« la France a un potentiel qu’elle utilise mal » Thierry de Larochelambert, spécialiste des enjeux énergétiques
Publié le 15 Juin 2026
Thierry de Larochelambert, chercheur au sein du plus grand institut français de physique, à Belfort, a rejoint le comité scientifique du forum Ici on agit ! organisé à Strasbourg les 17 et 18 juin
paru sur l'Alsace le 7/6/2026 Transmis par Bernard. Merci Bernard
Maître de conférences, chercheur à l’institut Femto à Belfort, Thierry de Larochelambert voue sa vie à la physique et à l’énergie. C’est l’un des experts de le l’événement “Ici on agit” qui se déroulera les 17 et 18 juin à Strasbourg.
n termes de transition énergétique et d’utilisation des énergies renouvelables, la France est bonne élève ?
60 % de l’énergie finale de la France est de la consommation d‘énergie fossile. L’efficacité de la France, c’est-à-dire ce qu’on arrive à extraire comme énergie finale par rapport aux sources d‘énergies primaires est de l’ordre de 60 %. Le Danemark, lui, est à 86 %. Depuis la vague pétro-gazière et les investissements dans le nucléaire, il n’y a pas eu de grands développements d’énergies renouvelables. Elles ne couvrent que 23 % de l‘énergie finale consommée en France. Le Danemark est déjà à 44 % avec 85 % de sa production électrique par les renouvelables. Avec les énergies renouvelables, la France a un potentiel qu’elle utilise mal. Nous avons un problème d’efficacité et d’intensité énergétique dans la production de richesse.
Comment mieux utiliser nos énergies renouvelables ?
Il faut minimiser les pertes d‘énergie, améliorer l’isolation des bâtiments. Il faut des conversions d‘énergie efficaces. Il faudrait coupler entre eux les différents secteurs économiques (industrie, résidentiel, tertiaire, transports, agriculture), de manière que ces secteurs échangent leurs énergies et leurs rejets d’énergies, de matériaux. Récupérer par exemple la chaleur émise par les procédés industriels et la redistribuer pour chauffer les bâtiments de l’usine et des quartiers voisins. Pour cela, il faut des réseaux de chaleur. Actuellement en France, seuls 7 % des bâtiments tertiaires et résidentiels sont connectés aux réseaux de chaleur. Au Danemark, ils sont plus de 70 %. Récupérer la chaleur et la réexploiter est un vecteur d’efficacité. Les Danois utilisent beaucoup la cogénération (production simultanée de chaleur et d’électricité), les Français trop peu. On peut installer sur ces réseaux de chaleur des pompes à chaleur industrielles à très grand coefficient de performance utilisant les excès d‘électricité renouvelable, des unités de chauffage solaires et géothermiques, des stockages thermiques hebdomadaires et saisonniers. C’est un levier important. Avec des thermofrigopompes, on peut aussi coupler les réseaux de chaleur et de froid.
Vous ne croyez pas à l‘électrification des usages ?
Il faut électrifier intelligemment. L’électricité est une énergie de qualité alors que la chaleur est une énergie thermodynamiquement dégradée. En France, on a misé sur le chauffage électrique quand on produisait trop d‘électricité nucléaire. Mais c’est une énergie chère et qui met en tension le réseau en hiver. Elle est plus efficace par les pompes à chaleur de haute qualité sur réseaux de chaleur, à côté de la chaleur renouvelable (solaire thermique, géothermies, biomasses). En isolant les bâtiments, en réduisant nos besoins, on réduira la consommation d‘électricité pour mieux l’utiliser dans ses usages spécifiques indispensables, en particulier pour décarboner les transports qui dépendent à 90 % des carburants fossiles. Le rendement de l‘électricité pour la mobilité routière est de 85 %. L’électricité est aussi intéressante pour certains procédés industriels, à côté de la chaleur renouvelable. Il faut mettre en place une industrie européenne des énergies renouvelables, des stockages, des mobilités électriques, des réseaux de chaleur-froid et de l’efficacité. Nous pouvons le faire grâce à nos laboratoires et industries de pointe, comme Tiamat à Amiens qui produit les batteries sodium-ion les plus performantes au monde.
es productions locales d’énergies renouvelables et les systèmes énergétiques intelligents (réseaux et stockages couplés chaleur-froid-électricité-combustibles-transports-bâtiments) sont-ils des solutions pour les territoires C’est l’une des questions qui guidera la table ronde
Que peut-on mettre en œuvre à l‘échelle locale ?
L’aménagement urbain est un levier de sobriété, d’efficacité, de résistance au dérèglement climatique. On peut aussi miser sur les transports électriques, les voies cyclables, pour éliminer les carburants et la pollution qu’ils engendrent. Il faut également développer les réseaux de chaleur-froid à l‘échelle des agglomérations et des communes pour mettre en valeur toutes nos énergies locales renouvelables. On peut mettre en place de nouveaux réseaux locaux d’électricité et de chaleur-froid couplés et efficaces qui fourniront de l’énergie flexible à des prix stables, compétitifs, indépendants des fluctuations des marchés extérieurs des énergies fossiles et des arrêts des centrales nucléaires. On peut encore utiliser les déchets urbains pour alimenter des centrales de co et trigénération pour produire de la chaleur, du froid et de l‘électricité. Pour valoriser et traiter écologiquement les eaux usées, on peut utiliser la méthanisation et la gazéification hydrothermale qui permet de transformer tous les résidus, les boues de stations d’épuration, les effluents en gaz renouvelable que l’on peut stocker pour la chimie et la cogénération, tout en éliminant les pesticides, les hormones, les microplastiques, les PFAS et en récupérant les éléments minéraux (phosphore, azote, calcium, etc.) et l’eau. La maîtrise du foncier agricole est un autre levier pour l’agriculture biologique locale.
Mais on ne le fait pas. C’est une question de coût ?
Non, c’est une question de méthode de planification, de groupes d’intérêt et de démocratie. La France est un pays centralisé dans lequel les anciens groupes d‘État (Total, EDF, GDF, Charbonnages de France, etc.) étaient au centre des décisions de planification énergétique. EDF l’est resté et privilégie l’électricité nucléaire, alors que les réacteurs nucléaires REP, PR sont peu efficaces pour produire de l‘électricité puisque leur rendement n’est que de 33 %, que la gestion des déchets nucléaires est problématique et coûteuse ; que l’uranium consommé par les centrales nucléaires en France est importé à 100 % et dépendant de la Russie ; que les conséq
Énergie, décarbonation : une table ronde du côté des solutions
Le Forum “Ici on agit !”, à Strasbourg les 17 et 18 juin, réunira scientifiques et citoyens guidés par une même envie : trouver des solutions pour la France et les territoires face aux défis environnementaux qui nous attendent.
Les tables rondes organisées dans le cadre de ce forum réuniront des experts. Celle consacrée à l’énergie et la décarbonation mettra face à face des intervenants de renom comme Nawel Rafik-Elmrini, élue régionale et conseillère municipale de Strasbourg en charge du schéma directeur de l’énergie, Alexandre Ducruet, directeur régional Grand Est pour Engie, Christian Brethon, président du Medef Grand Est, mais aussi Thierry de la Rochelambert, membre du comité scientifique “Ici on agit !” et chercheur au Femto-ST à Belfort.
Le scientifique apportera ses lumières sur les énergies renouvelables puisqu’il travaille à l’équilibre, l’efficacité, la soutenabilité de la transition vers les futurs systèmes énergétiques et sociétaux.
Le temps d’une rencontre, il s’agira de dire si les productions locales d’énergies renouvelables et les systèmes énergétiques intelligents (réseaux et stockages couplés chaleur-froid-électricité-combustibles-transports-bâtiments, etc.) sont des atouts efficaces pour les territoires.
D’évoquer aussi de bons exemples comme le Danemark pour comprendre comment est gérée la variabilité des consommations et de certaines énergies renouvelables.
La table ronde explorera les équilibres à construire entre local et national, innovation, pilotage et sobriété, pour un système énergétique robuste et décarboné.
Magalie Delle-Ve.dove
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