Manuela Peschmann, son chant des forêts pour apprivoiser l’écoanxiété
Publié le 4 Avril 2026
J’adapte le langage si nécessaire, mais je fais marcher pieds nus ou s’allonger en forêt tout le monde », revendique Manuel Peschmann. « Cette simplicité parle à chacun. »
paru sur l'Alsace le 18/2/2026
De la biologie à l’éco-thérapie, elle a choisi sa branche : celle des arbres. Enracinée dans les Vosges du Nord, elle fait, depuis plus de dix ans, de l’immersion en forêt un levier pour apprivoiser l’écoanxiété. Comme un écho discret au documentaire Le Chant des forêts de Vincent Munier…
Vous vivez à Sparsbach, près de Saverne, au cœur du Parc naturel régional des Vosges du Nord. Comment la nature s’est-elle imposée dans votre vie ?
Manuela Peschmann : « J’ai toujours été une enfant rêveuse, la tête dans les nuages mais très ancrée. Je passais des heures dehors. Ce lien précoce avec la nature a façonné mon regard. Au lycée, j’hésitais entre les lettres et les sciences. J’ai décroché une maîtrise en biologie des populations et des écosystèmes à l’Université Louis Pasteur, avec l’idée de devenir professeure de SVT. »
Pourtant, vous n’êtes pas devenue enseignante…
« J’ai fait des remplacements et tenté le Capes, sans succès. Avec le recul, je comprends que je redoutais surtout une affectation en milieu urbain. J’avais un besoin vital de verdure et de silence. Je n’étais pas alignée. »
Comment ce rapport à l’environnement a-t-il ensuite nourri votre réflexion sur l’enfance ?
« Les enfants manquent d’expériences libres dans la nature. Sortir de sa zone de confort développe l’adaptabilité. La nature change en permanence ; elle nous apprend à composer avec l’incertitude. »
Quelle est votre définition de la sylvothérapie ?
« C’est une immersion consciente en forêt, principalement dans les Vosges du Nord. Le lien à l’écosystème est thérapeutique. L’épigénétique montre que nos modes de vie influencent l’expression de certains gènes. Le contact régulier avec la nature renforce nos capacités d’adaptation. J’y associe la sophrologie pour ancrer et ouvrir les sens. »
Votre public a-t-il évolué ces dernières années ?
« Oui, il s’est masculinisé et rajeuni. Beaucoup de 20-30 ans, avec des valeurs fortes sur l’écologie ou l’alimentation, et une volonté d’aller droit au but. Depuis sept ou huit ans, je propose aussi des formations sur un week-end, à visée personnelle ou professionnelle. Des personnes viennent de toute la France – de Bordeaux à la Franche-Comté – mais aussi de Suisse, du Luxembourg ou de Belgique. L’intérêt dépasse largement le territoire. »
Travaillez-vous avec des profils très différents ?
« Oui, et je ne change pas l’essence de mon approche. J’interviens autant dans des structures haut de gamme que dans des centres accueillant des personnes en situation de handicap. J’adapte le langage si nécessaire, mais je fais marcher pieds nus ou s’allonger en forêt tout le monde. Cette simplicité parle à chacun.
Que reste-t-il après une immersion en forêt ?
« Il se passe toujours quelque chose. Une graine est semée. Ce n’est pas un simple moment de bien-être : cela peut provoquer de véritables déclics dans la manière de vivre, de consommer, de se relier au monde. Et cette trace, elle reste. »
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