La Saltique, une araignée sauteuse du genre Heliophanus sp,
Publié le 17 Mai 2026
La Saltique cuivrée, une araignée sauteuse du genre Heliophanus cupreus sur un ophrys (orchidée) - et sa répartition selon GBIF
Les araignées sont très étonnantes et très diversifiées. Voici une araignée qui chasse à l’affût en sautant.
Martine et Roland.
Nom scientifique: Heliophanus sp
Nos photos nous montrent très probablement la Saltique cuivrée, Heliophanus cupreus (Walckenaer, 1802).
Origine du nom scientifique: du grec «helios», le soleil et «phanos» « qui brille», soit « qui brille au soleil» en raison de sa carapace brillante. Elle lance en effet des reflets de lumière
et « Cupreus » bien sûr veut dire « cuivré ».
Nom vernaculaire : Saltique cuivrée.
Nom allemand : Kupfrige Sonnenspringspinne.
Nom anglais : Copper Sun-jumper.
Observation : le 12 mai à Hellimer (Moselle 57).
Classification : araignée sauteuse, la Saltique cuivrée appartient à la classe des Arachnida et à l’ordre des Araneae, les araignées ,
qui comprend près de 50 000 espèces dans le Monde.
Elles sont toutes (sauf une) des invertébrés prédateurs à 8 pattes et 6 à 8 yeux.
Contrairement aux insectes, elles n’ont ni ailes, ni antennes ni pièces masticatrices.
Certaines tissent, à un moment de leur vie, une toile avec des organes spécifiques appelés filières.
Les araignées sont assez homogènes d’aspect. Leur mode de vie est en revanche très diversifié et fascinant à l’exemple des araignées errantes qui chassent en se déplaçant ou à l’affût.
Certaines n’ont pas de toile fixe. L’araignée gladiateur tisse une toile entre des branchages puis s’en saisit et la projette sur sa proie telle un gladiateur romain. Ce sont des araignées de type rétiaires, voir notre article à leur sujet.
Notre Saltique cuivrée fait partie de la famille des Salticidae,, riche de 6800 espèces décrites à ce jour et réparties en 680 genres.
Leurs caractères communs sont leur aptitude au saut combinée à une excellente vision binoculaire, de presque 360 degrés grâce à 4 yeux situés à l’avant, sur le céphalothorax, dont 2 très gros et 4 autres positionnés à l’arrière et adaptés à la détection des mouvements.
Leur vision couvre un spectre très large, s’étendant jusqu’aux ultraviolets, une capacité essentielle pour leur communication et la chasse.
Elles disposent d’une vision nette et en couleur, capable d’évaluer précisément les distances entre 10 et 30 cm selon les espèces. Cette acuité leur permet de détecter de minuscules œufs d’insectes pour compléter leur repas.
Plus surprenant encore, elles compensent l’immobilité de leurs yeux en déplaçant directement leurs rétines grâce à des muscles internes. Elles peuvent ainsi suivre une proie du regard avec une précision chirurgicale sans avoir à bouger la tête, restant totalement indétectables jusqu’au moment du saut.
Leur saut qui peut atteindre 10 à 50 fois la longueur de leur corps est d’une précision millimétrique et d’une rapidité (18 millisecondes) inégalées, dans le monde des araignées et des insectes.
Ce saut corrigé par les yeux est propulsé par un système hydrostatique remarquable. Contrairement aux mammifères, l’araignée n’utilise pas de muscles extenseurs pour bondir, elle contracte brusquement son céphalothorax pour augmenter la pression de son hémolymphe . Ce flux de liquide, dirigé vers les pattes arrière, provoque leur extension fulgurante.
La plupart des araignées sauteuses tissent en plus, un fil de sécurité lors du saut, ce qui leur permet de revenir au point de départ.
Rappelez -vous que si d’autres insectes , comme les taupins, sont de meilleurs sauteurs , leur bond reste un simple réflexe de survie. Ils ne savent pas eux-mêmes où ils vont atterrir à la fin de leur saut.
Ces araignées sauteuses n’ont pas de toiles pour capturer les insectes.
Au contraire des araignées à toile, elles font une chasse active. Ce sont des .araignées prédatrices, «sauteuses» qui chassent à l’affût.
Leur diversité extrême provient d’une stratégie évolutive destinée à tromper leurs proies.
Certaines espèces pratiquent un mimétisme étonnant, imitant la forme d’autres araignées ou de divers insectes , tels que les fourmis et les coléoptères.
Le saviez vous ? Les Salticidae qui imitent les fourmis, sont si perfectionnées qu’elles utilisent parfois leurs deux pattes avant pour mimer des antennes !
Pour les amateurs de moustiques (nous savons qu’il n’en existe pas beaucoup parmi les lecteurs…) sachez qu’il existe une araignée sauteuse, Evarcha culicivora qui se nourrit de moustiques Anopheles. Ceux-ci sont porteurs de maladies et sont connus pour se nourrir du sang des mammifères en particulier de l’homme. Evarcha culicivora est capable de détecter les odeurs humaines et donc la proximité de ces moustiques repus de sang.
Fait marquant aussi, des recherches (3) ont montré que la vue intervenait pour discerner la dangerosité ou l’innocuité des proies, par exemple : hyménoptères piqueurs et syrphes non piqueurs.
Période d’observation :de mai à août , les mâles apparaissent en premier, deux mois avant les femelles.
Description : l’anatomie des araignées est très différente de celle des insectes. Un vocabulaire spécifique décrit ces différentes structures.
Le corps est divisé en deux parties :
- la partie avant, le prosoma (ou céphalothorax) qui résulte de la fusion entre la tête et le thorax.
Six paires d’appendices articulés y sont fixés : les chélicères, ainsi que les pédipalpes et 4 paires de pattes ambulatoires. Elles lui servent tout à la fois de bouche, d’outils de découpe, de seringues à poison, de bras manipulateurs et d’aides à la reproduction.
- la partie arrière, l’opistosoma correspond à l’abdomen des insectes. Il contient les poumons, les organes sexuels et les filières à soies.
Les caractéristiques visuelles clé pour reconnaître Heliophanus cupreus sont :
La femelle ( plus grande : 4,5 à 6 mm )
- Les gants jaunes : Ses pédipalpes ( les petites pattes près de la bouche ) sont d’un jaune vif très reconnaissable.
- Le corps : Noir brillant avec des reflets cuivrés ou métalliques.
- Les marques blanches : Elle possède souvent une fine ligne blanche en arc de cercle sur le devant de l’abdomen et 4 points blancs sur le dessus.
- Les pattes claires ( jaunâtres ) avec des lignes longitudinales noires bien marquées.
Le mâle ( plus petit : 3,5 à 4 mm ).
- Les gants noirs : ses pédipalpes sont noirs ou très sombres ( souvent avec des points blanc sur le dessus) et se terminent par des bulbes palpables en forme de « gants de boxe « .
- Le corps : d’un noir mat et uniforme , sans marques blanches.
- Les pattes : plus sombres que celles de la femelle , avec des fémurs noirs et des poils blancs formant des lignes discrètes.
/image%2F1479375%2F20260507%2Fob_1b3305_f.png)
Cette araignée possède 8 yeux disposés en 2 rangées, les 4 antérieurs en ligne droite, avec 2 médians très gros, équidistants. Les yeux postérieurs sont en ligne légèrement courbée en avant.
En résumé : la Saltique cuivrée est une petite araignée sauteuse, chasseuse et errante. Avec des pattes -mâchoires jaunes, c’est une femelle. Si elles sont noires et renflées, c’est un mâle.
Dimensions: 4.5 à 6 mm pour le corps de la femelle et 3.5 à 4 mm pour le mâle qui est donc plus petit. NB : La taille est mesurée sans les pattes.
Biologie et toile : Araignée errante, qui se déplace beaucoup en marchant et en sautant. Elle ne tisse jamais de toile mais chasse ses proies à l'affût, souvent postée sur les fleurs, dans les arbres ou les arbustes.
Reproduction préparation :
Les araignées subissent 5 à 10 mues et ne sont matures sexuellement qu’à la dernière mue. La Saltique cuivrée tisse un cocon pour s’abriter pendant les mues ainsi qu’ en cas d’intempérie.
Après la dernière mue, le mâle présente au niveau des palpes une structure complexe que sont les bulbes copulateurs. La structure de ces organes est utilisée pour une identification sûre et précise de l’espèce.
Ces organes sont à ce point complexes qu’ils fonctionnent sur le principe de la clé et de la serrure, les hybridations sont ainsi très rares.
Avant de partir à la recherche d’une femelle, le mâle doit charger de sperme ses bulbes copulateurs situés sur les derniers segments des pédipalpes. Il va alors construire une petite toile de qq mm carrés et y déposer une goutte de sperme via son orifice génital, à la base de l’abdomen. Le mâle se place sous cette toile et, grâce à la capillarité, remplit ses bulbes copulateurs.
Parades amoureuses :
Chez Heliophanus cupreus, le dimorphisme sexuel est frappant mais inhabituel : alors que le mâle arbore un aspect sombre et terne, c’est la femelle qui se pare de reflets métalliques brillants et de taches blanches contrastées Cette différenciation visuelle marquée confirme que, pour se reconnaître et interagir, ces araignées s’appuient sur une vision d’une grande finesse.
La parade nuptiale est faite de déplacements en zigzags, de tambourinages, de mouvements complexes du corps et des pattes, propres à chaque espèce ;
Le mâle va, pour s’accoupler, imbriquer ses chélicère dans ceux de la femelle. Les chélicères sont ses appendices mobiles qui possèdent un crochet venimeux. Il peut de cette façon éviter le cannibalisme opéré quelquefois par la femelle.
De nombreuses études ont été menées sur leur forme. Comment et pourquoi leurs formes sont si diversifiées ? Elles n’ont pas encore donné de certitudes : est-ce un avantage pour les combats entre mâles, pour l’immobilisation des femelles, pour un succès de la copulation ?
L’accouplement en tant que tel se produit quand le mâle insère son bulbe copulateur dans l’ouverture génitale de la femelle qui présente un organe sclérifié complexe, l’épigyne.
Les araignées mâles repèrent leurs partenaires grâce à des phéromones, messages chimiques bien spécifiques laissés par les femelles sur les plantes. Pendant l’accouplement, le mâle utilise ses deux bulbes copulateurs pour transmettre son sperme à la femelle ; celle - ci va le conserver dans sa spermathèque, les ovules étant fécondés au moment de la ponte.
Ponte : la ponte a lieu quelques jours après, la femelle tisse alors un sac ovigère ( un cocon ) très résistant où elle dépose entre 15 à 30 œufs. Elle construit ensuite une grande loge de soie (une sorte de nid ) dans une cavité souvent cachée sous une écorce, une pierre ou dans la végétation basse. Elle reste à l’intérieur de la loge pour surveiller ses œufs.
La dispersion des jeunes a lieu au hasard selon la richesse du milieu. Les jeunes hiverneront sans avoir terminé leur développement.
Cette araignée vit quelques mois et meurt.
Nourriture des adultes : la Saltique cuivrée est présente sur différentes fleurs y compris les orchidées comme sur nos photos. Elle utilise ses pattes avant pour attraper les insectes et les pattes arrières pour se déplacer.
Nous avons vu son appareil visuel performant et sensible ; En plus de cela, l’araignée possède de poils spécialisés, des trichobothries ,sensibles aux infrasons et d’autres poils sensibles aux odeurs des proies et de leurs congénères.
Une étude récente de 2025 (1) a montré que les araignées de type Heliophanus savent s’adapter à leur écosystème pour équilibrer leurs apports nutritionnels.
La Saltique possède un venin très toxique pour les mouches, les abeilles et la plupart des hyménoptères.
Quand l’insecte butineur s’approche, elle se tient immobile et le fixe en calculant la trajectoire de saut. Après avoir planté ses crochets et injecté son venin, elle aspire le contenu de sa victime (gloups…🤐) en laissant une enveloppe vide.
Habitat:. Elle est présente dans les endroits secs et chauds, avec de la végétation basse ou des pierres et dans les lisières forestières ensoleillées.
C’est une araignée européenne que l’on trouve jusqu’en Russie occidentale. Elle est présente partout dans notre pays mais plus fréquente en Ile de France et autour de la Méditerranée.
Prédateurs: mantes, lézards, chauve- souris, oiseaux, mammifères, amphibiens.
Protection:
L’espèce est présente de manière fréquente et ne bénéficie d’aucune protection légale.
Les araignées comme les insectes sont en nette diminution.
Ce sont des prédateurs présents dans les écosystèmes naturels, des « gardiennes" de l’équilibre de la biodiversité locale.
En plus de l’urbanisation galopante, l’agriculture et ses champs cultivés détruisent leurs populations.
Texte, bibliographie, Martine Devondel Roland Gissinger (Anab)
photos Roland
Article de référence et bibliographie :
Les araignées ne sont pas des insectes. Pour nous simplifier la vie et ne pas rallonger la liste des rubriques, nous avons rangé sur ce blog, cette araignée et les autres avec les "insectes". Chers aranéologues veuillez nous en excuser.
1/ Clé de détermination des principales araignées de Belgique S. Renson Cercle des Naturalistes de Belgique (si lien ne marche pas allez sur la "boutique" du CNB)
2/ The nutritional status of Heliophanus spiders shifts their food preferences for aphid prey over intraguild spider prey Milan Rezác December 2025
3/ Do crab spiders perceive Batesian mimicry in hoverflies? Rohanna L. Morris jan 2016
https://de.wikipedia.org/wiki/Springspinnen
Araignées déjà présentées sur notre blog
|
Nom scientifique |
Nom taxon français |
|
Epeire feuille de chêne |
|
|
Épeire diadème, Épeire porte croix |
|
|
Argiope frelon |
|
|
Dolomède des marais, Dolomède bordé |
|
|
Heliophanus cupreus |
Saltique cuivrée |
|
Micrommate émeraude |
|
|
Pisaure admirable |
|
|
Thomise Napoléon |
|
|
Tétragnathe étirée |
|
|
Tétragnathe |
|
/image%2F1479375%2F20220420%2Fob_7fe25c_4246660298920266123.jpg)
/image%2F1479375%2F20260507%2Fob_31d3b7_heliophanus-ophrys-fuciflora-hellimer.jpg)
/image%2F1479375%2F20260507%2Fob_e191e6_heliophanus-ophrys-fuciflora-hellimer.jpg)
/image%2F1479375%2F20260507%2Fob_8ada3c_heliophanus-cupreus.png)
/image%2F1479375%2F20260507%2Fob_cabc5c_heliophanus.png)