Le Gobe mouche à collier (Ficedula albicollis )
Publié le 19 Avril 2026
Le Gobe mouche à collier (Ficedula albicollis) Photos de P. Nagel _ www.steinhart.fr/ _ et sa répartition selon GBIF
Le Gobe mouche à collier n’est pas présent partout dans notre pays car il est exigeant quant à son habitat. Il a besoin de vieilles et belles forêts. Roland
Nom scientifique : Ficedula albicollis (Temminck, 1815)
Etymologie : « Ficedula» vient de deux mots latins « fice » la figue et «edo», manger, soit « mangeur de figues », mais il mange plutôt des mouches… Son nom d’espèce «albicollis», signifie « collier blanc » comme son aspect en saison de reproduction.
Nom Allemand/ dialecte : Halsbandschnäpper
Nom anglais : collared flycatcher
Observation : Morhange (57) un 25 mai
Dimensions et poids : de 12 à 14 cm de long. Poids : 12 à 16 g.
Longévité : de 2 à 5 ans
Classification et famille : celle des Muscicapidés qui sont des petits oiseaux de type passereaux. Cette famille comprend 58 genres répartis en 310 espèces. Ce sont des oiseaux insectivores qui chassent à l’affût sur une branche ou une grosse herbe. Leur bec est plus large à la base et pointu. Il leur permet de capturer des proies en plein vol aussi bien qu’à fouiller la litière et le sol pour y trouver de petits invertébrés.
Description :
Le Gobemouche à collier mâle est un petit oiseau compact, au dos noir et au dessous blanc. Sa calotte est noire et fait apparaître un large collier blanc complet, signe distinctif qui le différencie des autres gobemouches. Les ailes repliées laissent voir une grande tache blanche sur le côté. Son bec est noir et pointu. Sa queue est longue, en éventail. Les pattes sont grises, avec 3 doigts griffus à l’avant et un à l’arrière.
Cette livrée noire du mâle en période de reproduction est remplacée, après la saison, par une livrée brun pâle. Il ressemble alors aux jeunes et aux femelles.
Nourriture: il est insectivore et possède une bonne vue. Depuis un perchoir dominant son territoire de chasse, il guette les insectes avant d’y revenir.
Il capture ses proies en vol et cherche les autres dans les arbres, près du sol ou dans la végétation basse. Il fouille la litière de feuilles pour rechercher larves, chenilles, araignées et autres invertébrés.
Il peut, à l’occasion se nourrir de petites baies comme celles du sureau ou de la bourdaine.
Vol : son vol est direct et rapide grâce à ses longues ailes. Cet oiseau est bien adapté car il migre sur de longues distances. Il peut aussi effectuer un léger sur-place ou réaliser une figure acrobatique pour gober un insecte.
Reproduction: au printemps, le mâle parade devant la cavité afin d’y attirer la femelle. Ces oiseaux recherchent des cavités naturelles, dans de vieux arbres creux ou dans les rochers.
La femelle, parfois aidée du mâle, construit un nid peu sophistiqué, en forme de bol, fait de petites tiges, de racines et de mousse.
Cet oiseau est un modèle vivant en génétique comportementale :
Le Gobemouche à collier est le premier oiseau dont le patrimoine génétique a été décrypté. Son génome a été analysé puis comparé à celui de mammifères. Les chercheurs se sont aperçus en comparant le génome de 322 de ces oiseaux que la stabilité de l’ADN est bien plus forte que chez les mammifères. Le taux de réarrangements chromosomiques y est environ dix fois plus faible. Il existe moins de gènes de contrôle rendant ainsi compte d’un ADN plus stable.
Ceci a un impact sur l’évolution des oiseaux. Les chercheurs expliquent que les oiseaux sont de ce fait bien plus sensibles aux incompatibilités génétiques que les mammifères.
Un exemple concret est celui de l’installation du Gobemouche à collier en Suède voici plus d’une trentaine d’années. Il a rencontré sur place les populations de Gobemouches noirs. Ces derniers sont proches génétiquement. Malgré cela, le mélange des espèces, l’hybridation est faible, moins de 4%. De plus, les individus hybrides n’arrivent pas à se reproduire avec d’autres. Les individus femelles ne peuvent pas féconder leurs œufs tandis que les mâles ont des malformations de leurs spermatozoïdes qui les rendent stériles.
Comment les gènes évoluent pour attirer un partenaire sexuel :
Les chercheurs ont prélevé l’ADN des individus de tout un secteur depuis une trentaine d’années. Chaque oiseau est répertorié dans une base de données ainsi que tous les descendants avec leurs liens de parenté exacte. Les chercheurs suivent certains aspects visibles comme :
la grandeur du collier, le contraste blanc/noir, le chant, la reconnaissance visuelle.
Le lien est établi avec le succès reproducteur de chaque mâle.
Ces facteurs modifient la fréquence des gènes dans la population des gobemouches car les mâles qui ont des caractères attirants pour les femelles vont d’avantage se reproduire. Ces changements de morphologie et de comportement sont visibles car très rapides. Les chercheurs arrivent à les suivre en parallèle avec des changements de gènes. C’est du suivi génétique en temps réel. Incroyable, non ?
Nidification La femelle pond fin mai (ou plus tôt) 5 à 7 œufs. Elle les couve seule pendant environ 12 à 15 jours.
Les jeunes peuvent voler après une quinzaine de jours et deviennent autonomes deux semaines plus tard. La mortalité moyenne reste très importante pour les jeunes de moins d’un an. La maturité sexuelle des jeunes est atteinte après 1 an. D’année en année le Gobemouche à collier reste fidèle à son lieu de nidification.
Habitat : le Gobe-mouche à collier fréquente des milieux ouverts de grande qualité en particulier les forêts de feuillus, les forêts claires, les parcs et les jardins. Le Gobemouche noir est plus tolérant et se trouve aussi dans les forêts mixtes, feuillus-résineux.
En France il est cantonné au quart nord-est de notre pays et à la région méditerranéenne. Il niche en Europe centrale et méditerranéenne, jusqu’’en Asie mineure, ainsi que dans le Sud de la Scandinavie. Une étude croate (1) nous apprend qu’il préfère les forêts anciennes avec des arbres matures, sans couvert buissonnant dense. C’est sans doute lié au fait qu’Il chasse principalement à vue.
Migration : d’août à septembre, des groupes d’individus se forment en Europe pour entreprendre la migration. Ils migrent vers l’Afrique sub-saharienne et vers l’Afrique australe. Ils reviendront début mai.
Prédateurs : de nombreux oiseaux sont prédateurs de l’espèce. Le principal est l’épervier d’Europe. Les œufs et les poussins sont prédatés par les martes, les chats domestiques, les corvidés et quelquefois par des reptiles comme certaines couleuvres.
Statut et protection: espèce totalement protégée par la loi. Les effectifs actuels sont estimés entre 1.5 et 2.5 millions d’individus. Ils ont augmenté au cours des dernières décennies sans doute en raison de la hausse des températures et de la colonisation de nouveaux habitats.
En revanche, ces variations climatiques peuvent perturber le calendrier de migration : le retour sur les sites de nidification peut ne pas coïncider avec la disponibilité des proies. La couvée peut alors être compromise par un manque de nourriture La Roumanie et l’Ukraine rassemblent près de la moitié des oiseaux nicheurs.
Le nombre d’oiseaux reste faible, en lien avec l’usage intensif de pesticides et d’insecticides, ainsi qu’avec la diminution des habitats arborés. Selon les spécialistes, sa présence dans notre région dépend de la quantité de chênes âgés que l’on exploitera les prochaines années ou que l’on laissera encore vieillir.
Article illustré par P. Nagel notre collègue ornithologue photographe de l'association "Steinhart -Terre d'origines", nos amis naturalistes-historiens. (https://www.steinhart.fr/)
Texte Roland Gissinger (Anab) Relecture Bernard Weinzaepflen (Anab)
1/Habitat preferences of the Collared Flycatcher, Ficedula albicollis (Temm.) in mountains of continental Croatia January 2009 Jelena Kralj
2/A Gene-Based Genetic Linkage Map of the Collared Flycatcher (Ficedula albicollis) Reveals Extensive Synteny and Gene-Order Conservation During 100 Million Years of Avian Evolution Niclas Backström Feb 2009
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