La Dorine à feuilles opposées, Hépatique des marais (Chrysosplenium oppositifolium)
Publié le 3 Mai 2026
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.Cette dorine a un aspect vraiment inhabituel car elle n’a pas de fleurs conventionnelles. Le promeneur a du mal à faire le lien avec sa "famille" d’origine, les saxifrages.
Roland
Nom scientifique : Chrysosplenium oppositifolium L., 1753
Origine du nom : son nom latin provient du grec « chrysos » « or » et « splen », la rate, en référence à la couleur des feuilles et bractées. L’épithète spécifique « oppositifolium» signifie « à feuilles opposées » et permet de distinguer cette espèce de sa cousine, la Dorine à feuilles alternes (alternifolium).
Son nom français, Dorine, vient de doré, relatif à sa couleur.
Nom en dialecte et allemand : Milzkraut, Goldniere, Gegenblättrige Milzkraut
Nom anglais : opposite-leaved golden-saxifrage
Date de l’observation: le 1er mai à Soucht (Moselle -57)
Famille de plantes :les Saxifragacées sont caractéristiques des zones alpines, de montagne et arctiques. Le nom « saxifrage » provient du latin
« saxum », la pierre. L’origine de « fraga », issu de « frangere » (« briser »), n’est pas tranchée. Il proviendrait soit du fait que les saxifrages poussent entre les rochers et semblent ainsi les briser (selon l’éminent botaniste l’abbé Coste), soit de la croyance qu’elles ont la faculté de dissoudre les calculs rénaux (selon Pline l’Ancien).
Cette famille compte 625 espèces dans le monde, dont plus de 400 appartiennent au genre Saxifraga. En France, on dénombre trois genres et 63 espèces. Les saxifrages sont des plantes herbacées à feuilles simples, non découpées. Les fleurs, groupées en racèmes, présentent une symétrie d’ordre 5 : cinq pétales, cinq sépales, dix étamines et deux carpelles non soudés. Les styles, plus ou moins écartés, persistent longtemps au sommet des carpelles.
Beaucoup poussent sur les rochers (d’où leur nom de saxifrages) ou le long des ruisseaux. L’une d’elles détient le record d’altitude car elle pousse jusqu’à 4 000 mètres : Saxifraga biflora. Elles sont souvent plantées dans les jardins en raison de leur valeur ornementale spectaculaire.
Type de plante : vivace, formant des tapis denses car stolonifère, caractéristique des milieux ombragés et humides
Tige : glabre, quadrangulaire
Hauteur: de 5 à 10 cm
Feuillage: feuilles entières, tronquées à la base, arrondies à bord crénelé, portées par un court pétiole. Le limbe mesure de 10 à 25 mm.
Les feuilles sont opposées par paires (1 à 3) contrairement à l’espèce voisine du même genre, la Dorine à feuilles alternes (Chrysosplenium alternifolium).
La Dorine à feuilles opposées, Hépatique des marais (Chrysosplenium oppositifolium) et sa répartion selon GBIF
Floraison: avril à mai
Couleur des fleurs: fleurs verdâtres, dépourvues de pétales, de 3 à 4 mm, disposées par groupes de 4 à 6 à plat au sommet des tiges. Les quatre sépales (2 mm), vert jaunâtre vif, sont plus ou moins étalés. Ils entourent huit étamines et l’ovaire formé de deux carpelles. Des bractées jaunes à jaune verdâtre forment autour de la fleur un semblant de corolle.
Pollinisation : les fleurs de cette dorine sont précoces. ll existe peu de données scientifiques à ce sujet.. Bien qu’elle soit très bien adaptée à l’ombre, elle fleurit souvent quand le couvert forestier n’est pas encore complètement installé.
Ses fleurs, bien visibles, permettent un accès facile à de nombreux insectes présents à cette période: des mouches (syrphidés), de petites abeilles solitaires et des coléoptères opportunistes.
Cette plante est capable d’autopollinisation ce qui confirme sa bonne adaptation au milieu. Mais la fécondation croisée via les insectes lui est indispensable pour améliorer son patrimoine génétique et s’adapter aux changements du milieu et du climat.
Habitat: Endroits ombragés et humides, modérément riches en nutriments, comme les fonds de vallons, les bords de rivière et les forêts Cette espèce se trouve sur des sols limono-sableux pauvres en calcaire plutôt en moyenne montagne. Elle est présente en particulier sur des sols acides à neutres, notamment en Bretagne, Normandie, Vosges, Jura, dans une large zone centrale du Massif central, les Pyrénées et le nord des Alpes jusqu’à 1 800 m
Cette plante européenne se trouve en Europe centrale, du Royaume-Uni jusqu’en Pologne et à la bordure de la Russie, ainsi que dans le nord de l’Espagne. Elle est également présente dans l’extrême nord de l’Italie et l’ex-Yougoslavie.
Fruit : une capsule ovale contient les graines brun rougeâtre ou noires, de 0,6 mm, à la surface brillante. Leur taille est supérieure à celle de la Dorine à feuilles alternes. Très légères, ces graines peuvent être emportées par le vent et l’eau.
Protection : cette Dorine à feuilles opposées bénéficie d’une protection légale en région Centre-Val de Loire. Elle est classée LC au niveau national.
Elle est classée CR (en danger critique) en région Île-de-France, NT (quasi menacée) en Aquitaine. Elle est rare en Champagne-Ardenne et en Bourgogne, et peu commune en Bretagne et Normandie. Elle est déterminante ZNIEFF dans les régions où elle est rare ainsi que dans la région Grand Est.
Usage alimentaire :
Autrefois, les feuilles étaient consommées crues en salade ou cuites dans des soupes. Les feuilles sont plutôt petites et leur saveur est amère, surtout par temps chaud.
Médecine :
Cette espèce, ainsi que les autres espèces du genre Chrysosplenium, sont très mal connues car peu ou pas étudiées.
En médecine traditionnelle tibétaine et chinoise, certaines espèces dont Chrysosplenium nudicaule étaient utilisées pour leurs propriétés antitumorales, antibactériennes, antivirales, hépatoprotectrices et insecticides.
Les composés bioactifs principaux sont des flavonoïdes polyméthoxylés tels que le chrysosplénoll et le chrysosplénoside.. Ils ont des propriétés antioxydantes anti-inflammatoires cytotoxiques vérifiés in vitro sur des cellules tumorales.
Un composé au nom barbare, l’acide β-peltoboykinolique a déjà été identifié en 1992 dans une autre espèce de chrysosplenium. Il possède des propriétés tumorales.
À noter qu’aucune étude scientifique récente ne vient confirmer ces effets médicaux supposés de cette plante et de ses composés chez l’humain.
Texte, photos, bibliographie Roland Gissinger (Anab) relecture Bernard Weinzaepflen
1/ A review of the genus Chrysosplenium as a traditional Tibetan medicine and its preparations January 2022 Jiajia Zhao
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