Le Cincle plongeur (Cinclus cinclus)
Publié le 31 Mai 2026
Le Cincle plongeur est un oiseau un peu mythique et encore plus grâce aux superbes photos de Claudy. Il est parfaitement adapté à son milieu, les eaux vives, non polluées. Roland
Nom scientifique : Cinclus cinclus (Linnaeus, 1758)
Etymologie : du grec « kinlos» qui désignait un petite oiseau vivant au bord de l’eau et qui remue sans cesse sa queue
Autre nom commun : Merle d’eau
Nom Allemand/ dialecte : Wasseramsel oder Eurasische Wasseramsel
Nom anglais : white-throated dipper or the European dipper
Observation :dans la rivière « la Cure », le 11 mai à Vermenton (Yonne-89) durant un séjour Anab. Il est présent chez nous dans la vallée de l’Eichel.
Dimensions et poids : corps de 18 cm de longueur avec une envergure de 25 à 30 cm. Poids : 50 à 80 g.
Longévité : 8 ans en moyenne
Classification et famille : celle des cinclidés qui sont des oiseaux de type passereaux, de la taille d’un merle. Cette famille comprend un seul genre décliné en 5 espèces et en nombreuses sous-espèces selon les spécialistes. Ce sont des oiseaux inféodés aux cours d’eaux vives et qui se nourrissent de la microfaune aquatique. La génétique de ces oiseaux confirme la proximité des cincles avec les grives et les moqueurs (Mididae). Le génome du Cincle plongeur a été entièrement décrypté en nov 2024.
Ils peuvent plonger dans l’eau, nager et s’accrocher sous l’eau. Leur plumage est étanche et leur système circulatoire leur permet de stocker de l’air pendant la plongée. Ils font des nids sphériques accolés aux rives. Il n’existe pas de différence physique de taille ou de plumage entre le mâle et la femelle.
A la balance, le mâle est un peu plus lourd que sa compagne.
Leur chant est riche et fait d’une suite de notes aiguës, grinçantes, « sii sli … »souvent peu audibles près de leurs lieux de vie (très bruyants que sont les cascades et chutes d’eau. Les signes extérieurs, mouvements de la tête, des yeux, des ailes ou de la queue semblent jouer un rôle important dans les communications entre individus.
Description :
Le Cincle plongeur est un oiseau trapu, un peu plus petit qu’un étourneau dont la large gorge blanche sur fond sombre est unique. Cette gorge d’un blanc souvent immaculé est le signe distinctif qui le rend immédiatement reconnaissable dans son milieu de vie, une rivière vive aux eaux claires.
La couleur du cou et de la tête est brune tandis que le reste est gris ardoise. Le bec et les pattes sont noirâtres. Son bec est noir et pointu. Les pattes sont grises, avec 3 doigts griffus à l’avant et un à l’arrière.
Les jeunes ont une couleur plus claire parsemée de blanc dans la partie inférieure. Après six mois, ils ont leur plumage adulte.
Chant :
Le répertoire vocal du Cincle est riche mais n’est pas essentiel pour communiquer avec ses partenaires car le milieu ambiant trop bruyant, rend souvent ses cris et chants inaudibles. Le chant est fait de trilles très aiguës, d’une vingtaine de secondes séparées par des chuchotements ou sifflements plus doux. Ecoutez ci-dessous.
Nourriture: il ne consomme pas de végétaux et est exclusivement carnivore. Ce sont de petites proies comme des larves de trichoptères, d’éphémères, de plécoptères, des tipules, des petits coléoptères, des mollusques, des vers aquatiques et quelquefois des petits poissons. Pour trouver leur nourriture, il plonge dans l’eau. Il chasse à vue, retourne au passage cailloux et feuilles.En cas de nourriture abondante il chasse au vol des insectes mais ce n’est pas sa « spécialité ».
Le cincle est un bon plongeur. Il reste sous l’eau entre 5 et 10 et quelquefois 30 secondes. Sous l’eau, il incline son corps vers le bas ce qui plaque son corps contre le fond. Il avance en nageant, en battant des ailes et en s’agrippant avec ses pattes robustes.
Vol : son vol est direct et rapide grâce à ses longues ailes.
Reproduction: au début de l’automne, le mâle parade en dansant et nageant devant la femelle. Il bat des ailes, hoche la tête, montre son poitrail blanc, émet des chants nuptiaux, comme des « zurr…». La femelle, à un moment, devient aussi active en reproduisant la danse et les battements d’ailes. Quand elle accepte la nourriture du mâle, le couple est formé.
Le nombre de jeunes mâles est bien plus important que celui des femelles ce qui fait que les mâles d’un an se reproduisent rarement.
Les unions sont monogames mais pas souvent, même si un couple peut rester uni pour la vie en raison de l’attachement à un cours d’eau où les endroits de nidification de qualité ne sont pas nombreux.
Nidification :
La femelle aidée du mâle, construit en 2 semaines, un nid dans une cavité au bord de l’eau . Elle est souvent abritée, sous des racines ou du feuillage pour éviter la pluie. Sa proximité avec la rivière la rend sensible à l’inondation et provoque régulièrement la perte d’une couvée. Les cincles reviennent sur leur site de nidification et refont une couvée souvent au même endroit, même après une inondation du nid.
Le nid fait un diamètre de 20 cm environ. Il est constitué d’une partie externe faite de mousse tressée avec des herbes et d’une partie interne couverte de feuilles.
La ponte débute dès mi-février et se termine à la mi-juin. Une ponte moyenne est de 4 à 6 œufs blancs de 20X25 mm. La couvaison dure 2 semaines et est opérée par la femelle nourrie quelquefois pas le mâle. En général, elle quitte le nid et part se ravitailler elle-même... Après 3 semaines les jeunes quittent le nid. Ils continuent à être nourris par les parents pendant deux semaines supplémentaires. La femelle commencera sa seconde couvée avant la fin du nourrissage assurée alors par le père. La maturité sexuelle des jeunes est atteinte en moins d’un an.
Mue
Le mue est indispensable aux oiseaux pour renouveler leurs plumes usées et les remplacer par de nouvelles plumes qui permettent une meilleure isolation, une meilleure adaptation de camouflage, un avantage dans les parades nuptiales et meilleure flottabilité pour les oiseaux aquatiques comme le cincle.
L’usure résulte de l’abrasion des plumes lors du passage au nid, du frottement dans la végétation, des pierres, du grattage, des parasites et des rayons UV.
La mue du Cincle ne dure pas quelques semaines comme chez la très grande majorité des passereaux. Elle dure 80 jours et se produit dans un ordre précis. Les 5 rémiges primaires tombent en premier, puis les externes et enfin les rémiges secondaires. Pendant ce temps de mue, le Cincle diminue ses voltiges mais son vol reste parfaitement fonctionnel
Habitat : le Cincle plongeur est exigeant sur son milieu de vie . Il habite des rivières bien oxygénées du type rivières à truites, de préférence avec un débit de 1 m cube par seconde. Il lui faut des petites cascades, des rochers, des pierres, des berges végétalisées. Il ne colonise pas les cours d’eau lents ou dépourvus de végétation ou entourés de forêts denses. Il est fidèle à son milieu de vie et ne migre pas, sauf depuis les rivières soumises au gel.
Un couple a besoin d’environ 0.4 hectare de cours d’eau qui correspond souvent à un kilomètre de cours d’eau. Des succès reproductifs ont eu lieu en altitude jusqu’à 2500 m en Suisse et 4000 m en Asie.
Il est présent mais rare en Bretagne, dans des zones aux eaux vives (comme l’Yonne et ses affluents), et dans les zones montagneuses de notre pays, Jura, Alpes, Pyrénées. Il occupe toute l’Europe et l’Asie jusqu’à l’extrémité orientale ; Le pays le plus riche en cincles est la Roumanie.
Migration : uniquement les oiseaux de Scandinavie et ex URSS du Grand Nord
Prédateurs : certains rapaces, les martres, les campagnols amphibies. Le principal danger vient en ce moment des activités de loisirs, canyoning, escalade..
Dans le passé (années 1960) de nombreux nids de cincle ont été détruits par le manque de connaissance hydrologiques et ornithologique : la rectification, l’alignement au cordeau des cours, l’arasement des berges…
Statut et protection: espèce totalement protégée par la loi. Le nombre d’oiseaux reste modéré, en lien avec l’état de nos rivières et l’usage intensif de pesticides et d’insecticides.
Article illustré par notre collègue photographe naturaliste, Claudy Stenger dont vous avez déjà pu apprécier les photos sur notre blog. D’autres de ses photos sont visibles sur Flickr (cliquer)
Texte Roland Gissinger (Anab)
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