La Rainette verte (Hyla arborea)
Publié le 5 Avril 2026
C’est toujours une joie, de découvrir au printemps, les batraciens qui vivent dans et autour des points d’eau. Voir la Rainette verte c’est encore plus émouvant car c’est une espèce très rare dans notre petite région d’Alsace Bossue
Roland
Nom scientifique : Hyla arborea (Linnaeus, 1758)
Origine du nom : vient du grec « hyle », forêt, matière. Quant au nom d’espèce "arborea", il signifie, arboricole, de l’arbre. Cette grenouille est particulière : elle aime se promener et se reposer sur les tiges des roseaux et sur les arbustes.
Nom allemand : Laubfrosch
Nom anglais : European tree frog
Observation : le 18 avril à Albestroff (Moselle 57)
Famille : cette grenouille appartient à la famille des Hylidés, qui regroupe des grenouilles munies de ventouses sous les pattes. Celles-ci leur permettent de grimper dans la végétation car elles sont adhésives. La grenouille du jour est la seule espèce des Hylidés présente en Europe, alors que cette famille est très riche : elle compte plus de 1 000 espèces, la plupart en Amérique du Sud.
Dimensions: de 3 à 5 cm .Les femelles sont plus grandes que les mâles d’un demi-centimètre environ.
Le poids varie de 3,5 à 7 g pour les mâles et de 6 à 9 g chez les femelles.
Espérance de vie : jusqu’à 10 ans. La moyenne mesurée est de 8 à 9 ans (4). Animal à activité crépusculaire ou nocturne.
Description : cette Rainette verte a une couleur vert pomme presque fluo, avec une peau brillante et lisse. Une bande sombre, bordée de jaune, part du museau et se prolonge derrière l’œil jusqu’aux cuisses. Les yeux proéminents sont orientés vers l’avant. Les pupilles sont horizontales et se dilatent entièrement dans l’obscurité. Le mâle possède un sac vocal sous la gorge, utilisé pour émettre son chant.
Les pattes avant ont quatre orteils, les pattes arrières cinq. La gorge des mâles est jaune brunâtre et ridée tandis que celle des femelles est blanc grisâtre et granuleuse.
La peau change de couleur mais pas en fonction de la couleur du support où se trouve la grenouille, contrairement à la croyance populaire. Ce sont les sensations tactiles du support qui produisent le changement de couleur :
- si les rainettes sont placées dans un seau recouvert de feutre ou de grillage, leur couleur passe du vert clair au vert foncé
- si la surface est lisse, elles restent vertes.
Sur une feuille verte, la rainette restera verte, mais sur une écorce crevassée, elle deviendra foncée. La couleur du support n’intervient pas comme l’ont démontré les expériences.
Biologie et activité:
La particularité de cette grenouille réside dans ses coussinets adhésifs sous ses doigts flexibles.. Ils sont constitués de microstructures pentagonales en nid d’abeilles. En même temps, qu’elle pose ses pattes, la grenouille secrète un fluide tissulaire. Ce système fonctionne si bien qu’elle est capable grimper sur des vitres verticales parfaitement lisses. Elle y laisse des traces de ce fluide.
Chant le chant est émis lorsque l’air passe des poumons vers le sac vocal. L’air qui passe dans le goulot d’étranglement qu’est le larynx fait vibrer de puissantes cordes vocales. Le sac vocal joue aussi un rôle de résonance.
Ce système permet en plus un recyclage rapide de l’air vers les poumons via le larynx, ce qui explique la rapidité et la durée des vocalises.
Le chant de parade des mâles se compose de 15 à 30 groupes d’impulsions, débutant toujours pars des impulsions faibles. Un groupe comporte souvent neuf impulsions dont les chercheurs ont mesuré la fréquence : de 400 à 6 000 Hz. Le nombre de chants peut atteindre 15 000 en une seule nuit.
La puissance du son atteint de 87 dB à 50 cm ce qui est élevé mais reste loin du record chez les grenouilles. Certaines espèces émettent jusqu’à 30 000 coassements par nuit et peuvent atteindre une puissance de 100 dB. Nos collègues guyanais vont examiner les grenouilles la nuit, un casque antibruit sur les oreilles.
Desprat (2) indique que la consommation d’énergie est 25 fois plus élevée pendant le chant que lorsqu’elle est au repos.
Les mâles synchronisent leur chant avec un ou plusieurs mâles voisins ce qui augmente considérablement le bruit.
La durée des impulsions de chant diminue quand la température augmente. Le chant démarre au début du crépuscule vers 19 h 45 début mai, et se décale avec la lumière pour ne débuter qu’aux alentours de 21 h à la mi-juin.
Les mâles émettent un chant territorial différent si un concurrent s’approche à moins de 30 cm. En percevant ce chant, le nouveau venu se tiendra à distance.
Reproduction
les mâles se regroupent pendant la période de reproduction sur des lieux qui n’ont pas d’autre fonction le reste de l’année et dénommés « lek ». Les femelles arrivent vers ce lek pour choisir un mâle reproducteur. Les études de Richardson en 2010 (2) ont montré qu’elles choisissent ceux dont les chants sont les plus graves, les plus puissants et les plus rapides. La qualité du chant est lié à une bonne condition physique des mâles en question et donc à un patrimoine génétique plus performant. Les chercheurs disent que c’est un « signal sexuel honnête ».
La capacité de chant est liée à une hormone, la testostérone. Celle-ci est aussi produite en cas d’attaque immunitaire. La quantité de testostérone n’est toutefois pas un « signal sexuel honnête» raison pour laquelle les femelles se fient uniquement à l’aspect du prétendant et à la qualité de chant. Cela n’est pas nouveau dans le règne animal. Par exemple, chez de nombreuses espèces d’oiseaux, les femelles se fient à la qualité du plumage des mâles pour choisir leur partenaire.
La rainette verte pond d’avril à mai. Les pontes, non flottantes, sont déposées sur des roseaux submergés. Chaque ponte contient de 30 à 80 œufs regroupés en amas au cours de plusieurs nuits. Au total, une femelle peut produire entre 150 et 1 100 œufs par saison.
Les œufs, d’un diamètre de 1 à 2 mm, sont entourés d’une gelée nutritive de 3 à 4 mm, qui permet le développement de l’embryon. La durée de ce développement varie avec la température : les œufs situés en surface ou exposés à la lumière se développent bien plus rapidement que les autres. La larve qui émerge de l’œuf mesure 3 à 5 mm, et le têtard atteint, en fin de stade larvaire, 35 à 50 mm. On les reconnaît à la présence d’un repli de la nageoire dorsale qui s’étend jusqu’au-dessus de la tête. Les têtards sont omnivores et se nourrissent de toute matière organique, végétale ou animale, y compris des animaux morts. Au total, le développement dure de 50 à 80 jours avant d’atteindre le stade de métamorphose.
Dans nos régions les premières rainettes de l’année apparaissent vers la mi-juin. Dans les climats froids ou de montagne, les têtards n’ont pas le temps de se développer et meurent au début de l’hiver étant très sensibles aux basses températures. Leur survie dépend fortement de la quantité de et fréquence des pluies.
Nourriture : les adultes mangent de petits invertébrés : insectes, araignées. Leur langue collante se déploie brusquement. Elle leur permet de capturer au vol des insectes. La rainette bondira vers la proie pour se mettre à sa portée.
Le chercheur Tester a étudié son régime en 1990 :
(Coleoptera, 34,2 %) et de diptères (Diptera), tels que les mouches et les moustiques (47,2 %). Les araignées (Araneae, 4,3 %). Les fourmis (Formicidae, 1,6 %), les papillons (Lepidoptera, 1,1 %) et les cigales (Cicadina, 1,1 %) ne représentent que de faibles proportions.
Changement de couleur :
la peau des amphibiens comporte trois types de cellules colorées : les mélanophores (pigment noir), les xanthophores (pigment jaune ou orange) et les iridiophores (cristaux réfléchissants).
Le changement de couleur est très rapide et s’effectue par le déplacement de la mélanine dans les mélanophores et par des variations de concentrations pigmentaires, ce qui modifie la réflexion de la lumière et, par conséquent, la couleur. Les autres pigments sont produits via le système hormonal de la grenouille et peuvent varier en fonction des contraintes de l’environnement. Les adultes, mais aussi les têtards, sont ainsi capables de s’adapter à leur environnement en modifiant leur couleur pour diminuer les risques de prédation, réguler l’absorption de chaleur et réduire l’exposition aux rayons UV nocifs du soleil.
Habitat: Tout point d’eau calme exempt de poisson peut servir d’habitat : mares, étangs, bras morts de rivières, dépressions herbeuses inondées, bandes broussailleuses des ripisylves. Des zones peu profondes et très herbacées dans les milieux humides, zones à roseaux ou carex, sont propices pour son installation, car ses œufs y seront à l’abri des poissons et autres prédateurs. Elle évite les forêts trop sombres.
La répartition de la rainette verte est limitée à l’Europe occidentale, le Sud de la Suède jusqu’en Pologne et Grèce. Elle a disparu d’Angleterre où des tentatives de réintroduction sont en cours.
Hibernation :
à partir d’octobre notre rainette va chercher un abri souterrain sur la terre ferme pour passer l’hiver : tas de feuilles, fissures dans le sol, galerie ou nids de campagnol ou de taupe abandonnés.
Dispersion : les populations des batraciens sont en général très fragiles car la capacité de dispersion des individus est très faible, quelques centaines de mètres chaque année au plus. La rupture des connexions entre les différents habitats affecte leur diversité génétique.
Créer de nouvelles mares, dans le milieu naturel ou urbain, leur permet de recoloniser ces espaces et renforce les liens entre les diverses populations.
Confusion : non. Il existe de nombreuses rainettes au même aspect dans d’autres pays. Des différences dans le chant et dans l’ADN les ont classées comme espèces à part entière voici quelques années seulement : Hyla meridionalis, Hyla sarda, Hyla intermedia qui sont présentes en Italie.
Protection :
Cette espèce est strictement protégée par la loi en France, ainsi que dans d’autres pays d’Europe. Ses habitats, principalement les mares et zones humides, ont fortement régressé ces dernières années à cause des activités humaines, telles que l’agriculture intensive, l’expansion urbaine ou d’autres interventions sur l’environnement.
L’espèce est très sensible à la fragmentation de son habitat, qui résulte de l’assèchement artificiel des milieux par drainage, construction ou pollution. Sa mobilité étant très réduite, il est nécessaire de créer des trames vertes (haies, forêts) et trames bleues (cours d’eau) pour relier ses lieux de vie et maintenir les échanges génétiques entre populations. Sans ces connexions, les populations risquent d’accumuler des tares génétiques et de perdre leurs capacités de reproduction, pouvant conduire à leur disparition locale.
La pollution de l’eau et des sols par les insecticides, ainsi que la disparition des insectes, pèsent également lourdement sur cette espèce et sur les autres batraciens.
Prédateurs : Les poissons et oiseaux, notamment les cigognes, les grues et les corvidés, sont les principaux prédateurs de cette grenouille. Ses œufs, très nourrissants, sont particulièrement recherchés par les carpes. De grosses larves d’insectes, comme celles des libellules — l’Aeschne bleue en particulier —, ainsi que certaines espèces aquatiques matures comme les dytiques ou les punaises d’eau (Nepes), consomment les petites larves de cette rainette. Certains oiseaux nocturnes, la couleuvre à collier, ainsi que le blaireau et le renard peuvent également la prédater occasionnellement.
Texte et photos Roland Gissinger (Anab) relu par Bernard Weinzaepflen (Anab)
Sources bibliographiques voir index biodiversité
1/Hormone induced chromatophore changes in the European tree frog, Hyla arborea, in vitro H. I. Nielsen, J. Bereiter-Hahn Published 20 August 2009
2/La testostérone, médiateur de l'honnêteté des signaux sexuels chez Hyla arborea ? Julia Laetitia Desprat University of Neuchâtel déc 2015
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