné devait avoir la tête tranchée. Mais une coccinelle se posa sur son cou. Le bourreau tenta bien de l’enlever, mais elle revint à plusieurs reprises se placer au même endroit. Le roi Robert II (972-1031) y vit alors une intervention divine et décida de gracier l’homme. Quelques jours plus tard, le vrai meurtrier fut retrouvé. Cette histoire s’est très vite répandue et la coccinelle fut dès lors considérée comme un porte-bonheur qu’il ne fallait pas écraser.
Pour conclure …
Quelle que soit leur niche écologique, les insectes déploient des modes de vie sophistiqués et fascinants pour s’adapter aux contraintes de leur milieu de vie. Les hommes ne perçoivent pas souvent ces finesses car les insectes sont petits, vivent cachés ou inspirent la méfiance. Exception parmi les insectes, les coccinelles suscitent en général la sympathie. Ce sont les ambassadrices de charme du monde des insectes, monde qui a besoin d’une reconnaissance urgente et de protections immédiates.
Texte Martine Devondel (Anab) et Roland Gissinger (Anab), photos Roland
Identification des insectes Martine
Bibliographie :
très jolis et instructifs livres ,
1/ Petites bêtes des forêts de Lorraine et d’ Alsace JY Nogret /S Vitzthum édition Serpenoise
2/ Insectes remarquables de Lorraine et d’ Alsace –JY Nogret /S Vitzthum édition Serpenoise
3/ Sexual calling behaviour, and the effects of immediate mating history and consexual presence in the seven-spot ladybird, Coccinella septempunctata Luca Feuerriegel 6march2025
4 les Coccinelles, Jean Louis Hemptinne , Les Sentiers du Naturaliste
5 Clé de terrain pour la reconnaissance des principales coccinelles de Belgique , JY Baugnée
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