Marc-André Selosse, biologiste : « Le vivant porte les solutions en lui »

Publié le 12 Mai 2026

Marc-André Selosse

Marc-André Selosse

paru sur l'alsace le 15/4/2026- Transmis par Bernard. Merci Bernard.

Figure de proue du Muséum national d’histoire naturelle, l’écologue Marc-André Selosse participera à l’une des tables rondes du prochain forum “Ici on agit !” que notre groupe de presse organise à Strasbourg les 17 et 18 juin. Il rappellera tout ce que nous devons aux sols et tout ce qu’ils ont encore à nous apprendre.

Marc-André Selosse, pourquoi avoir répondu à notre invitation à ce forum ?

« Un scientifique en fin de carrière doit prendre son bâton de pèlerin et faire faire à la connaissance scientifique son dernier kilomètre, en direction de la société. C’est une façon d’emmener la science sur le terrain sociétal. Ensuite, il n’appartient pas aux scientifiques de décider. Cela revient aux citoyens, mais en connaissance de cause. »

 
Vous apporterez votre concours à une table ronde dédiée aux sols. Représentent-ils un enjeu majeur pour nous ?

« Tout ce que l’on mange vient des sols et surtout de la vie qu’ils cachent et dont nous avons tant tardé à connaître et apprécier les bienfaits. Ainsi, pendant 10 000 ans, on a labouré les sols (sans se douter que cette action détruit sa microfaune, NDLR) parce qu’on ne connaissait pas cette vie. Au début, ce n’était pas un problème : on améliorait la fertilité sans se douter qu’on diminuait ce capital. Les effets négatifs ne sont apparus que plus tard. Si des agriculteurs ont abandonné le labour, aujourd’hui, ce n’est pas sans raison : ils voient bien que cela améliore la productivité du sol, stabilise la matière organique et la vie du sol qui fabrique la fertilité et qui permet au sol de stocker de l’eau.

Protéger « l’or brun »

La France se pense grand pays agricole. En Australie, 75 % des sols agricoles ne sont pas labourés. Au Brésil 60 %. Aux États-Unis, 40 %. Eu Europe 5 % et en France, 4 %. Cela démontre la persistance d’un problème culturel. D’autres agricultures sont également bonnes pour le sol : la bio, qui ramène de la matière organique dans le sol et réduit les pesticides. Or qu’est-ce qui détermine la vie du sol et son activité ? La nature du substrat géologique et… les pesticides, qui sont décisifs. La France est dans le peloton de tête de l’agriculture bio, mais celle-ci est plus chère en particulier à cause des marges des intermédiaires… »





 

omment soutenir cette vie souterraine ?

«  Le stock de carbone dans le sol est deux fois plus important que dans l’atmosphère. Le carbone, c’est la vie. Or garder le carbone dans le sol ne se fait pas qu’en plantant des forêts. Entretenir l’humus, amender avec du fumier, des déchets de cuisine dans son jardin, c’est tout aussi important. Si l’on étudie les flux de déchets, on se rend compte que 150 kg de déchets alimentaires par personne et par an ne retournent pas au sol. Une partie alimente les méthaniseurs. Le gaz, c’est bien. Mais fabriquer de la matière organique, rongée par les labours pendant des siècles, c’est mieux ! »

 

« Il faut continuer à utiliser des pesticides »

Comment jauger l’état de nos sols ?

« Plusieurs indicateurs sont perceptibles : la production française de céréales plafonne. Lors de fortes précipitations, les sols non vivants provoquent des coulées de boue au lieu de retenir une partie de l’eau. Le fonds d’indemnisation des victimes des pesticides a bondi de 84 % en 2024 et va continuer à le faire. Plusieurs études ont mis en évidence le fait que pour chaque euro de nourriture achetée dans 50 ans, il y aura un ou deux euros d’effets secondaires négatifs à payer, comme la dépollution de l’eau. Enfin 50 % des expositions aux facteurs environnementaux que nous subissons dépendent des milieux agricoles. Agir pour la qualité de l’eau et des sols, c’est aussi agir pour notre santé. »

Cela confère une lourde responsabilité aux agriculteurs…

« Je ne fais pas d’agri-bashing. Si l’agriculture est préjudiciable à notre écosystème, c’est parce que la demande n’est pas vertueuse. Je ne rends pas les agriculteurs responsables du problème, ils en pâtissent aussi et sont les premières victimes. Qui plus est, certains sont confrontés à une misère agricole qui prospère dans l’indifférence de tous. Je vais vous surprendre en vous affirmant qu’il faut continuer à utiliser des pesticides. Mais pas n’importe lesquels. Des connaissances existent pour mettre en place des pratiques vertueuses, des micro-organismes efficaces contre certaines maladies que subissent nos cultures par exemple. Encore faut-il que la société maintienne ses oreilles ouvertes à la science. Et comprenne que la biodiversité construit aussi bien l’humain que la qualité de vie qui lui est nécessaire. Le vivant porte toujours en lui les solutions. »

Son dernier ouvrage, De la biodiversité comme un humanisme , vient d’être publié au Seuil, 96 pages, 6,90 €.

Le Forum « Ici on agit ! » les 17 et 18 juin prochains à Strasbourg

Cinq ans après sa création, notre supplément « Ici on agit ! » a grandi. Depuis septembre 2020, les rédactions du groupe Ebra – L’Est Républicain, Le Républicain Lorrain, Vosges Matin, les DNA et L’Alsace – planchent chaque mois pour relayer les initiatives d’habitants, de collectivités, d’entreprises et d’associations qui agissent en faveur de l’environnement. Le changement climatique est une réalité, la transition écologique un enjeu.

Après Nancy au printemps dernier, c’est au tour de Strasbourg d’accueillir, les 17 et 18 juin prochains, l’événement « Ici on agit ! », organisé par le groupe Ebra dont fait partie votre journal.

Dédié à l’environnement et au climat, il vise à mettre en avant les initiatives en matière de transition écologique et les solutions portées par les acteurs locaux en Alsace. Nos journaux organiseront deux jours de tables rondes et de conférences autour d’une dizaine de thématiques en lien avec la préservation de la planète et la biodiversité. Objectif : favoriser les échanges pour la préservation de l’environnement.

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