L’Orchis grenouille (Coeloglossum viride- Dactylorhiza viridis )

Publié le 14 Juin 2026

L’Orchis grenouille  (Coeloglossum viride- Dactylorhiza viridis ) et ses variations de couleur
L’Orchis grenouille  (Coeloglossum viride- Dactylorhiza viridis ) et ses variations de couleur
L’Orchis grenouille  (Coeloglossum viride- Dactylorhiza viridis ) et ses variations de couleur
L’Orchis grenouille  (Coeloglossum viride- Dactylorhiza viridis ) et ses variations de couleur
L’Orchis grenouille  (Coeloglossum viride- Dactylorhiza viridis ) et ses variations de couleur

L’Orchis grenouille (Coeloglossum viride- Dactylorhiza viridis ) et ses variations de couleur

Cette orchidée de prairie et d emontagne est difficile à apercevoir. Elle est verte et de taille menue.
Roland


Nom scientifique Coeloglossum viride (Linné) Hartman(1820)
Synonyme : Dactylorhiza viridis (L.) R.M.Bateman, Pridgeon & M.W.Chase 1997 .

Cette plante a déjà été citée avec 10 autres noms.
A noter que  le nom scientifique ne fait pas l’unanimité parmi les botanistes.
La communauté fait état d’une dizaine d’articles dont ceux de Bateman (1997 et 2016) qui fusionnent le genre de cette orchidée avec Dactylorhiza. Cette fusion repose sur des données génétiques et moléculaires des ADN.  
Les français et les suisses font de la « résistance ». Ils s’appuient sur un seul article(!)  publié par un chercheur botaniste français Devos en 2006. Un peu bizarre tout de même. Je prends en premier, le nom Coeloglossum viride pour la seule raison que ce nom est celui retenu sur les sites ou ouvrages de référence français, INPN et Flora gallica. Le jour où ils changeront, je ferais de même.


Origine du nom:  «« coeloglossum»  vient du grec « coelos » creux  et de «glossum» qui signifie «langue ». La langue est le nom commun qui désigne le tépale avant, le labelle, chez les orchidées qui est aussi souvent, le plus long. Le nommeur de cette plante avait remarqué que ce labelle était creux. Le latin « viride», «vert».
Le nom "grenouille" est lié sans doute à sa couleur verte, moins pétante que celle des autres orchidées (réponse-dédicace à Bernard).


Nom commun dialecte/ allemand: Grüne Hohlzunge
Nom anglais : frog orchid,

Date de l’observation: le 20 mai  à Thal-Drulingen (Bas-Rhin – 67)

Famille de plantes : les Orchidées, dont fait partie le phalaenopsis, l'orchidée des grandes surface et jardineries, ainsi que la vanille exotique et le très rare sabot de Vénus. Les plantes de la famille des Orchidées sont, d’après les scientifiques très évoluées. Elles s’installent dans tous les milieux, des plus secs aux plus humides. Il en existe près de 30 000 espèces. Elles sont menacées car peu résistantes à la pollution et sont quelquefois pillées pour être vendues.

Une des particularités des orchidées est leur vie en parasite puis en symbiose avec un champignon.
Elles ont besoin de trouver dans le sol ce champignon avec lequel elles s’associent. Il leur est indispensable pour faire germer leurs graines. Celles-ci sont microscopiques, presque dépourvues des réserves contrairement à la plupart des graines des autres plantes. C’est au fur et à mesure du développement de leur symbiose avec les champignons(2)  qu’elles ont perdu la faculté de développer des graines avec réserves. De ce fait, elles ont un besoin impératif du mycélium émis par ce champignon « compagnon ». Ce fin filament puise des nutriments minéraux dans le sol pour sa croissance et les partage avec l’orchidée.
Grâce à ses apports, la graine va pouvoir germer et développer ses premières racines et feuilles. Le champignon mycorhizien est très sensible aux changements d’acidité des sols provoqués par des apports de lisier et d’engrais chimiques ainsi qu’aux pesticides.
Pour cette raison les orchidées sont particulièrement affectées par la pollution due aux fongicides, herbicides, et aux surcharges en azote et engrais, même à faible quantité.

Les orchidées de notre région sont en voie de disparition. Leurs milieux, coteaux secs et zones humides disparaissent. Les pratiques d’agriculture intensive avec engrais et fumures et les fauchages trop précoces (avant juillet et août) empêchent la production de graines, et épuisent les tubercules.


Aspect général: plante à la couleur discrète verte sauf en altitude où elle peut être rouge

Hauteur: 8 à 30 cm

Tiges et racines: la tige est verte, unique, à angles arrondis. Sa racine est formée de lobes tubérisés palmés. Une part alimente la tige tandis que l’autre grossit durant la belle saison et accumule des réserves. Au début de l’année suivante ce tubercule assurera la croissance des feuilles et de la tige. Les champignons symbiotiques  associés aux racines sont entre différente espèces du genre  Ceratobasidium sp , , Rhizoctonia sp.,…

Feuilles: de couleur vert-clair, non tachetées, lancéolées, atténuées en pointe. Les 3 à 7 feuilles inférieures sont obovales et engainantes et disposées en alternance sur la tige. Elles mesurent 5 à 14 cm pour 2 à 7 cm de large. Les feuilles supérieures sont plus pointues. Des feuilles plus petites de  1 à 5 cm de long,  sont présentes dans l’inflorescence et dénommées bractées. Elles sont plus longues que les fleurs.


 

L’Orchis grenouille  (Coeloglossum viride - Dactylorhiza viridis ) exemplaires de montagne (1500m)  et répartition selon GBIF
L’Orchis grenouille  (Coeloglossum viride - Dactylorhiza viridis ) exemplaires de montagne (1500m)  et répartition selon GBIF
L’Orchis grenouille  (Coeloglossum viride - Dactylorhiza viridis ) exemplaires de montagne (1500m)  et répartition selon GBIF
L’Orchis grenouille  (Coeloglossum viride - Dactylorhiza viridis ) exemplaires de montagne (1500m)  et répartition selon GBIF

L’Orchis grenouille (Coeloglossum viride - Dactylorhiza viridis ) exemplaires de montagne (1500m) et répartition selon GBIF

Floraison :  mi-avril à mai en Alsace Bossue  et jusqu’à juillet en montagne

Fleurs: les 5 à 30 fleurs, vert-jaune, bordé de rouge à entièrement rouge mesurent 4 à 10  mm. L’épi de 5 à 10 cm peut avoir jusqu’à 70 fleurs dans certains pays.
La fleur est composée de 3 pétales et 3 sépales difficiles à distinguer. Ici, on parle de tépales. Les tépales forment un casque dans le haut de la fleur, typique de nombreuses orchidées . A la partie inférieure, ils forment une partie allongée et pendante : une langue ou labelle de 5 à 10mm environ divisé en deux mais souvent en trois parties à l’extrémité. Au dessus du labelle se trouvent les organes reproducteurs, pollinies et pistil et à l’arrière un éperon très court de 3  mm.


Une fleur rouge ?
Ce sont les rayons solaires qui provoque le rougissement des fleurs de cet Orchis grenouille comme celle présentée pour le quiz. Ce cas est général. De nombreuses fleurs prennent une couleur rouge en montagne. C’est une bonne protection du pollen contre  sa destruction  par les rayons UV du soleil. Le pollen contientce qu'il y a d eplus précieux pourla plante, son patrimoine génétique sensible au rayonnement. Ce phénomène de rougissement a augmenté avec le changement climatique. Les fleurs secrètent d’avantage d’anthocyanes, de couleur rouge à violet. Ce sont des molécules qui absorbent les UV et protègent ainsi la plante. Les chercheurs de l’INPN en comparant les fleurs stockées dans les herbiers anciens ont mesuré l’augmentation de couleur rougee. La surface rouge des pétales de fleurs (jaunes par exemple) a augmenté de 2 % chaque année depuis 1940. Soit une surface multipliée par 5, ce qui est très remarquable.
 

Pollinisation :
Le labelle possède des glandes odoriférantes qui attirent les insectes, surtout des  guêpes de type ichneumidé, des tenthhèdes (genres   Tenthredo  Rhogogaster , Dolerus),  des abeilles, des bourdons, des papillons de nuit et des petits coléoptères floricoles.  Cette orchidée n’est pas une tricheuse qui attire les insectes et ne leur donne aucune récompense (ce qui est le cas chez 81% des orchidées). Chez cette Orchis grenouille, l’éperon délivre un nectar attirant.

Les étamines sont soudées en deux petites boules jaunes, les pollinies. Elles vont être mûres avant l’ouverture de la fleur. Les insectes sont attirés par la forme de la fleur et son odeur. Le pollen féconde rarement les parties femelles de sa propre fleur (autogamie). Il féconde les parties femelles d’autres plantes arrivées à maturité. Ce système dit « allogamie » est le plus répandu chez les plantes. Il a l’avantage de croiser les gènes et éviter la dégénérescence des espèces.



Confusion : cette orchidée a un aspect bien typé mais reste difficile à trouver!

Fruits : après fécondation une gousse va se remplir avec nombreuses et minuscules graines de moins de 0.5 mm sans réserves de germination. Chacune peut en contenir plusieurs dizaines de milliers. Au final, entre trouver le filament du bon champignon, le bon sol, et la bonne exposition, seule une graine sur un million germera et donnera une plante viable.

Habitat : plante de pleine lumière jusqu’à mi-ombre, de plaine mais surtout de montagne sur pelouses et bois clairs riches en humus et pauvre en calcaire ou marno-calcaires mais pas acides. Typiquement, ses terrains favoris sont pauvres en nutriments, et ont une humidité variable.  Elle est très rare en plaine car très dispersée et mieux présente en montagne dans notre pays. En Europe on la trouve jusqu’à 3150 m,  dans le Tyrol italien. Elle est avec cette altitude l’orchidée européenne la plus haute. Dans l’Hymalaya elle a été trouvée à 3900 m.
Elle est présente dans tout l’hémisphère Nord au dessus du 40 ème parallèle, de l’Amérique du Nord à l’extrême Est de la Sibérie.
Elle est bien plus rare dans la zone méditerranéenne et absente de pays comme la Grèce et le Portugal.


Protection : éviter à tout prix son ramassage et sa destruction qui sont par ailleurs rigoureusement interdits par la loi. Cette plante a connu un déclin rapide  ces dernières années et encore tout récemment ; La disparition des prairies de fauches, la coupe précoce et régulière des prairies y compris celle de moyenne montagne et la fertilisation des prairies a entrainé une baisse drastique des affectifs de cet orchis grenouille.

L’orchis grenouille est protégée par la loi  dans les régions Alsace, Basse et Haute Normandie et dans le territoire de l’ancienne région « Pays de Loire ».
Elle est espèce-déterminante ZNIEFF sur presque tout le territoire national. Ses milieux sont souvent protégés ou classés Znieff.


Ravageurs : les cervidés, les sangliers et les limaces sont les principaux ravageurs de cette orchidée.

Utilisation médicinale : Utilité alimentaire:
Aucune des croyances anciennes leur attribuant des vertus aphrodisiaques n'est avérée. Ces croyances ont contribué à une cueillette excessive des orchidées et provoqué leur raréfaction. La richesse en polysaccharides de ses bulbes a accentue sa raréfaction par le déterrage  et la vente dans les pays du Moyen Orient où il a sous la dénomination de « salep »  

Composition,
Cette plante contient des composants originaux, propres aussi à d’autres orchidées comme la gastrodigenine, hymidine, loroglossine, la militarine . Cette dernière molécule fait l’objet d’intenses recherches sur ses capacités de neuroprotection, sur son activité antioxydante et sa remédiation des processus inflammatoires. Inutile de chercher des effets avec cette plante. Les quantités naturellement présentes dans la plante sont bien trop minimes pour avoir un effet. Il faudra attendre les résultats . Si cette molécule est miraculeuse, une synthèse d’une copie par de la chimie industrielle sera vite trouvée pour fabriquer des médicaments.
Rare : . 7 composés nouveaux pour la Science et tout à fait originaux ont été trouvés par extraction des tissus de cette plante. Ils sont été dénommés coelovirin A, coelovirin B …C.G)  



Photos, texte Roland Gissinger (Anab) 

Sources bibliographiques voir index biodiversité
1/ [Studies on the chemical constituents of Coeloglossum viride (L.) Hartm. var. bracteatum (Willd.) Richter] Sheng-yang Huang 2002 March

2/ Marc-André Selosse et al., « Communities and populations of sebacinoid basidiomycetes associated with the achlorophyllous orchid Neottia nidus-avis (L.) L.C.M. Rich. and neighbouring tree ectomycorrhizae », Molecular Ecology,‎ 2002 (tome 11), p. 1831-1844
3/
Ant pollination of Dactylorhiza viridis July 2018 Jean Claessens

Orchidées déjà présentées sur ce blog

Nom taxon franç

Nom scientifique ab

Céphalanthère pâle, Céphalanthère à grandes fleurs, Helléborine blanche

Cephalanthera damasonium

Épipactide rouge sombre, Épipactis rouge sombre, Épipactis brun rouge, Épipactis pourpre noirâtre, Helléborine rouge

Epipactis atrorubens

Epipactis des marais

Epipactis palustris

Gymnadène à long éperon, Gymnadénie moucheron, Orchis moucheron, Orchis moustique

Gymnadenia conopsea

Listère ovale, Grande Listère

Neottia ovata

Néotinée brûlée, Orchis brûlé

Neotinea ustulata

Néottie nid d'oiseau, Herbe aux vers

Neottia nidus-avis

Ophrys abeille

Ophrys apifera

Ophrys bourdon, Ophrys frelon

Ophrys fuciflora

Ophrys élevé

Ophrys fuciflora subsp. elatior

Ophrysmouche/ insecte

Ophrys insectifera

Orchis bouc, Himantoglosse à odeur de bouc

Himantoglossum hircinum

Orchis bouffon

Anacamptis morio

Orchis de Fuchs, Dactylorhize de Fuchs, Orchis tacheté des bois, Orchis de Meyer, Orchis des bois 

Dactylorhiza fuchsii

Orchis de mai, Dactylorhize de mai

Dactylorhiza majalis

Orchis grenouille  

Coeloglossum viride (Dactylorhiza viridis)

Orchis mâle, Herbe à la couleuvre

Orchis mascula

Orchis militaire, Casque militaire, Orchis casqué

Orchis militaris

Orchis pourpre, Grivollée

Orchis purpurea

Orchis pyramidal, Anacamptis en pyramide

Anacamptis pyramidalis

Orchis sureau, Dactylorhize sureau, Dactylorhize à feuilles larges

Dactylorhiza sambucina

 

DOMTOM  français

Spathoglottis plicata

Spathoglottis plicata

 

Rédigé par ANAB

Publié dans #Fleurs vertes-brunes, #Biodiversité de notre région

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