Pourquoi baguer des oiseaux ? un exemple de baguage avec la Chouette chevêche
Publié le 10 Juin 2026
Sorti du sac ce poussin (ou pullus) de Chouette chevêche n'a pas l'air traumatisé. Ses frères et soeurs attendent dans l'obscurité des sacs de couleurs visibles à l'arrière plan. Pose de la bague numérotée- Photos Gaby B.
Voici une opération de baguage très concrète sur des poussins de Chevêche d'Athéna, Chouette chevêche, (Athene noctua)-
Ce petit reportage a été réalisé ces derniers jours dans notre verger familial par notre sœur Gaby. Ce nid de chouette serait le seul de ce petit village situé dans la région méridionale de l'Alsace, le Sundgau (Haut-Rhin -68) .
L'objectif du baguage est en très résumé de mieux comprendre les déplacements des oiseaux, pour la chasse ou le nourrissage et la migration éventuelle, leur densité de population à un endroit donné, les préférences de site, leurs relations de parenté.
Le responsable du baguage était ici, Monsieur Bertrand Scaar, assisté par Monsieur Hell.
Les femelles Chouette chevêche pondent, à la fréquence d’1 œuf par jour, 4 à 8 œufs de 35 à 40 mm. Les œufs sont couvés 4 semaines par la femelle. Les jeunes quittent le nid vers 5 semaines. Les bagueurs interviennent avant l’envol mais pas trop tôt car les jeunes de moins de 10 jours sont très fragiles .
Déroulement des opérations :
Les poussins (ou pulli pour les ornithologues, pullus au singulier) sont sortis avec délicatesse du nichoir. pour les apaiser ils sont placés dans des sacs en toile.
Les bagueurs prélèvent sur chacun 3 ou 4 plumes. Elles sont placées dans un sachet personnalisé pour envoi à un laboratoire spécialisé. Il analysera l’ADN présent à la base des plumes et déterminera ainsi le genre et les parentés éventuelles avec d’autres oiseaux déjà bagués et présents dans la base de données.
Les bagueurs mesurent ensuite au pied à coulisse les plumes des ailes et les os des pattes pour déterminer très précisément l’âge puis pèsent chaque individu.
Il faut faire des maths pour mesurer l’âge d’un poussin de Chouette chevêche de 10 jours au moins.
Les "chevêchologues" francophones utilisent la formule suivante :
Age du poussin en nombre de jours J = (L+36)/3.3
« L » est la 2 ème grande rémige primaire du bord de l’aile.
Ce n’est pas une blague. L’ornithologue suisse Michel Julliard a mesuré 581 plumes de poussins de Chevêche lors de sa thèse de 1984 pour arriver à cette formule qui semble satisfaisante.
(détails sur https://www.terroir-nature78.org/evaluerlagedespo/index.html).
Pour avoir des renseignements sur le déplacement de l'oiseau il faut retrouver l'oiseau porteur de bague. Ce sera fait par une éventuelle capture au filet, quelquefois par lecture de la bague à la jumelle (sur les grands oiseaux surtout) ou après un accident, blessure ou décès de l'oiseau. Le numéro de bague sera alors transmis par le découvreur à l'organisme national qui a émis le numéro de bague puis au poseur de bague avec les renseignements géographiques et autres.
Merci Gaby de ces « chouettes » photos.
Roland
Autres sources sur notre blog sur cet oiseau
Opération « nichoirs pour Chevêche »
La Chevêche d'Athéna, Chouette chevêche, (Athene noctua)
Autres sources ailleurs :
https://www.terroir-nature78.org/telechargement/inventaire-cheveche-2010-2-me-partie-repro-atena-78.pdf
http://www.donnees.picardie.developpement-durable.gouv.fr/IMG/File/patnat/PNA/PRA_Cheveche.pdf
Le baguage ornithologique pour la science et la conservation EURING
https://euring.org/files/documents/brochure2007/EURING_brochure_french_2013.pdf
Texte paru sur renardasso
Certes, l’observation des oiseaux, que ce soit par l’intermédiaire de jumelles ou de l’ouïe, permet d’identifier l’espèce, généralement le sexe et de très nombreuses fois, le comportement (un chant peut être signe de territorialité ou recherche de partenaire, un cri peut alarmer et être annonciateur d’une nichée à proximité, etc.). Tout comme il est vrai que l’observation de la migration permet de déterminer les espèces, le nombre approximatif d’oiseaux descendant vers des contrées plus chaudes et de tracer les grands axes migratoires. Mais le baguage, lui, donne une identité à l’oiseau. Quel intérêt me direz-vous ?
Individualiser un oiseau dans une population permet de connaître ses déplacements, sa longévité, sa fidélité à un site (d’hivernage, de halte migratoire ou de nidification), bref d’épier ses moindres faits et gestes ! Bien d’autres utilités lui sont trouvées : par exemple le baguage a mis en évidence que les électrocutions de Cigogne blanche touchent principalement des cigognes dans leurs premières années de vie (ou « première année » ?), en migration vers leurs quartiers d’hivernage ou encore que certaines populations d’oiseaux nicheurs, comme celle du Pouillot fitis, subissent un très fort déclin.
Petite précision à apporter tout de même, pour avoir ce genre d’informations, deux choses sont indispensables. Premièrement, recapturer l’individu bagué (heureusement, le nombre conséquent d’oiseaux bagués permet ces recaptures aussi appelées « contrôles »). Deuxièmement la transmission de l’information. Une fois l’oiseau bagué, déterminé, pesé, mesuré, que fait-on des informations recueillies ? Le bagueur a obligation de transmettre l’ensemble de ses données au Centre de Recherches sur la Biologie des Populations d’Oiseaux (CRBPO). Ainsi lors de recaptures, le CRBPO est à même d’évaluer avec précision la distance parcourue, l’axe emprunté et le temps écoulé entre les deux captures. Il en informe dans un second temps l’ensemble des bagueurs ayant capturé l’oiseau.
Par exemple, le 1er janvier 2012 un Chardonneret élégant fut bagué à Liart. Le 7 avril 2013 c’est sur l’île de Man, à 790 km du site originel de baguage, qu’il fut recapturé.
Comment ?
Sans trop entrer dans les détails, en France l’obtention d’un permis spécifique au baguage d’oiseaux est obligatoire et est délivré par le CRBPO.
Plusieurs méthodes sont employées mais celle de la capture au filet reste la plus utilisée.
Une fois capturé, une bague est posée et l’oiseau se voit offrir une manipulation du bagueur afin de déterminer l’espèce, le sexe, l’âge, la masse, le taux de graisse ainsi que la taille de l’aile.
Dans les Ardennes…
Nombreux sont les sites où sont bagués des oiseaux. Dans les Ardennes, le plus remarquable est la roselière de l’étang de Bairon où chaque année sont mis en place plusieurs protocoles dont le plus ambitieux est appelé « Halte migratoire ». L’objectif est d’y baguer les oiseaux ayant commencé leur migration et venant se reposer dans la roselière pour y faire le plein d’énergie.

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